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 Sophisticated Woman

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Mario
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MessageSujet: Sophisticated Woman   Lun 5 Juil - 22:26

Sophisticated Woman



Les rues de la New Orleans étaient inondées de soleil. Ses rayons noyaient dans une chaleur agréable le flot des vieilles voitures, parmi lesquelles des groupes de folk jouaient à l’air libre, au milieu des tôles et des moteurs fatigués, dans quelques radeaux décapotables improvisés. C’était la folie des grondements, des toussotements de moteurs, des démarrages en trombe, des passages de tramways, des voix joyeuses et des mélodies effrénées. Au bord se pressaient les passants, indifférents au cirque se jouant sur la chaussée, aux manèges des feux de circulation, aux clowns en costar courant vers eux, eux-mêmes indifférents au manège du monde.
C’était une belle matinée d’été à la New Orleans, j’avais cinquante cents et des rêves plein les poches. Les mélodies chantées dans ces rues marchaient tranquillement sur les boulevards de mon esprit. Quelques pièces, des musiques et des rêves…le soleil était la touche finale au tableau de maître que brossait cette matinée. Je me baladais, sans but ni objectif, sans passé ni futur...Ne vivre que l’instant. Cet instant où l’astre du jour couvrait mon corps d’un doux et léger voile de chaleur…

« In the coooooold…coldest of nights… »
Un vieux bluesman chantait sur son perron, accompagné par une vieille guitare noire dont le grattement des cordes résonnait dans un vieil ampli couvert par une sorte de carrelage rouge. Sur les marches étaient posés un journal et un café, comme si de rien n’était, alors que sa chanson matinale faisait obstacle à la lumière aveuglante. Il chantait, ne regardant que le bas des marches…il chantait une romance à jamais oubliée d’une femme d’un soir, jamais oubliée. Les notes formaient des courbes affolantes, susurraient des mots d’amour, imprégnaient d’alcool les esprits à l’écoute puis sanglotaient jusqu’à se taire…Le vieux bluesman poussa un soupir, but son café et commença à lire son journal. Je restais immobile devant les ruines de son portail, encore interloqué par sa chanson.
« - Tu m’veux quoi, p’tit ? demanda le vieux d’un ton aigre.
- Oh…euh…salut, m’sieur. J’ai beaucoup aimé votre chanson, m’sieur, lui répondis-je en bégayant. C’était du blues, non ? C’était beau…
- P’tit, fit-il par-dessus son journal, jamais, sur c’te terre, personne ne jouera vraiment l’blues. Pour l’chanter, il faut sentir son âme en train d’fuguer, lorsque la grande faucheuse vient faire son boulot. Moi, j’ne chante que l’amour…le monde a b’soin d’amour, tu sais, p’tit.
- Vous chantiez une femme…vous l’aimiez ? lui demandai-je.
- Va savoir, p’tit, va savoir, dit-il en tournant une page.
- Oh, si ça se trouve, elle est encore dans la ville, et si nous la retrouvons, votre chanson en deviendra aussi douce, aussi agréable que cette matinée ! Si ça se trouve elle vous aime encore ! Si ça se trouve elle attend ! m’émerveillai-je, excité.
- Et si ça s’trouve, tu vas la boucler gamin, coupa le vieux. »
Je ne l’écoutais plus. Sa chanson m’avait transporté dans le ciel, arraché du sol…je ne voyais plus le monde des adultes, si fermé à l’enfance, non…je voyais le monde en lui-même par cette chanson. C’était un hymne à la vie, avec ses souffrances et ses bonheurs. Instants magiques.
Je me précipitais dans la rue, décidé à retrouver l'Eurydice d’un jour, et à l’enlever de l’enfer de ce monde. Le vieux n’eut même pas le temps de me retenir : la passion guidait mes pas.
« - Le p’tit idiot…lui qu’avait son esprit chez les anges, il va descendre rendre visite aux démons…, lâcha amèrement le vieux. C’n’est jamais bon de grandir trop tôt, p‘tit gars ».

Quelques minutes plus tard, je m’enfonçais dans le parc où j’avais élu domicile. Sur le banc, l’homme le plus fantaisiste que je connaisse dormait, bercé par les gouttes de rosée fondant sous les sourires du soleil…Hank semblait dormir aussi bien que s’il était immergé dans un lit royal, et les ronflements d’Octave, séchant dans un carton à côté, confirmait ses balbutiements . Je les réveillais promptement ; ils me regardèrent, les yeux mi-clos.
« - J’ai besoin de vous…leur dis-je simplement ».
En un instant, Hank s’était habillé et Octave finissait sa première bière du matin.
« - S’passe quoi, gamin ? T’as trouvé un dollar et tu t’es acheté un sucre d’orge en guise de déjeuner ? me demanda Octave, moqueur.
- Il nous faut retrouver une femme. Une chanteuse, précisément, dis-je.
- Allons bon, fit Hank, une chanteuse ! Je t’ai peut-être appris la fantaisie, vieux, mais la folie ne faisait pas partie de mon répertoire…retrouver une chanteuse, dans une ville aussi fourmillante et chantante que la New Orleans…Cette ville est une fable immorale, et retrouver une Diva là dedans tient de la déraison…
- J’ai son nom, suffit d’enquêter, répondis-je.
- C’est bien payé ? demanda Octave
- C’est gratuit. Mais il s’agit de deux cœurs…, dis-je.
- Ça me plaît, fit Hank, ouais, ça me plaît. Aller à l’aventure, dans cet amas de notes de musique et d’acier…
-Bon…y’a intérêt à avoir de l’alcool ou des friandises en récompense…, maugréa Octave ».
Ils se débarbouillèrent et on se mit en chasse, chacun de notre côté, avec comme seul indice le nom de la chanteuse. Octave fouillait dans les vieux faubourgs en dehors de la ville, Hank marchait dans la rue, accostait les jeunes lycéennes et draguait des serveuses dans les bars. Quant à moi, je demandais à chaque passant que je croisais s’il connaissait la femme que nous cherchions. Quelle vaine matinée ! On se retrouva midi passé, les pieds fatigués, sans aucune piste. Éreintés, on se reposa dans notre parc. J’étais désespéré de cette course au travers les voitures, les passants, en perdant peu à peu espoir de retrouver cette maudite femme. Puis, devant passa un saltimbanque – l’homme y ressemblait en tout cas – qui distribuait comme des tracts. Il vint vers nous…
« - Quelle journée, messires, quelle journée ! Après votre sieste sur ces lits de misère, venez donc voir nos artistes, nos chanteurs et notre bluesman ! dit-il, enjoué ».
- Faites moi voir ça, lui dis-je, d’une voix pâteuse ».
Je lis lentement le tract. Il parlait d’un bar faisant office de cabaret certains soirs. En bas de la liste de chanteurs figurait – ô heureuse surprise ! – le nom de la femme murmuré si joliment par le vieillard.
« - Nous viendrons M’sieur, lui dis-je.
- Ça veut dire qu’il faut se préparer ? demanda Octave
- Oui, mais pour l’heure, dormons…convaincre une femme n’est jamais facile. Surtout quand il s’agit de lui faire revivre ses souvenirs de jeunesse, observa Hank. Oserons-nous la fantaisie ? Elle s’imposera d’elle-même ».

Le soir venu, on se mit en route. On prit le « Chatterton », le nouveau tramway à impulsion, qui avait l’ossature moderne et les sièges anciens. Il nous mena dans Bourbon Street, le quartier français de la New Orleans. Le cabaret vendu par le saltimbanque se trouvait à côté du Galatoire’s, dans lequel se trouvaient, près d’une des vitres, Elia Kazan, Marlon Brando et Tennessee Williams, qui prenaient un remontant avant de reprendre le tournage.
On entra dans le cabaret, et les premières notes d’un folk retentirent à nos oreilles. Hank s’installa près d’une charmante demoiselle, Ours se posa au bar, à côté de piliers de comptoirs, et je me mis près de la scène, émerveillé par les musiciens.
- The answer is blowing in the wind...
Les voix du folk défilaient les unes après les autres. A un moment, tout le bar s’assit et regarda la scène, impatient. Un vieux à côté de moi me regardait en souriant, l’œil malicieux.
« - On l’attend tous, me dit-il, c’est une vraie diva d’antan, tu sais mon gars.
- De…de qui parlez-vous ? lui demandai-je.
- De Mademoiselle Coré, pardi me répondit-il. Une des derniers bluesmen de cette pauvre ville. Serre bien ton cœur, p’tit gars, sinon il va s’envoler sous la voix de Mademoiselle Coré.
- Désolé, m’sieur, lui répondis-je, mais c’est le sien que je vais dérober aux vôtres.
- Ahaha…dis-moi, gamin, tu sais que la vente d’alcool est interdite aux gamins, non ? Alors file avant que je te… ».
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, car Mademoiselle Coré venait d’entrer sur scène. Lorsqu’elle apparut, même Hank arrêta de minauder avec sa future conquête, même Octave se tourna vers elle. Elle attirait les regards et les absorbait avec son corps. On voyait que le temps avait fait son boulot, mais elle restait féminine, en toisant la salle une main sur la hanche, une longue cigarette au bec, un maquillage sans tâche ni fioriture…Sa chevelure rousse avait gardé tout son éclat, et les lumières pourpres faisaient pâle figure face à elle. Elle prit le micro et parla d’une voix rude, caverneuse ; on sentait l’écoulement du temps, les langues parlées, la voix de l’amour…sa voix était sa vie, livrait la vie.
« - Avant de vous abandonner aux complaintes transcendantes du blues, je vais commencer par un vieux morceau de chanson réaliste, en l’honneur d’un vieil ami…

Il avait un air très doux
Des yeux rêveurs un peu fous
Aux lueurs étranges
Comme bien des gars du Nord
Dans les cheveux un peu d’or,
Un sourire d’ange… »



Elle acheva sa chanson au milieu des regards langoureux, transis, des hommes de la salle. Elle versa une imperceptible larme puis se reprit en chantant son blues…un blues de femme livré avec une voix…une voix…par moment, c’était la puissance d’Odetta, l’émotion de Billie Holiday et le désespoir crié de Joplin…par d’autres moments, elle était seulement elle-même, douce et rugueuse, pétillante et apaisée.
Elle achevait sa dernière note et laissait planer un silence d’après pâmoison…un silence où l’homme revenait peu à peu sur terre, dans son corps, dans ce lourd et douloureux corps…la salle applaudit Mademoiselle Coré pendant plusieurs minutes, sans s’arrêter. Mais elle ne revint pas, ce soir avait été trop rude. Elle ne demandait qu’à rester dans sa petite loge, à se démaquiller et à penser au passé.
Elle n’en n’eut guère le temps, car on toquait déjà à sa porte.
« - Entrez.
- Bonsoir, Mademoiselle Coré, fis-je.
- Salut, p’tit. Que me veux-tu donc, pour venir si vite après le spectacle ? demanda-t-elle, surprise qu’un aussi jeune garçon vienne la voir dans sa loge.
- C’est ici qu’elle est, la maquerelle ? grogna Octave
- Pardon ? fit-elle, outrée.
- Excusez-moi mon ami, bredouillai-je. Je viens vous voir pour une affaire de la plus haute importance.
- Et sans fantaisie, remarqua Hank en soupirant.
- Oui, voilà, j’ai rencontré un vieillard en ville qui jouait de la guitare sur son perron. Sa chanson m’a troublé au plus haut point. Vous étiez la femme louée par cette chanson, et j’ai passé ma journée à vous retrouver…Car vous allez à votre tour retrouver ce bluesman, n’est ce pas ? attaquai-je tout de go.
- Un vieux bluesman chantant mon nom ? fit-elle, les yeux écarquillés. Avec une gratte noir et un ampli rouge ?
- C’est lui, acquiesçai-je de la tête. »
Un éclair l’ayant frappé n’aurait pas mieux rendu l’expression de son visage. Elle était stupéfiée…elle s’assit tout doucement sur son siège, se tint la tête en tremblant. Je la croyais conquise, je me voyais déjà vainqueur, quand un homme en feutre noir entra sans frapper.
« - Allez, Diva, il est temps d’aller visiter le patron…et doucement en le sautant, son dos lui fait un peu mal, cria l’étranger. Hé ! Ils font quoi ici, eux ?
- Ils…ils ne restent pas…dit-elle d’un air paniqué.
- Magne toi, vieille peau, les autres filles sont déjà en haut…finit l’homme en refermant la porte.
- C’est qui ce con ? grogna Octave
- Un homme du patron du cabaret. Celui-là est une vraie ordure…il a racheté l’ancien propriétaire, parce qu’il avait contracté des dettes et l’autre a proposé de l’aider... Non seulement il a pris le bar pour se rembourser, mais il le fait travailler pour lui…Le cabaret a perdu sa réputation de découvreur d’artistes, depuis…, soupira Mademoiselle Coré.
- Et toi tu donnes du bon temps au nouveau patron…, dit Hank
- Désolé de ne pas avoir dit « Non » au moment où j’avais un couteau sous la gorge ! lui cria-t-elle.
- Tu ne nous suivras donc pas, concluai-je.
- T’as bien entendu, p’tit…ma vie est ici…ma vie c’est le blues…dit au vieux que tu n’as pas vu de Mademoiselle Coré, c’est mieux pour tout le monde, dit-elle en s’habillant d’une courte jupe. Allez, filez, ou vous allez avoir des ennuis. J’ai encore un dernier travail à faire avant de me retrouver.
Elle nous claqua la porte au nez et on partit comme ça, on ne parlait plus. C’était plus la désillusion que le désespoir…il fallait autant souffrir pour chanter le blues…je chantonnais une chanson de Mademoiselle Coré et il semblait entendre nos cœurs pleurer ensemble, tordus de sa douleur.

On prit le tramway à impulsion « Roméo », celui qui avait une carcasse en bois toute cassée et des sièges modernes à l’intérieur. Une bande folk nous a suivi durant tout le trajet, dans un tacot rafistolé de partout, avec des pare-chocs de tous les côtés. La vie qu’ils chantaient faisait tellement mal qu’il fallait bien s’en protéger. Dedans John Lee Hooker conduisait et chantait avec Brownie Mc Gee. Jimmy Reed suivait à l’harmonica et Pee Wee Hughes donnait la mélodie avec une guitare acoustique…Leur vaisseau sans toit était un bain de soleil où les geysers de rire illuminaient la New Orleans tout entière. C’était ça leur blues. En les voyant, je ne savais plus ce que c’était vraiment, le blues, des pleurs chantés de mademoiselle Coré ou des rires pleurés de ces hommes…Ce n’en était pas, le blues n’était pas encore là.
« - Regarde, écoute, observe et imprime ça dans ta mémoire, me glissa Hank en souriant. N’omets pas la fantaisie, la Muse qui guide nos pas. Elle accompagne aussi ceux du blues, ne l’oublie jamais. Face à ce monde violent, trop réaliste pour nous, il faut de l’illusion et du rêve…la fantaisie sauve les rêveurs, gamin. Elle les sauve d’une mort certaine, d’une mort de chagrin ; d’un chagrin d’amour du monde. Les fantaisistes sont peut-être des moutons heureux sous un soleil d’été, mais ce sont les seuls moutons qui rêvent…rêve, rêve, rêve toujours, garçon, sans quoi la vie te paraîtra abjecte, injuste, insurmontable. Pas d’hubris, de némésis et encore moins de catharsis…il s’agit d’être le Coryphée de ce monde. Sois fantaisiste, petit, pour mieux saisir la réalité du monde avec tes rêves ».
- Et bois de la bière, du vin rouge. Fume la pipe à l’ancienne et fais l’amour dans la paille chaude d’été, ajouta Octave en souriant. Trouve toutes les anciennes saveurs du passé pour vivre au maximum le présent. »


J’ai de la chance, de la chance
je peux vivre dans le luxe
car j’ai des rêves
plein les poches…
qu’importe que je sois sans un
c’est mon univers
car j’ai des rêves
plein les poches…


On arriva près du portail ruiné du vieillard. Il y avaient quelques personnes devant chez lui. Il était toujours sur son perron, la tasse de café vide et le journal plié à côté de lui. Il jouait de la guitare et chantait d’une voix lente et douce. Sa voix était si sereine, si tranquille, que les gens s’arrêtaient enfin, stoppaient leur course poursuite avec le temps et laissaient enfin aller leurs esprits. Parmi eux, je reconnus le saltimbanque - il sourit en nous voyant – qui dodelinait de la tête…il oubliait tous ses soucis et écoutait, écoutait, comme si sa vie en dépendait.
« - M’sieur, dis-je, je n’ai pas trouvé la femme de la chanson, m’sieur.
- M’en doutais qu’elle n’viendrait pas, gamin, me répondit-il en souriant. »
Il continuait à chanter, les yeux souriants, les lèvres lâchant ses pleurs…peu de personne remarquèrent une belle limousine s’arrêter sur le bord de la route. Une des vitres teintées se baissa lentement, et le profil de Mademoiselle Coré apparut.
« - Pourquoi on s’arrête ? dit une voix traînante à l’intérieur.
- La Diva veut écouter un clodo chanter, répondit une autre.
- Si cela peut inspirer notre bluesman, laissez faire, les gars, dit une autre voix, grave et autoritaire ».
Sur son perron, le vieil homme leva sa figure vers Mademoiselle Coré. Nous n’étions que trois à voir cette rencontre inédite…quatre, peut être, en voyant l’expression amusée du saltimbanque.
« In the coooooold…coldest of nights… »
Le vieux reprit sa chanson, sous les rayons du soleil couchant. Il ne quittait pas des yeux sa femme dans la voiture aux vitres teintées, et elle avait les yeux comme des lèvres amoureuses.
Lorsque l’ultime note s’envola dans le ciel et laissa la place au silence, la sérénité du vieux avait envahit tous les esprits. Il ne quittait pas des yeux Mademoiselle Coré, sans rien dire. Elle n’osait plus le regarder et versait des larmes dans sa voiture de luxe. C’est un silence qui gueulait d’amour, qui chialait de bonheur et qui hurlait seul face au soleil. Ce silence…c’était ça le blues, le vrai blues. Le vieux avait chanté de ses yeux bavards le plus beau blues que je n’ai jamais entendu, et encore aujourd’hui, je capte le silence pour retrouver ses frémissements. Le vieux pouvait désormais mourir. Il mourut. Je repris la route inondée des derniers rayons du soleil avec mes compagnons d’infortune et de fantaisie, en chantant le blues de Mademoiselle Coré, sans trop penser à leur histoire, à toutes les histoires…On marchait, sans but ni objectif, sans passé ni futur. On ne voulait que l’instant.
C’était une belle soirée d’été à la New Orleans, j’avais cinquante cents et des rêves plein les poches. Je pensais à une femme qui avait revu son amour d’un soir, d’une vie, perdue dans une longue voiture aux vitres teintées qui l’emmenait vers sa fin. Elle chantait seule à l’arrière une ancienne chanson réaliste…


Si tu t’imagines
Fillette fillette
Si tu t’imagines
Qu’ça va qu’ça va qu’ça
Va durer toujours
La saison des a
La saison des a
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures…





Spoiler:
 



Dernière édition par Mario le Sam 24 Juil - 19:42, édité 1 fois
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The shadow
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mar 6 Juil - 23:28

Toujours aussi bon le style.

Mon passage préféré:

"Face à ce monde violent, trop réaliste pour nous, il faut de l’illusion et du rêve…la fantaisie sauve les rêveurs, gamin. Elle les sauve d’une mort certaine, d’une mort de chagrin ; d’un chagrin d’amour du monde. Les fantaisistes sont peut-être des moutons heureux sous un soleil d’été, mais ce sont les seuls moutons qui rêvent…rêve, rêve, rêve toujours, garçon, sans quoi la vie te paraîtra abjecte, injuste, insurmontable. Pas d’hubris, de némésis et encore moins de catharsis…il s’agit d’être le Coryphée de ce monde. Sois fantaisiste, petit, pour mieux saisir la réalité du monde avec tes rêves."

C'est un message qui me plait Smile

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Deedlit
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 24 Juil - 19:26

C'est vraiment... Non, je ne sais pas. Les mots sont durs à trouver pour les éloges. Mais en tout cas, les vôtres sonnent juste. La lecture de cette nouvelle (si triste mais si belle) a été un vrai plaisir. C'est une incroyable romance. Je ne peux que vous féliciter pour cette perle rare.
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 31 Juil - 23:00

Bravo. Enfin un peu de romantisme sur ce site !!!!
Le style est clair, mélodieux.
Le message est beau, romantique, puissant.
Un régal : ce texte a fondu devants mes yeux, a coulé dans mon âme, m'a réchauffé le cœur, et m'a emporté dans le pays des rêves doux ....
Ce texte est une tisane a la réglisse, celle que j'adore.
M'enfin je n'arrive pas à dire ce que je ressens !!!!
Deedlit, en fin de compte je crois que tu as raison en remarquant qu'il était difficile d'exprimer des éloges.
Je remercie El Desdichado qui m'a gentiment fait parvenir ce texte dans une enveloppe
dans un coin perdu!
(psss, ça a du te coûter cher en encre !!!) Je te revaudrai ça !!!!

Mon seul obstacle à la lecture a été les suppression de lettre qui marquent une façon de parler "p'tit" et "m'ssieur". C'est bête mais ça me dérange!!!
Mais ce n'est rien comparé au reste de la nouvelle.
Cette nouvelle ma bue.
Bizarre de se faire boire par une tisane, non ?^^

Le poème que tu as mis à la fin c'est du Prévert, non ?

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Mario
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 1 Aoû - 1:48

Le poème de fin est un extrait de "Si tu t'imagines", écrit par Raymond Queneau, puis chanté par Juliette Greco > Si tu t'imagines - Juliette Greco
J'écoutais beaucoup ce style de musique, dit chanson réaliste, pendant la rédaction du texte. J'y trouvais des sentiments, des témoignages, des bribes de vie magnifiés par les mélodies. Par ailleurs, le premier extrait de poème en italique vient lui aussi d'une chanson réaliste.


Le langage un peu écorché, je savais que ça pouvait en rebuter certains. Cependant je ne me voyais pas faire parler - et faire vivre - les personnages dans un langage soutenu, bien français, correct en tous points, pour ne pas dire poli. Je trouvais que ça ne leur ressemblait pas ; je les ai voulus simples, sans manières, et avec une difficulté à parler qui contraste avec les sentiments qu'ils sortent à travers leurs chansons. Une manière de montrer là où se trouve la beauté, la rigueur, l'expression élégante. L'essentiel, en somme. Mais c'est vrai que l'apostrophe lasse au bout d'un certain temps ; j'ai peut-être aussi trop forcé dessus, délaissant l'argot. Tant mieux, ça montre que le texte a encore besoin d'être travaillé.


En tout cas, merci pour tous vos messages.




ps. La tisane menthe-réglisse est bien meilleure. Wink
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Amnael
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 1 Aoû - 9:31

Alors désolé, je ne vais pas faire de commentaire sur le poème, mais j'ai une question pour toi: comment as tu fais pour écrire "Si tu t'imagines - Juliette greco" à la place de l'addresse d'où tu as tiré la vidéo ?
Il y a des années que je cherche comment faire et je ne le sais toujours pas, alors si tu pouvais enfin m'apporter une réponse ?

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Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai inventé du début à la fin
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Mario
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 1 Aoû - 13:36

Dans la barre d'outils au-dessus du cadre de rédaction d'un message, tu as ceci
Quand tu cliques dessus, tu as deux cadres à remplir. Le premier est pour le lien du site d'où vient la musique ou la vidéo, le second pour ce que tu veux mettre comme texte. Tu cliques sur ok et le tout s'affiche.
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Amnael
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 1 Aoû - 14:36

Merci beaucoup, c'est le code qui m'intéressait en fait, et maintenant je le connais.

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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Ven 13 Aoû - 20:04

Laisse tomber pour l'encre Liam, quand c'est pour la littérature je compte pas, d'autant plus si c'est pour toi Wink

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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 29 Aoû - 12:30

Pour Shadow : en tout cas merci.

Pour Mario : j'aime aussi cette tisane!

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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 4 Sep - 1:41

Voici un texte qui est la suite de Sophisticated Woman. Il conclut une série de textes sur le thème de la fantaisie.
Je n'avais pas tellement envie de faire partager ce texte pour des raisons qui me sont propres, mais le Desdi Shadow a insisté, et j'ai comme une dette envers lui.
Si y'a des fautes ou des erreurs, faites-le moi savoir par MP. Bonne lecture.






Requiem





Chante la vie chante
Comme si tu devais mourir demain
Jusqu’à demain peut-être
Ou bien jusqu’à la mort




« - Est-ce que les hommes pleuraient, Hank ? lui demandai-je.
- Qu’importe, mon gars, c’était un rêve d’alcoolique…un peu rêveur et un peu fou, me répondit-il. »
On était assis à la terrasse du Café de Flore. La maîtresse de maison, Flore, avait déposé d’un frisson une bière, un soda et un thé façon tatin sur la petite table et Hank, mon maître et ami, racontait une nouvelle fois ses récits fantaisistes de la nuit passée. Octave finit sa bière d’un coup, rota et lâcha en s’allongeant sur son siège :
- Dieu est un endroit paumé sans steak.
Hank embraya tout de suite dessus :
- Voilà, voilà, voilà, nous y sommes, amis ! De la fantaisie pure, et qu’importe le ton, l’état d’esprit. Que nous soyons heureux et nostalgiques, mélancoliques ou furieux, il n’en demeure pas moins que la fantaisie nous emplit !
Il commença un cours magistral et l’on nota attentivement tout ce qu’il disait de nos oreilles avides…
« - J’aimerai qu’elle remplisse mon verre, ta fantaisie, grogna Octave.
- On n’exploite pas ce qui nous tient en vie, dit Hank. Cela revient à transformer l’idéal en objet, à le rabaisser. Nulle gloire pour celui qui s’en saisit. Si aujourd’hui les gens s’émerveillent de cueillir des merdes pour les vendre, il faut tout de même des hommes qui contemplent la fleur inaccessible, là-haut, sur la montagne dangereuse, balayée par mille vents, ensoleillée par le soleil brûlant…Cette fleur se trouve au sommet de notre pensée.
- Et une fois cueillie, on peut admirer le paysage pour la première fois. On s’extasie du chemin parcouru, de la difficulté de gravir chaque mètre. On a pris de la hauteur et le monde nous apparaît entier, naturel, pour la première fois, ajoutai-je, les yeux illuminés. »
Une jeune fille se posa à une table voisine en raclant si fort sa chaise qu’on se retourna tous les trois en même temps, la regardant l’air agacé.
« - Quoi ? Z’avez un problème les clochards ? fit-elle.
- Mademoiselle, répliqua Hank, en tant que voisins de table, nous nous appliquerons à rester discret autant que faire se peut. Je vous invite à agir de même. Avec toute ma sympathie, je vous souhaite un agréable repas. »
La fille le regarda, frappée par la grâce de sa voix. Elle baissa la tête puis reprit la parole, sur un ton plus complaisant :
- Je vous prie de m’excuser, je n’ai pas pris de café sucré ce matin. J’ai les nerfs à cran. Par ailleurs, je vais de ce pas m’en commander un…Je pourrais peut-être me joindre à vous le temps qu’il arrive ?
- Bien volontiers. Il y a longtemps que nous n’avions pas partagé la discussion d’une femme.
Elle s’appelait Louna Lola, mais tout le monde la nommait Lola. Une adolescente vivant de petits boulots, préparant une fac de lettres, et passionnée d’informatique. Elle passait ses nuits devant son écran et ne l’éteignait que pour dévorer Pascal et Cioran, entre Lautréamont et Feuerbach, et ce jusqu’à l’aube.
Elle disait ne dormir que très peu, mais ses yeux maquillés, sans cernes, avaient des cernes en eux, comme fatigués de s’ouvrir au monde. Elle plut à tout le monde. Hank, bien sûr, qui respecta son devoir de coureur de jupons ; Octave dit quelques compliments par-ci par là, mais je sentais tous ses regards tournés vers moi, comme des phares éclatants d’une voiture avant de vous renverser, lorsque la lumière vous remplit tellement qu’elle en sortirait presque du dos.
« - Tu es jeune et tu vagabondes, déjà ? me demanda-t-elle.
- Si je suis jeune, ce n’est que pour rajeunir les réflexions aigries de Hank, lui dis-je.
- Tu as dû en voir des pays, des visages…entendre les voix du monde, respirer les airs marins de tous les océans…je t’envie tu sais, dit-elle d’une voix triste. »
Elle buvait son café lentement. Elle soufflait dessus avec une douceur incroyable. Je ne la quittais pas des yeux. Elle écoutait Hank, buvant ses mots en même temps que sa tasse. Elle riait aux répliques râleuses d'Octave, et un fou rire nous prenait pendant de longues minutes. Des heures entières j’aurai pu contempler ses lèvres, ses yeux rieurs et fatigués, ses cheveux s’égarant sous le vent, son cou blanc, si beau, si vivant…il guidait mes yeux jusqu’à la rondeur d’une épaule dénudée et ils arrêtaient leur course folle sur un petit pull noir, que je maudissais intérieurement de cacher des trésors.
De l’amour ? Je ne savais vraiment pas ce que c’était, sentiment ou envie…Je voulais simplement rester à ses côtés pour toujours, caresser sa peau en l’écoutant pendant des heures…je voulais être celui qui la rendrait heureuse, pour ne jamais perdre un sourire comme le sien.
« - Arrête de me regarder, ça me trouble, dit-elle en un souffle. »
Je la voyais alors différemment, sortis de ma rêverie ; un sourire gêné se dessinait sur son visage et ses yeux allaient dans tous les sens, comme submergés d’interrogations.
« - Arrête, ce n’est pas bien, finit-elle.
- Tu veux peut-être une bière, Lola ? demanda Octave. »
Son portable sonna, elle décrocha nerveusement, parla tout bas et elle le remit très vite dans sa poche…
« - Je vais devoir vous laisser, merci pour cette parenthèse en terre fantaisiste, nous dit-elle. Oh, je vais passer aux toilettes avant. Allez, salut ».
Elle nous dit au revoir, et m’embrassa en s’appuyant sur mon torse. Je lui pris la main, et un bout de papier s’échoua entre mes doigts. Elle retourna à l’intérieur du café alors que je lisais le papier. Un nom de rue, une heure…je le rangeais discrètement sous l’œil amusé de Hank et alcoolisé d’Octave.
« - Octave, je crois que ce soir nous allons dîner en tête à tête, se moqua le premier.
- Vous avez remarqué, observa-t-il, elle a laissé le sucre de son café.
- Elle m’échappe totalement, cette gosse, soupira Hank. Je compte sur toi, me dit-il, pour me dire un peu plus. »
Elle sortit quelques minutes plus tard du café, l’air pressé et stressé. Elle nous ignora, et un taxi l’emporta sous nos yeux. Elle disparut dans la fumée, la voiture et le bruit perdue loin de nos fantaisies.


Dans le hall indiqué, à l’heure dite, je sonnais à sa porte. Personne. Je sonnais plusieurs fois, en vain. Au bout de quelques minutes, je m’assis de lassitude. La pluie commençait à tomber…
« - Belle soirée en perspective, soupirai-je. »
Après plusieurs heures d’attente solitaire, lorsque je me décidai enfin à quitter l’endroit, Lola arriva sous un parapluie noir. Elle me regarda, étonnée :
- Je pensais que tu ne viendrais pas.
- Où étais-tu passée ?
- Cela ne vous regarde pas, jeune homme. Allez, entre.
Son appartement n’était qu’une grande chambre faisant office de cuisine, salon et chambre. Une porte close cachait la salle de bain. Il n’y avait que très peu de choses chez elle…un lit, un bureau avec un ordinateur, une étagère de classeurs, une guitare, des livres perdus un peu partout. Le frigo trônait à côté d’une plaque chauffante miteuse et ne contenait que boîte de surimi vide et deux bières. Je pris les bières et on but ensemble, en silence. Moi sur le lit décryptant ses lectures, elle sur l’ordinateur.
« - Évidemment, tu n’as pas le net, dit-elle sans se retourner. Dommage.
- Je n’aime pas ce monde…le virtuel va devenir le refuge d’un monde en fuite…un monde de lâches qui parleront de la réalité sans vouloir s’y frotter. Quelle aporie…
Elle répliqua sèchement, piquée au vif :
- Pfff, tu n’y connais rien. Internet est la meilleure invention de l’homme depuis la pilule contraceptive.
- Lola, ne t’en rends-tu pas compte ? Surfer, ce n’est que glisser sur un trou béant. Tu surfes sur du creux.
- Parce que toi, évidemment, tu t’imagines que ta vie de bohème est remplie de sens et de pensée ?
- Ma vie de bohème n’est qu’une vie. Je ne critique pas seulement ceux qui vivent par et sur les ordinateurs, mais bien toute une société. Combien d’entre nous vont regretter, à l’approche de la mort, de n’avoir échanger, vécu que qu’à travers un écran…Dis bonjour à ton écran, ma jolie, c’est ton seul ami.
- L’immortalité est enfin là…des millions de pages seront conservées bien après notre mort…ton esprit sera là, quelque part dans cet espace…
- L’immortalité virtuelle ? Quelle insulte pour la vie ! L’éternité ! Laisse moi compter jusqu’à 10.
Elle se leva d’un bond, vint jusqu’à moi et se déshabilla entièrement. Bredouillant, j’allais enlever ma chemise quand elle s’assit sur moi, et elle lova sa tête au creux de mon cou.
« - Berce-moi, dit-elle en murmurant, berce-moi…j’ai tellement peur d’être seule la nuit. Couvre moi avec tes bras jusqu’à ce que je m’endorme, s’il te plaît ».
Elle ferma les yeux lentement. Je commençais à réciter les vers du Bateau Ivre. Elle souriait d’aise et elle s’endormit très vite. Je finis le poème, posai ma tête sur un oreiller, tirai les couvertures et je m’endormis enveloppant une petite fille dans mes bras.


Je me réveillai doucement devant une paire de yeux bleus. Lola me souriait, tenant un croissant à la main.
« - Je suis sortie tôt ce matin, j’en ai profité pour acheter des croissants et du café…tiens, verse de l’eau…, dit-elle. J’ai très bien dormi, je n’ai pas fait de cauchemars...c’était une nuit de rêves magnifique.
- Tant mieux…bon euh…je vais peut-être y aller…je ne sais pas si tu es occupée…sûrement, non ? bredouillai-je.
- Je pensais…je pensais que tu voudrais faire un truc avec moi…j’ai l’habitude de le faire, mais je ne sais pas si tu es habitué…c’est un peu étrange, me dit-elle, hésitante.
- Déjà ? Je veux dire…je ne sais pas si…nous sommes prêts pour…enfin, tu vois…, dis-je
- Bon alors, attends-moi un peu, je vais me préparer dans la salle de bain, finit-elle. »
Une heure plus tard, nous étions sur le quai du métro. Lola tenait sa guitare d’une main, prenait la mienne de l’autre et elle souriait, les yeux rêveurs. On est monté dans une rame et elle entama une chanson d’une voix douce et apaisante.
C’était un métro aérien qui passait devant la Tour Eiffel, sous Montparnasse pour mieux ressortir en plein quartier chinois, puis il séduisait les bords de Seine à Bercy, avant de stopper sa course à Picpus. La traversée du Sud de la capitale se faisait sous un soleil matinal, enjoué…il donnait le sourire aux lèvres les plus froides et les yeux pétillaient dans les lumières sous la voix de Lola.
Elle chantait du Brassens, du Renaud lorsque le noir des tunnels devenait oppressant. Une fois revenue à la lumière, sa guitare prenait dès les premiers accords les couleurs de l’Arcady…c’étaient les what katie did, les don’t look back into the sun, les the good old days, les music when the lights go out, et surtout Delivery qui rendaient le soleil pâle sur les visages des voyageurs. Lola berçait et déchaînait les esprits ; sa voix devenait envoûtante et elle partait quelque part dans l’Albion Room. Sur la fin de ligne, je l’accompagnais au chant. Alors, plus de voyageurs, de métro, de lumières, de bruits, de claquements de sièges et de portes…nous étions dans les notes, dans les vers, entre nous.



This song might deliver me
From the harshness of misery, oh
It’s a song that delivers me, straight to the heart to you


Nous sommes rentrés à la nuit tombée, lorsque les premières bouteilles se cassent dans les wagons, quand le tunnel n’a plus à jouer le rôle des ténèbres…je me suis allongé sur le lit, éreinté. Je pensais retrouver la douceur de la nuit dernière, mais Lola sortit de la salle de bain quelques minutes plus tard, nue, les deux bras cachant son corps, les joues rouges de pudeur.
Elle se laissa tomber, me prit la tête et m’embrassa. Je n’osai pas répondre à ses appels, surpris d’une telle rapidité, mais ses coups de langue venus de l’âme eurent raison de moi.
Ses yeux dans les miens, mon âme dans la sienne, nous connûmes l’enfer de la caresse. D’insupportables douceurs affolaient sa bouche envahie par des gouttes de feu ruisselantes de flammes, que je cueillais de mes lèvres brûlées. Descendant lentement, je mordais les veines de son cou blanc, ses épaules et elle penchait la tête en arrière, l’œil mi-clos, laissant sa voix résonner dans la chambre. Elle était tout et elle donnait tout…le cou meurtri de baisers, la petite poitrine secouée par sa respiration saccadée, les jambes infinies où je m’égarais des heures, ses yeux abandonnés que je contemplais…elle était tout, elle n’était plus rien. Le lit criait à sa place. Il criait la douleur d’aimer, d’enfin aimer. Il pleurait de joie, mouillé d’amour. Nous n’étions plus que nous-mêmes, qu’un diable saturant l’air de ce qu’il est, qu’un diable criant l’amour à la mort, d’un long hurlement sinistre exultant par delà la jouissance. De cette nuit d’enfers, je n’ai retenu que la sérénité de son regard et sa bouche torturée bavant sur l’oreiller…elle avait connu l’enfer de la renaissance, celle de l’esprit hors du corps, pendant quelques secondes, lorsqu’on fond à deux dans la fragilité.


Un voile ensoleillé me réveilla et une paire bleutée m’accueillit, comme la veille.
« - Bonjour, dit-elle.
- Sa…salut. Bien dormi ? fis-je, hésitant.
- Je n’aurai jamais cru que l’on puisse dormir aussi profondément après une telle nuit, répondit-elle.
- Y’a un problème ? demandai-je. »
Elle me regardait, interloquée, puis elle sourit avec les yeux, et ses lèvres suivirent :
- Ben quoi ? T’es pas heureux ?
- Euh…bien sûr que si !
- Moi je suis heureuse. C’est bien la première fois…
- Comment ça ?
Elle ne répondit pas. Elle reçut un appel sur son portable. Elle décrocha et partit s’enfermer dans la salle de bain. Lorsqu’elle revint, elle s’habilla sans me regarder et, au moment où elle pris son sac, elle me regarda enfin, mais avec un mélange de haine et de tristesse.
« - Hé, où tu vas ? lui criai-je ».
Elle claqua vite la porte, mais pas assez pour que j’entende un sanglot étouffé. Pendant de longues minutes, j’ai essayé de m’endormir mais cette fuite m’avait renversé. Il est vrai que j’étais un peu jeune pour me laisser aller avec une fille…j’ai pu la décevoir, mais était-ce au point qu’elle s’enfuit ?
Pris d’une envie naturelle, je suis allé dans la salle de bain espérant que la porte habituellement close soit restée ouverte dans la précipitation. Je tournai la poignée et je suis tombé nez à nez avec une cuvette, une douche et une petite table où des sachets blancs étaient posés sur un carnet noir. J’ouvris un sachet, déversai le contenu et de la poudre fine et blanche recouvrit le carnet. Mes mains moites l’ont ensuite saisi et je n’ai lu que des noms, des numéros de téléphone, des annotations pour chacun : « paye bien », « moitié-moitié », « consomme »…comprenant d’un coup trop de choses, j’ai bougé mon corps tremblant jusqu’au lit et je suis tombé, assommé dans l’instant.


La porte se renferma doucement, mes yeux s’ouvrirent, écarquillés.
« - J’ai pris des croissants pour me faire pardonner, dit la voix de Lola. »
Elle entra dans la chambre, s’allongea près de moi et me parla à l’oreille.
« - Encore fatigué ? Il te manque de l’endurance, dit-elle en riant.
- Sûr, grognai-je, moi je ne prends pas de quoi me tenir en forme, si je puis dire.
- Pardon ? fit-elle, étonnée.
- J’ai vu ta salle de bain, tu as oublié de fermer la boîte aux secrets avant de partir vers un des noms marqués dans ton carnet noir, lâchai-je, amer. »
Elle se leva pour éclater en sanglots. Je me levai à mon tour et je la giflai de toutes mes forces, jusqu’à ce qu’elle saigne de la lèvre. Je la giflai car je réalisais que je l’aimais, je l’aimais et j’étais dans le désespoir de l’impuissance. Elle me faisait mal, si mal, si mal que je la frappais pour qu’elle le sache, qu’elle le sente jusque dans sa chair.
« - Arrête ! Arrête ! Arrête, s’il te plaît !!! me criait-elle.
- Pourquoi j’arrêterai ? POURQUOI ? hurlai-je en lui prenant le cou.
- Tu…tu es en train de me déglinguer…, fit-elle simplement, souriant et pleurant à la fois.
- Quoi ? dis-je en la relâchant. Que t’ai-je fait de mal ? »
Elle me regardait tendrement, les larmes lui coulaient des yeux, souriant comme jamais…un sourire impérissable…
- Mon cœur…tu es en train de déglinguer mon cœur…tu ne le sais donc pas…sent comme il bat ! Il se cabre, il remue dans tous les sens, il s’emballe, il court, il s’envole, il peut à peine respirer…tu vas le faire crever si ça continue…tu déglingues mon cœur…j’en deviens folle.
- Alors pourquoi ne peux-tu pas garder les requins sanglants loin de lui ?
- Je ne peux pas m’en éloigner. Tu l’as dit, je surfe sur un trou béant…mais ce n’est pas Internet, je surfe sur ma vie, cette béance. Je voulais m’envoler loin de tout ça, mais toi, dès l’instant où je t’ai vu, tu n’as eu de cesse de me tirer vers le bas, par les ailes. J’ai connu l’enfer par ta faute, l’enfer d’aimer et de vivre quand on n’en a plus la force…j’ai connu le plus doux des enfers. Mais je te l’ai dit, tu me déglingues tellement que ce n’est pas possible de le dire rien qu’avec des mots.
Elle souriait, illuminée, gracieuse, rayonnante. Je la regardais sans ciller ; j’aurai pu passer le reste de ma vie à la regarder, mais elle prit son sac et elle s’enfuit…je la suivis dans les couloirs mais elle courait déjà dans les escaliers. Pris d’une horrible pensée, je retournai dans la salle de bain…le carnet était là, les sachets avaient disparu.



So, here comes a delivery
Straight from the heart of the misery, oh
Here comes a delivery, straight through the heart to you


Je courus retrouver Hank et Octave dans notre parc habituel. Lorsqu’ils me virent, ils sourirent d’aise. Mais après quelques explications, nous étions sur le chemin de l’appartement de Lola. On est arrivé essoufflé, et je me précipitai sur l’interphone. En vain. On allait se mettre en chasse quand une belle voiture noire s’arrêta. Un homme en sortit, il portait Lola évanouie dans ses bras et il la jeta près du caniveau. Me voyant arriver à toute allure vers elle, l’homme sortit un pistolet et tira un seul coup. La balle alla s’échouer droit dans mon cœur. Il démarra en trombes et disparu à jamais.
« - L’enfoiré ! cria Hank. Octave, va chercher du secours ! On a un blessé par balle et sûrement une gamine en overdose ! Grouille !
- C’est plus la peine, dit la voix de Lola, avec ce que j’ai pris, c’est fichu.
- Dis pas ça, Lola, dis pas ça. Ça va aller, tu verras, dis-je en la serrant dans mes bras.
- Dire que je voulais qu’on soit les premiers à baiser sur la Lune, fit-elle. C’est assez fantaisiste ?
- Oui oui, approuvai-je. Tu vas pouvoir entrer dans notre bande maintenant. Hank est un pervers et Octave un alcoolo, mais on se marre bien. On vit.
- Tant mieux, souriait-elle. Je vais avoir besoin de vie, parce que là je crois que c’est moyen…
- Me lâche surtout pas, la suppliai-je, toi aussi tu as bien déglingué mon cœur…me lâche pas...
- Je ne le dis jamais, tu sais, mais j'crois que tu me plais bien, dit-elle en un souffle.
Et elle s’est tue…comme endormie dans un bon rêve, elle souriait en s’envolant dans mes bras. Je la serrais, je ne voulais plus la lâcher, plus jamais. Je sentais son souffle qui diminuait, diminuait au fil des minutes. Soudain, ses yeux bleus se sont dénudés, et ils m’ont embrassé en souriant. J’ai baissé la tête et je me suis encore plus serré contre le corps de Lola.


Elle était partie dans l’ambulance…les hommes en blanc avaient tout essayé, mais on n’arrête pas le bonheur, personne peut. Après l’enterrement de Louna Lola, j’ai dû rester plusieurs jours en observation. La balle avait creusé son trou en provocant une petite hémorragie. Les médecins ont remplacé mon cœur par un fût de bière. Maintenant, je ressens continuellement les effets de l’alcool traversant mon corps.
« - La fantaisie a, dans la bêtise de la médecine, atteint son apogée. Un affront pour nous, et sa plus grande victoire, répétait Hank.
- On peut t’ouvrir les veines ? suppliai Octave. »


Depuis la mort de Lola, je restais muet. Je pensais à elle, cet albatros aux ailes cassées comme un amour brisé. Je me rappelais toutes les nuits ses coups de langue venus de l’âme, son odeur, sa voix, son souffle affolé dans la chambre…je n’oubliais pas le contact de nos deux corps, cette ivresse de l’amour. Je ne pleurais jamais, ce n’était qu’un rêve d’alcoolique.
Et nous avons continué notre route sur les chemins de la fantaisie. Cette escale m’avait changé à tout jamais…je ne parlais plus, j’écrivais. Je ne parlais plus, je pensais. Je ne parlais plus, je vivais dans mon souvenir. Puis, un jour de grand soleil, les mots ont envahit ma bouche et la vie reprit son cours.
Parfois, dans les nuits noires, en ville, j’ai vu dans le ciel étoilé Lola, ma fleur des steppes, la Fiancée du Vent, passer au dessus de moi et m’embrasser d’un murmure. Et les vers ne cessèrent jamais de pleurer sur ma route.




C’était elle, la gamine qu’ils ont baisée
sans savoir pourquoi elle se vendait
C’était cette gamine qu’ils ont baisée
sans savoir que leur monnaie partait
droit dans son nez

Lola, la what Katie did intime
intime de personne, du néant, du vide
d’une vie vide de vies
errait seule dans les avenues noires
de la folie
Elle marchait sur ses pleurs, vomissant
des étoiles sur les trottoirs de l’oubli
Elle piétinait le réel, avalant
des gorgées d’air droit dans son nez


Quelle vie est route longue et tranquille ?
La tienne, ma fille, quel fleuve infantile !
Indomptable, enragé, se cabrant comme un cheval
sauvage galopant sur des vagues
de rêves, de rires, d’amour ; de vie.
Tu étais ce fleuve fou
on se serait noyé droit dans ton nez

Si tu avais su, un jour, si tu avais su
Si tu avais vu, un jour, si tu avais vu
le bonheur de te voir sourire
et tes colères, ta timidité, tes joues vexées…
Si tu avais su, jamais ô jamais jamais
Si tu avais vu, jamais ô jamais jamais
Jamais tu n’aurais baisé pour partir rêver
Jamais ça n’aurait claqué droit dans ton nez

Tout est trop tard
La solitude est mon amante
et ton sourire berce mes rêves en fuite
Quand ta voix mi-suave de misère
m’envoûte encore dans les nuits noires
de la folie
Ton amour, ma fille, ton amour torturé
s’en va aimer droit dans mon nez

C’était elle, la gamine qu’ils avaient baisée
Sans savoir pourquoi elle s’est vendue
C’était cette gamine qu’ils avaient baisée
Sans savoir que leur monnaie est partie
droit dans son nez.





Si je dois m’en aller
Je penserai à ton amour
Oh, d’une manière ou d’une autre
Tu le sauras
Je penserai à ton amour


Dernière édition par Mario le Mar 7 Sep - 23:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 4 Sep - 12:44

Je lirai tout ça à tête reposée et surtout après avoir mangé ^^.
J'ai hâte de lire cette suite !

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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mar 7 Sep - 22:35

J'adore ce texte aussi sombre que poétique, avec quelques touches d'humour bien placées. Une petite critique du virtuel au passage.
Tu nous fais passer par toutes les émotions avec ce texte. Et toujours cet amour de la poésie et de la fantaisie, omniprésent, mélangé avec quelques répliques plus familières, le résultat est superbe, à l'image de cette phrase par exemple : "Dire que je voulais qu’on soit les premiers à baiser sur la Lune."


Rien à redire sur le style, (pourtant j'ai cherché et passé le texte à la loupe) tout est fluide tout est beau (sauf 2 ou 3 détails que j'ai mis plus bas).
Sur le fond encore moins à redire, j'aime cette histoire, et le mot est faible (avec ces insertions de passages de chanson très à propos).

Tu l'auras compris, cette nouvelle m'a totalement séduit. Smile




Les trucs à modifier (ou pas), mélangés aux fautes d'orthographe que j'ai relevé, comme ça tu l'as dans l'ordre du texte.
J'ai essayé de relever le maximum de trucs possible pour te permettre de perfectionner ton texte (peut-être qu'il te manquait une relecture en fait).

"On s’extasie du chemin parcouru, de la difficulté de gravir chaque mètre. On a pris de la hauteur et le monde nous apparaît entier, naturel, pour la première, ajoutai-je, les yeux illuminés. »

Il manque pas quelque chose après le mot « première » ? Là je ne vois pas le sens de « pour la première ».

Après pour la fluidité je remplacerais :
« comme des phares éclatants d’une voiture avant de vous renverser »
Comme les phares éclatants d'une voiture prête à vous renverser.



« je le rangeais discrètement sous l’œil amusé de Hank et alcoolisé d’Octave. »
T'es sûr que c'est grammaticalement juste ?

« Elle m’échappe totalement, cette gosse, soupira Hank. Je compte sur toi, me dit-il, pour me dire un peu plus. »
« Pour m'en dire un peu plus »

« Son appartement n’était qu’une grande chambre faisant office de cuisine, salon et chambre. »
Tu peux peut être éviter la répétition du mot « chambre » avec un truc du genre:
Son appartement n'était qu'une grande chambre faisant aussi office de cuisine et de salon.
Ou en remplaçant le premier « chambre » par « pièce »

« Le frigo trônait à côté d’une plaque chauffante miteuse et ne contenait que boîte de surimi vide et deux bières. »
Y a une erreur quelque part là, pas forcément sur le "que" mais c'est le plus évident à modifier.

« Combien d’entre nous vont regretter, à l’approche de la mort, de n’avoir échangé, vécu (que) qu’à travers un écran »

« Dis bonjour à ton écran, ma jolie, c’est ton seul ami. »
Je trouve que cette phrase n'a pas trop sa place là où elle est, on se demande ce qu'elle fait là. Enfin après c'est chacun qui voit, mais perso j'aime pas.

« L’immortalité virtuelle ? Quelle insulte pour la vie ! L’éternité ! Laisse moi compter jusqu’à 10. »
Là je comprends pas le sens, pourquoi il dit ça.

« c’était une nuit de rêves magnifique. »
Soit il manque le « s » soit il manque une virgule. Ça dépend si c'est la nuit qui est magnifique ou les rêves. Bien que maintenant j'ai un doute c'est peut être possible comme ça, mais si c'est la nuit on écrirait plutôt: « c’était une magnifique nuit de rêves. » Mais ça sonne pas bien je trouve.


« C’est plus la peine, dit la voix de Lola, avec ce que j’ai, c’est fichu. »
j'ai l'impression que t'as oublié un mot là: « avec ce que j'ai pris, c'est fichu. »
A la première lecture je l'avais même pas remarqué mon esprit avait ajouté le mot sans que je m'en rende compte, mais là ça m'interpelle sans ce « pris ».

« toi aussi tu as bien déglinguer mon cœur »

« cet albatros aux ailes cassés »

C’était elle, la gamine qu’ils ont baisés → je crois que ça s'accorde avec « la gamine »


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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mar 7 Sep - 23:02

Le problème avec ce texte (et le premier aussi, d'ailleurs) c'est qu'ils ont été écris pour le net, je ne les ai jamais imprimés, et mon gros problème c'est que je n'arrive pas à corriger en lisant une page internet. Je peux trouver toutes les fautes et les erreurs possibles sur une feuille de papier, mais sur une page internet, je n'y arrive pas. Il y a donc nombre d'erreurs dans ce genre de textes, et ce que tu as relevé, je le relève au fil de mes relectures, mais je les oublie, je ne sais pas pourquoi.
Est-ce utile ? Pour moi, non, car quand je le relis, je lis aussi les mots manquants (logique, pour moi). Pour les autres, ça l'est certainement, et pour cela je te remercie.
Merci aussi pour les reformulations possibles, j'en prends note.

Pour certaines phrases que tu n'as pas saisi ("dis bonjour à ton écran", '"laisse moi compter jusqu'à dix"), ce sont des citations, ce que j'appelle du referencing. J'écris aussi pour m'amuser, et parfois je me moque juste du sens pour placer des citations qui m"ont aidé à mieux cerner le texte.


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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mer 8 Sep - 16:00

C'est lu !
Merci de nous avoir fait partager cet instant de bonheur !
Cet instant d'évasion, d'émotion, de voyage et de rêve. Merci.
Je le préfère au premier texte, tu t'améliores !
Bravo !



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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 22 Jan - 14:49

J'avais bel et bien déjà lu ce texte.

J'aimerais qu'on en discute =)
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 22 Jan - 17:18

On peut en discuter ici...ou alors ça relève du domaine privé ^^
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 22 Jan - 18:28

Ya. Pour le moment, en tout cas.
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mar 1 Fév - 23:34

Objectivement, voici ce que je relève, en suivant le texte:

- l'écriture, c'est pour soi ou pour les autres ? Est-ce qu'on cède à la tentation commerciale d'écrire pour éditer, et donc se plier au diktat du mauvais goût, ou rester dans l'écriture propre, personnelle, celle qu'on ne "peut écrire que ce qu'on a vécu dans sa chair" ?

- Lola qui s'arrête d'abord à l'apparence des clodos, avant d'entendre la voix de Hank => ne pas s'arrêter aux apparences ? C'est l'un de tes premiers textes, c'est normal. *émote gogole*

-
Citation :
Tu es jeune et tu vagabondes, déjà ?
Ce qui me fait tilter dans tout le texte ! Sympathique métaphore ^^ J'aime beaucoup, en tout cas.

- les yeux de la fille, c'est quelque chose que je commence à retrouver dans tes textes régulièrement. C'est vrai que c'est beau, les yeux d'une fille. Mais je préfère la mouche de la Marquise *émote gogole*

- autocritique à travers la critique de l'écran ? Toujours est-il que Lola est là pour te réconcilier avec toi-même là-dessus... J'ai l'impression. [Bon ça c'est HRP, mais ça n'aurait pas eu sa place dans mon commentaire non objectif ^^]

- l'amour, le couple, la joie. J'aime, c'est touchant. Et je suis sérieux.

- la fin du texte, je peux pas la commenter sans quitter l'objectivité dans laquelle je me suis mis =D




De manière non objective... Non en fait je ne vais pas le faire. Aucun intérêt et aucune crédibilité. Tu insistes ? Tu l'auras voulu... En fait c'est surtout la fin du texte.

- Lola, je sais qui c'est. Je vois que là tu es celui qui lui donne un peu de soleil dans sa vie, c'est qu'au final, plus que te marquer, elle t'a imprégné. Ouaip, parce que même si tu la sauves pas, tu lui donnes peut-être un peu d'espoir. C'est confus ce que j'écris. Je pense que ça ça va te paraître plus clair... ou pas x) : " Cette fille, il ne faut pas l'oublier ". Tu la fais vivre à travers toi, à travers ton encre =)

- mais c'est un espoir dont elle ne veut pas, parce qu'elle préfère sa poudre... Plutôt que le salut et l'amour, elle préfère la prostitution et la drogue. Et c'est ce qui la conduit à la mort. Balle en plein coeur, pour ne pas faire du copier/coller, tout en collant au contexte... du texte.

- et le fût de bière à la place du coeur... pour toi je sais pas, mais pour moi c'est l'illustration de " boire pour oublier ". Si je me trompe, détrompe-moi !

=> Bref, c'est un texte sympa, j'ai pas grand chose à dire dessus, si ce n'est qu'évidemment, le style est un peu meilleur aujourd'hui.
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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mer 2 Fév - 1:16

La première remarque est hors-sujet, tu ne fais que te questionner sur ce dont nous avons parlé.


Lola qui s'arrête aux apparences ? Je n'avais même pas fait attention, vois-tu, ça me semblait juste dans le ton du personnage. Aussi, le fait qu'Hank réponde d'une manière emphatique le rend différent et c'est susceptible d'intéresser Lola. Non ?


Les yeux des filles...que veux-tu...les yeux sont le miroir de l'âme, on y voit beaucoup de choses Wink


Autocritique de l'écran, pas du tout, simplement critique...je la voulais geekette pour lui donner une fausse porte de sortie. Mais la vraie question, c'est de savoir ce qu'elle faisait sur le net, tu ne crois pas ? Je n'ai pas écrit ce qu'elle y faisait, ce qui lui laisse au final une liberté infinie...je suis trop gentil, ça me perdra ^^


Le fût de bière, c'est tout à fait ça...mais n'essaye pas de rattacher ça au narrateur, d'avoir cette excuse en exclusivité. Il y a tellement de raison pour avoir un fut de bière à la place du cœur...


Et en tout cas je n'oublierai pas Lola. Jamais. Merci d'avoir dit ça, enfoiré.



Je tiens quand même à préciser que le texte est en grande partie fictif. Pas besoin de s'imaginer des choses, laissons faire la fantaisie.

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Zalarzane
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mer 2 Fév - 19:51

Citation :
Lola qui s'arrête aux apparences ? Je n'avais même pas fait attention, vois-tu, ça me semblait juste dans le ton du personnage. Aussi, le fait qu'Hank réponde d'une manière emphatique le rend différent et c'est susceptible d'intéresser Lola. Non ?

Ben... Différent de l'image du clodo de base, ouais. Donc intéressant, ouais. Mais s'il avait fermé sa gueule ou réagi autrement, elle se serait arrêtée à ça...

Citation :
Mais la vraie question, c'est de savoir ce qu'elle faisait sur le net, tu ne crois pas ?

Et pourquoi pas celle-ci ? " Qu'est-ce que toi tu fais sur le net ? " <= Ceci est une question rhétorique.

Citation :
mais n'essaye pas de rattacher ça au narrateur, d'avoir cette excuse en exclusivité.

Je ne rattache rien du tout à quoi que ce soit. Des fois t'es un peu parano I love you

Citation :
Et en tout cas je n'oublierai pas Lola. Jamais. Merci d'avoir dit ça, enfoiré.

Wink

=> ouais, "laissons faire la fantaisie".
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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Dim 6 Mar - 23:45

Un petit extra avec les mêmes personnages, mais sur un autre thème, ou presque. Thème de circonstance au moment où je poste (c'est là son seul intérêt, du reste)




Le Dimanche à Edimbourg





Musique



- Putain, j'me sens comme un dimanche soir...

La phrase avait percé dans le silence. Lui, il s'était posé tout autour de nous, depuis une semaine, ou deux. Peut-être un mois ou un an ; en fait, je n'en savais rien. Je sais juste que lorsque Mario a parlé, c'était comme si on m'enlevait une surdité naturelle, éternelle, celle qui enferme l'homme dans son propre silence, et qui le rend fou, salement humain, connement humain.
Nous étions allongés sur une lune errante, qui ne faisait que suivre l'orbite de ses rêves, sans jamais les frôler ni même les apercevoir. Un peu comme nous. On s'entendait bien avec cette tenancière qui nous laissait fuir depuis ses cratères immenses, secs et d'une beauté infinie. Mario les appelait « les pupilles de Louna », c'est vrai qu'on s'y perdait jusqu'au fond. On s'enfonçait dans ses cratères comme dans une fosse de cimetière. Pleine de purin, de vomi, d'étoiles, de rires gluants et de cris horrifiés quand les étoiles filantes filaient un peu trop rapidement dans nos veines remplies de la merde du bon Dieu. On aimait ça, on adorait ça, se sentir vivant dans une tombe creusée qui parcourait les galaxies. On aimait se sentir là, au plus près de cette lune aussi paumée que nous. Elle demandait souvent son chemin à n'importe qui, et bien souvent des bourgeois à haut-de-forme, cigares fumant, l'envoyaient se perdre encore un peu plus dans un coin de l'espace immense. Alors, comme dirait un jeune poète, on sentait dans la veine qu'on était proche de Dieu, enfin. Au milieu de l'univers, au milieu du silence, nous étions loin de nous. Et pourtant, au milieu de ce voyage sans retour, on se sentait comme un dimanche soir.

Et c'était vrai, il était peut-être dimanche. Ou samedi, ou mardi, je n'en savais rien. Ne demeurait que cette sensation insupportable pour deux squatteurs lunaires. On pensait que tout irait mieux, que nous étions loin de tout et proches de tout à la fois ; il suffisait de tendre le bras, la main, les cinq doigts, et toucher délicatement une étoile avec son âme, la caresser et l'entendre ronronner, la voir resplendir de mille feux et attendre sa mort comme s'il s'agissait d'un parent, d'un ami ou de son chat. Tout à portée de vue quand les yeux sont une multitude de doigts, quand les iris sont des creux et des paumes de la main. Cela n'enlevait pas ce sentiment de dimanche soir.

Faut dire, on avait vu beaucoup de gens passer devant nous, l'après-midi, ou le matin, tiens, je ne m'en souviens plus du tout. Parmi la course des planètes gigantesques, les mères promenaient leurs landaus en discutant bruyamment entre les astéroïdes, avec d'autres mères. Elles étaient enceintes et donnaient naissance à des hamburgers bon marché dégoulinants de sauces, tandis que dans leur envie de futures mamans elles mangeaient énormément de nourrissons criards et rougeauds qui disparaissaient dans les bouches pour nourrir leurs nouveaux-nés. Elles s'arrêtaient ensemble sur un banc qui faisait office d'anneau d'une planète et regardaient les jeunes personnes patiner tranquillement sur les traînées d'étoiles filantes. Leurs chaussures faites de plumes de nuages glissaient rapidement dans l'espace et ils passaient et repassaient autour de la planète, tournant dans le même sens. Les plus acrobates faisaient des figures et s'appuyant sur l'anneau de la planète ; les plus maladroits se raccrochaient aux lampadaires. L'ambiance hivernale qui régnait amusait tout le monde, et nous sommes passés doucement, tout doucement, étonnés par cette scène qui, pour je ne sais quelles raisons, rappelait le souvenir de Hank à Mario. Bien qu'il nous ait quittés depuis un certain temps, son image et ses paroles restaient profondément ancrées dans le cerveau fantaisiste du gamin. Je ne peux rien y faire, il n'a jamais voulu boire pour oublier ; il préférait rester sur sa lune pour au contraire voir tout ce qu'il y avait à rêver. On a continué notre route, la lune voyageuse restait de marbre devant n'importe quel spectacle, et même la course de vélocipèdes stellaires inter-galaxie ne l'avait pas touchée. Si elle avait un cœur, une âme, ou toute cette sorte de choses, elle devait bien le cacher, ou alors on lui avait bien caché. Elle aussi, elle devait sentir cette impression : nous devions être dimanche soir.

- Vous le sentez tous, vous aussi, n'est-ce pas ? Quand on est tous là, à ne savoir que faire, alors qu'on est débordé, qu'on prévoit tant de choses à faire alors qu'on est là, juste là, allongé sur le sol, sur la moquette, sur la Lune, sur son canapé, sur son amour, sur un film, sur une série, sur une banquette de métro, sur l'addition du repas, sur un verre de plus, sur le verre de trop, sur un trottoir désert, sur une chaise de jardin, sur un texte étoilé qui sera vite oublié. On est tous là, à attendre en faisant n'importe quoi pour oublier cette sensation, pour éviter de sentir cette chose qui nous envahit toujours au même moment, à la même heure, depuis l'enfance.

Le petit devenait dingue. Il se mettait à parler comme Hank, avec les cernes du retour difficile et une verve peu commune. Je l'écoutais en décapsulant une bière avec mes mots.

- C'est pas possible...c'est pas possible...ça ne peut pas être comme ça. Pas nous. Nous sommes des vagabonds, des fantaisistes, ce que tu veux, mais nous ne sommes pas les peureux du dimanche soir.
Pourtant, j'ai peur, Octave, j'ai peur, je te dis ! Je me vois déjà partir avec mon cartable sur le dos, passer dans les rues déprimées du lundi matin, devant les énormes tours grises et marrons, me noyer dans l'haleine pleine de caféine du monde des adultes, somnoler jusqu'à l'école en écoutant une musique fracassante ou un poème qui demande du repos à l'âme. J'ai peur de me retrouver encore à compter le temps qu'il reste avant de voir de nouveau ma vie sur plusieurs jours – ma vraie vie, celle que j'emmène sous mes pas et dans mes baluchons.

Je finissais tranquillement ma bière pendant son monologue. Il n'avait pas besoin qu'on lui répondre, il voulait juste se vider, se vider jusqu'au bout, sortir toute la peur qui voulait sortir, se débarrasser de ce qui faisait mal et le voir partir loin de lui. Puis, j'étais dans ma fosse, lui dans la sienne ; la bière commençait à remplir la mienne, la sienne débordait de ses paroles, il y avait des crachats noirs, teintés de rose, qui venaient jusqu'à moi. J'étais dans ma tombe, et je regardais les étoiles avec toujours la même envie, aussi puissante que les autres jours. J'étais dans ma tombe, et sans rien dire à Mario, je lui répondais à ma manière. Je n'avais pas besoin qu'on me répondre, je voulais juste vider quelques bouteilles, les vider jusqu'au bout, sortir toute la peur qui voulait sortir, se débarrasser de ce qui faisait mal et le voir partir loin de soi.

- Je rêve d'une autre vie, et pourtant je compte comme libre parmi les plus libres. Je veux une autre vie, est-ce seulement possible ? Je ne veux pas de ce sentiment, je ne veux plus jamais le ressentir, le sentir se pointer en moi. Je ne suis pas lui, et je ne voudrais pas être moi ! Tu entends, Octave, je ne veux plus être moi si cette merde est encore là dans la minute ! Ce n'est pas moi, et ça m'envahit.

Je t'ai entendu, mon gars, je t'ai entendu. Il te faudra être fort, et faire avec. J'aimerai lui dire de regarder les étoiles, et de s'oublier si c'est vraiment ce qu'il veut. Mais si Hank était là, il lui aurait dit, il lui aurait dit, j'en suis sûr, que c'était une chose normale, tout à fait normale, une chose salement humaine, connement humaine, et que ce qu'on essayait de faire relevait de la folie silencieuse. C'est nos veines qui nous disaient ça, dans un frisson orgasmique. Ou alors peut-être Dieu, mais ça m'étonnerait que le grand patron de l'Impalpable fasse attention à nous, alors que nous étions à la dérive sur une lune qui ne faisait que suivre l'orbite de ses rêves, sans jamais les frôler ni même les apercevoir. Le petit et son sentiment qui le prenait aux tripes et au cœur, ils valsaient tous les deux dans la peur la plus humaine qui soit, la plus normale et sans doute la plus valable. Mais allez dire ça à un gosse qui passerait sa vie dans les pupilles de Louna.

C'était vrai, il était peut-être dimanche soir. Ou samedi, ou mardi, je n'en savais rien.




Un jour nocturne, le Soleil
Crache - ! -, crache - ! – sur les étoiles
et des lunes noires
et des lunes blanches
Sautent avec Saturne
l’une après l’une
dans mes anneaux de fumée
Fumée de chanvre indien :

Cercle onirique du clown rachitique
clown épileptique – Auguste Bachique

Il pleure, pleure
et des lunes noires
et des lunes blanches
pleuvent, pleuvent
l’une après l’une
et se poursuivent.
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The shadow
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mer 9 Mar - 17:37

J'aime, tu m'as rappelé ce sentiment, cette vague impression de malaise des dimanches après midi de mon enfance.
J'aime ce cri du coeur, tellement vrai, tellement beau:

- C'est pas possible...c'est pas possible...ça ne peut pas être comme ça. Pas nous. Nous sommes des vagabonds, des fantaisistes, ce que tu veux, mais nous ne sommes pas les peureux du dimanche soir.
Pourtant, j'ai peur, Octave, j'ai peur, je te dis ! Je me vois déjà partir avec mon cartable sur le dos, passer dans les rues déprimées du lundi matin, devant les énormes tours grises et marrons, me noyer dans l'haleine pleine de caféine du monde des adultes, somnoler jusqu'à l'école en écoutant une musique fracassante ou un poème qui demande du repos à l'âme. J'ai peur de me retrouver encore à compter le temps qu'il reste avant de voir de nouveau ma vie sur plusieurs jours – ma vraie vie, celle que j'emmène sous mes pas et dans mes baluchons.


J'aime la répétition de la phrase: C'était vrai, il était peut-être dimanche soir. Ou samedi, ou mardi, je n'en savais rien.
Et celle là... nous étions à la dérive sur une lune qui ne faisait que suivre l'orbite de ses rêves, sans jamais les frôler ni même les apercevoir. *_*
ça fait pro.


Je suis totalement fan de la périphrase:
Ou alors peut-être Dieu, mais ça m'étonnerait que le grand patron de l'Impalpable fasse attention à nous
Le grand patron de l'Impalpable... Avec un grand "I" ... :love:

Après on voit que t'as pas dû retravailler le texte un paquet de fois ça sent presque le premier jet. Je pense que tu pourrais revoir pas mal de choses si tu le voulais, mais comme ça c'est bien aussi. Tant qu'il y a de la poésie... j'en demande pas plus Smile
Merci pour cette lecture.

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Mario
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 10 Sep - 14:14

Dernier texte - pour de bon, cette fois - sur la fantaisie.
Écrit pour le net, doit y avoir de jolies fautes et autres étourderies.

Bonne lecture.











4ème cigarette avant le train de 22h22









- C'est quoi, la fantaisie, Mario ?
- C'est l'irrationalité de la parole naïve.
- C'est-à-dire ?
- Une dialectique de la déraison et de la parole
- J'comprends pas.
- Tu manges un bol de nuages avec un coulis de rêves avant de poursuivre Vénus sur une étoile filante ou un Corn Flakes.
- Miaou !
- T'as tout compris.









Avec un cœur plein de fantaisies délirantes
Dont je suis le capitaine
Avec une lance de feu et un cheval d'air
A travers l'immensité je voyage.








Illuminations, Gare des Rêves. Quelques minutes avant que le monde ne passe une nouvelle fois en tournant à l'envers. C'est pas nous qui marchons pas droit...Un jeune homme sortant de son sommeil en blondes et café crème entre dans le bâtiment, vestige de la révolution industrielle française. Grande verrière au-dessus des rails, terrasses des cafés en mezzanine, de vieux wagons attendant de suivre des locomotives crachant des nuées de fumée enveloppant les immeubles au-dessus des voies.






Des bruits à n'en plus penser. Assourdissants. Réveil difficile en inhalation de vapeurs. L'opium de la machine et des hommes de l'acier. Le jeune garçon donne son billet à un poinçonneur, et se dirige vers les premières. Wagons rouges à liserés d'or, sièges d'un bleu profond aussi calme qu'une église en pleine prière. Un crieur à casquette et tambour annonce les gares qui seront desservies.
Hulabaloo. Bromley-By-Bow. Stella. Maymaygwishaa. Quiribibi. Urquinaona. Worldtown.
Long périple onirique en prévision, sûrement aussi long que le Transsibérien, si on ne s'arrêterait pas à chaque étoile filante pendant plusieurs jours, à contempler sa vie éphémère dans un ciel funèbre. Le jeune monte sur le marche-pied et regarde les couples s'embrasser dans une dernière étreinte fougueuse. Certains partent ensemble, mais le lieu leur livre des frissons de baisers en attente. Les enfants partent en short et en tenant fermement des épuisettes pour pécher les rêves enfouis sous les sables des fables, les mères les accompagnent en lâchant une larme. Quand elles reviendront, les têtes blondes seront mal rasées et cernées après les lâchers de nuits acides. Certaines mères partent seules, vers un autre amour, se retrouver peut-être sous la faiblesse de leurs cœurs battant devant un nouvel homme. Retrouver ce sentiment appelé Mr. Tambourin Man, en avoir peur et partir quand même, les jambes tremblantes, en laissant les enfants à la tante, à la cousine qui finira vieille fille d'avoir trop aimé la première fois.
Et tout le bruit s'évanouit au fur et à mesure que les sièges défilent sous les yeux du garçon. Le monde est désormais derrière les vitres, là, en bas sur le quai. Le wagon est calme, les voyageurs chuchotent. Certains lisent, d'autres dorment. L'un d'eux regarde le monde aller et venir sur le quai du départ, en songeant à des vers qui s'évanouiront dès qu'il les aura couchés sur la feuille devant lui. C'est le seul, d'ailleurs, qui regarde les gens sur le quai. Il semble intéressé par la foule. Le jeune garçon esquisse un sourire, et s'assoit en face de lui, près de la fenêtre.


- Je ne me suis pas trompé de train, Mario.
- C'est le seul qui nous mènera là où nous voulons aller, Idir.
- Je ne sais pas encore où tu veux m'emmener, d'ailleurs.
- Hank et l'Octave, tes compagnons de fantaisie, m'ont contacté. Tu es prêt à partir, et je suis, selon les mots de ces deux imbéciles, le passeur de rêves.
- Le périple toucherait à sa fin ?
- Le peuple voudrait en finir, or il n'y a pas de fin.
- Qu'est-ce à dire ?
- Que tout ce que je peux te promettre, te faire voir, te donner, c'est l'inconnu, l'étape finale. L'infini sans cesse recommencé, le flux des vagues régulières...
- Je suis là pour ça.
- Nous sommes tous là pour ça.


Une voix incendie les oreilles de tous les voyageurs montés à bord. Elle annonce les stations desservies et prévient qu'un requin va passer parmi les voyageurs pour le ravitaillement.
Le train s'ébranle en douceur dans un cri mécanique et sourd. Sifflet strident du chef de gare, salutations des familles, des amants, des amis venus là pour retarder l'instant. Quelques instants après, tout le monde plonge dans son monde ; dernières pensées pour les laissés sur le quai, qui s'amusent encore à faire des signes de la main. Puis l'ennui arrive, et il faut l'accepter comme il vient, encore et encore. Vivre dans l'ennui rythmé par les soubresauts ferreux du train.
Le voyage commence et les rêves ouvrent doucement leurs paupières.


Allez viens, on s'emmène...
http://www.youtube.com/watch?v=GE5-cjDlN_U


Sortie de la ville industrielle. Passage sous les beaux immeubles où des bourgeoises sortent en peignoir et montrent leurs ventres parfaits après sept grossesses. Ça attire l'œil des gamins et des hommes d'en bas, qui passent en levant le nez au ciel. Qu'importe l'âge, ce qui plait dans la provocation, c'est les regards qui se donnent. Envie. Désir. Surtout que de loin, on ne voit pas les rides qui tapissent le corps jauni par le temps.
Des gosses s'accrochent aux grilles du dessus et regardent passer le train. La meilleure attraction du quartier, qui se joue avec une ou deux bouteilles en verre vides. Puis les rues suivant les rails descendent petit à petit. Plus de hauteur, au contraire, le train toise de tous ses wagons des maisons délabrées, parfois recouvertes de taules. De leurs fenêtres, les passagers voient une fille passer. A robe à fleurs balancée par le vent. Cheveux d'or et sourire de vierge malicieuse. Elle ne sait pas qu'elle est observée, son sourire à elle est dû au garçon qu'elle vient d'embrasser. Elle se sent grande, femme, désirable, et toute la vie s'offre à elle. Aperçu complet en environ deux secondes. Tout le monde l'a vu, y a prêté attention – à elle plutôt qu'au ferrailleur qui est passé à ses côtés en traînant derrière lui une charrette faisant trois fois sa taille.


- As-tu quelque chose à me dire ?

Rupture du silence entre les deux hommes. Regard intense, en pleine réflexion.

- Dis-moi ta vie. On arrive bientôt à Hulabaloo, c'est le moment idéal.


- J'ai rencontré Hank et Octave dans une clairière, tout près d'une forêt. Une nuit très étoilée, malgré une pleine lune très éclairante. Blanche et câline. Ce fut ma première leçon auprès de Hank.
Ensuite, nous sommes tombés sur une Lune à la dérive, aussi paumée que nous, et même plus perdue que nous, je crois. Elle nous a mené là où elle voulait, sans trop qu'on lui demande ou bien qu'on pose quelques questions. Peu bavarde, très pleureuse quand les astres l'évitaient. Grâce à elle, on a assisté aux grands bals de l'univers, aux hivers des lunes, quand les mères sortent faire du patin à glace sur les étoiles et les anneaux des planètes. On a aussi couvert la course de vélocipèdes stellaires pendant de longs mois. Ou de courts jours, je ne sais plus. Faut, dire, la Lune nous ensevelissait par moments. On était tout au fond de ses cratères, à se perdre en étoiles ou en salives de météorites – brûlantes, enflammées quand elles descendaient dans nos atmosphères.
Il y a eu la rencontre avec l'homme attendant l'Arcady, le métro qui ne viendra jamais, la serveuse automate. Il y a eu la Nouvelles Orleans, Mademoiselle Coré aux chansons réalistes, et son bluesman d'amant. Je me souviens aussi d'avoir rendu visite à Friedrich, un jour indigo, j'ai croisé Alcide Bava dans le désert du Petit Prince, et j'ai bu de l'alcool de larmes. J'ai hanté les bars des nuits entières avec une rousse s'appelant Salomè, une sacrée danseuse de pluie, qui nous arrosait de ses cheveux de feu. Puis, il y a celle qu'on n'oublie pas. Lola, la fleur des steppes. Il paraît qu'on appelle ça l'amour, moi j'appelle ça la vie.
- Ne jamais l'oublier ?
- Ouais, par n'importe quel moyen. Écriture, souvenir, chanson, rêves...c'est terrible, d'oublier. D'ailleurs, pendant notre silence, j'ai encore écrit un poème sur elle. J'ai l'impression de ne savoir faire que cela, depuis qu'elle traverse mon monde comme un doux souvenir.
- Je t'écoute.



Pour son sourire à l’imparfait
J’ai vomi les nuits à rebours
D’affoler ses cheveux défaits
J’étais caniche et troubadour

Au centre de nos cris oranges
Sombres comme des caniveaux
Elle redressait son cœur d’ange
Et s’enneigeait jusqu’au cerveau

On a attendu la rédemption
Grande absente de l’infini
Pas question de tentation
Quand nos diables voulaient le fruit

Les fruits rouges de l’irréel
Charbons ardents de la folie
Nos corps lourds d’hirondelles
Tombaient d’avoir vendu la nuit

On s’finissait au fond du ciel
En bas de la Nihil Street
Je pleurais dans ses yeux à elle
Les néants géants de nos rites

Y’a encore son rire de princesse
Qui parcourt les pleines lunes
Est-ce possible que son rire ne cesse
De vivre en échos sur mes unes...



- Ça a l'air personnel...et ça a l'air fictif.
- Qu'importe ce que ça a l'air. Désormais, la Fiancée de l'Eau vit dans mes mots pour toujours. Ou presque. Il y aura un moment où le vent balaiera l'encre de mes feuilles meurtries.
- D'une certaine Eulalie...







« Prochaine station, Bromley-by-Bow. Deux minutes d'arrêt. Prochain station, Bromley-by-Bow ».
- Bromley-by-Bow ?
- Inutile de descendre ici, on verra très bien depuis notre fenêtre...


Bromley-by-Bow, gare déserte. Des chiens traversent les voies et suivent le train en aboyant à la mort. Hangars désaffectés et silhouettes noires accroupies devant les entrées. Personne sur les quais, personne dans la gare. Aucun voyageur n'y descend et aucune âme ne monte.
Des enfants jouent au base-ball sur un parking des voitures brûlées. Une vieille dame emmitouflée dans un grand châle cyan passe en traînant un caddie grinçant. Deux femmes la regardent sur le devant d'une boutique vendant des produits périmés.


http://www.youtube.com/watch?v=G3cFkaqhD0I


La ville est grise. Béton, macadam, bitume et biture. Les jeunes s'effondrent dans les caves pour oublier leur environnement. On s'amuse à qui sera le plus loin du réel, à coups de larmes d'un soleil tant désiré. Se brûler dans la froideur ambiante, se sentir vivre dans un cimetière rempli d'êtres humains en attente de tombeaux. Des fenêtres, on peut apercevoir des centaines d'écrans allumés, tournant en boucle tous les jours. Images de violence, de chairs, d'amusements artificiels. Fuite par l'autre monde, quand l'autre monde est celui de toute la ville. Miroir, mon triste miroir, dis-moi qui est le plus vivant de mon royaume perdu ?



Soir de décembre, les chiens aboient au silence
Qui parcourt la vacuité du monde-spleen
Dans les rues brumeuses de Bromley-by-Bow

Des mômes en haillons de marques
Mettent toute leur rage dans la batte de base-ball
Dans les rues brouillard de Bromley-by-Bow

Les speakers sont les seules discussions
Des familles cernées de fosses communes
Dans les rues oubliées de Bromley-by-Bow

Soir de décembre, une frêle amoureuse
Traîne un homme-esclave dans le froid
Dans ses rues belles de Bromley-by-Bow.



Même le ciel a décidé de laisser cette ville à l'abandon. De simples nuages gris et noirs, énormes, menaçants, passent au-dessus des rêves de voyage de ces gens. Jamais d'orages, jamais d'éclairs, encore moins de tonnerre. Juste une couche infinie de nuages qui couvre comme un couvercle l'ennui qui respire au rythme des réveils difficiles et des horloges monotones. Ici, on vomit le spleen jour après jour, en maudissant les paternaux qui ont donné la vie, qui ont osé donner à l'avenir en chairs tendres un paysage monochrome comme seul futur. Au loin, une immense usine crache une fumée qui va rejoindre la couche grisâtre. Une odeur de viande humaine rôde dans chaque recoin de la ville. C'est la vie des habitants qu'on brûle jour après jour, dans un grand brasier silencieux.


- Les hommes reprennent leur souffle en crachant l'eau des fosses sceptiques. Pendant ce temps là les femmes se remaquillent devant des miroirs crasseux pour l'un d'entre eux, qui ne les touchera même plus après trois ans de vie commune.
- Tu es plus pessimiste que Hank ou Octave, Mario...
- Non, je ne fais qu'observer, non sans lassitude, le manège infini dans lequel certains sont déjà montés. Infini - jusqu'à la mort. Pour le meilleur et pour le pire, selon la fameuse formule. En voilà une qui résume bien ce qui les attend. Générale, certes, mais pas du tout dénuée d'une certaine vérité. Elle est facile, je l'accorde. Le meilleur et le pire, voilà ce qu'est Bromley-by-Bow. Car si l'on a vu le pire, le meilleur est bien caché, se montre rarement. Il faut garder ses yeux à l'écoute...
- Que proposes-tu contre ça, alors ?
- L'humour fou. Qu'il soit question de couples ou de simples relations, l'humour fou sauvera des villages entiers perdus dans l'ennui des aiguilles. Pour cela, il faudrait éteindre les écrans et se parler de nouveau. Tourner la tête en direction d'un regard présent autour de soi. Fini les yeux absents des présentateurs, consacrons-nous aux pupilles remontant les jours à nos côtés. Alors, Bromley-by-Bow sera le paradis sur terre, pour le meilleur et pour le pire.





Paysage changeant, petit à petit. Les feuillages faisant une haie d'honneur au train couvrent toute la voie, forment un toit de verdures roses et noires. L'aube pointe le bout de son nez rose, et, des fenêtres, de timides rayons lumineux frappent en multitudes de piques jaunes les yeux des passagers. La forêt transforme le paysage de campagne en ciel étoilé, au plus près des doigts des enfants qui se perdent, la tête levée vers ce ciel de feuilles, en contemplation savoureuse. Impossible, désormais, de deviner la moindre pensée des rêveurs en voyage. Les deux hommes se perdent aussi en errance orgasmique parmi les sons qui s'élèvent, les notes que fredonnent le spectacle du monde. Plus de train, plus d'horaires, plus personne sinon soi-même, en tête à tête avec l'instant unique, éternel, où la note touche tout le corps, le heurte de la plus belle manière, jusqu'à faire couler des larmes noires qui vont s'échouer sur une feuille. La Beauté est là, tout près, elle arrive à pas de menthe noire, exquise et extatique, elle murmure des secrets séculaires à qui voudra bien les croire, dans une fantaisie musicale qui renverse tous les océans dans une apothéose de sérénité. L'orchestre du monde joue à jamais pour les yeux curieux levés vers les astres.
D'un regard apaisé, complètement vide de toutes préoccupations, Mario indique à son interlocuteur qu'ils sont en vue de la prochaine station.
Stella.
Et le silence se fait.



http://www.youtube.com/watch?v=TQYaVb4px7U



La Voie Lactée apparaît sur la scène en robe blanche. Danseuse de la nuit, elle fait frétiller les scintillements qui parsèment son vêtement. Ces cyclopes de la nuit tournent sur eux-mêmes, disparaissent et renaissent entre les plis des paupières, s'empourprent et prennent les couleurs de tous les rêves, tous les espoirs et autres Lunes. Ils s'enflamment de rouge et d'or, retombent et s'élèvent sans cesse, comme les vies humaines qui naissent et qui meurent. Incandescentes et éternelles, suivant le rythme des mélodies divines. La Robe est un mot d'amour, une vérité insaisissable, celle que tout le monde cherche, traque en étoile errante. Elle s'abandonne quelquefois dans des plumes miséreuses, inspirées, en marche vers la route des siècles. La bougie qui éclaire les tâches d'encre nocturnes luit d'une lueur blafarde face au temps, au peuple qui passe en bas de la rue, au carrosse qui mugit de sa vivacité boisée en hennissements de révoltes sous le coup de fouet faisant marcher les jambes des peuples en attente d'illusions. Un instant parmi la grande valse de la Robe, un seul instant où il semblerait que le poète la possède dans toute son intégralité. Il la sent gémir dans sa main – gémir d'un bonheur d'être enfin retrouvée par une encre. Il la ressent jusque dans sa chair, les larmes lui monte aux yeux, une joie indicible l'envahit. Qui sinon elle pour comprendre ce qu'il vient d'écrire ? Qui d'autres sinon cette Robe qui se balance en mélodies surréalistes, jouissives dans les sommeils souriants ? Et, dans un soupçon d'aiguilles métronomiques amnésiques, il la perd, il la laisse aller...elle s'évade du creux de sa main tâchée par les ténèbres liquides, elle s'enfuit comme l'eau dans l'air, comme une flamme gamine, un grain de sable poussé par le vent fou qui l'emporte dans les océans célestes aux marées migratoires. De l'eau de vie alcoolisée tombe lentement des joues et de la bouche du chasseur bredouille ; il repart vers son trésor, rencontrant dans ses fugues, une nouvelle fois, des vérités tentatrices ou des amours d'une vie. Fantaisie. Histoire. Langage. Art. Poésie. Muse. Un tableau impressionniste s'installe petit à petit pour la retrouver complètement dans une peinture nacrée de la Robe. Quels pleurs donner, ô peintre, quand dans chaque pointe de pinceau elle est là, malicieuse, cachée dans la couleur ?
Dans un empire de sons, la Robe continue sa transe en danse sur les âmes de sa gamme.


- Mario, es-tu là ?
- Je crois. Je n'en suis pas sûr. J'étais ici il y a quelques instants, mais maintenant, je ne peux plus rien dire sur ce sujet. Je crois que je suis là, je le crois vraiment, mais ce n'est plus une certitude. Je suis devenu cette feuille, ce rayon de soleil. Je suis devenu le vent et le son qui sort de ce corps étranger qui me semble familier.
- A quoi penses-tu ?
- Que l'enfoiré qui nous a sorti cette connerie du cogito nous a tous enflés pour des siècles. Et toi, à quoi penses-tu ?
- Que Louise Brooks n'était pas humaine. Elle est venue sur Terre pour nous apprendre l'élégance du regard.


Départ du train, sur les quais des enfants abandonnés regardent, les yeux émerveillés et pétillants d'envie, des cracheurs d'étoiles filantes montés sur des échasses. Ils ont le visage maquillé de noir, sur les yeux, autour de leurs bouches découvrant des dents ivoires à chacun de leurs sourires carnassiers. L'un, porte un grand chapeau haut-de-forme et une redingote noire déchirée et trouée. Ses cheveux longs couvrant son cou et ses épaulettes militaires. Il offre des chocolats aux enfants, en se baissant jusqu'au sol sans jamais tomber ; il fait sortir les confiseries de leurs oreilles et fait disparaître leur chagrin d'un sourire bienveillant. Une femme rousse le regarde faire et crache de nouveau sous les applaudissements. Son corset dévoile une poitrine recouverte de tatouages monstrueux qui ont l'air de charmer les plus petits parmi le public. Elle les caresse de ses longs doigts et de ses faux ongles, terriblement allongés et pointus. Sa robe noire, un peu transparente, dévoile de nouvelles couleurs sur ses jambes, remontant jusqu'à sa taille.
Arrive un troisième, sur des petites échasses, qui écartent les enfants en crachant un feu indigo aux senteurs de réglisse. La luminosité est telle que l'homme en perd son maquillage noir, et se découvre sous les traits d'un Arlequin fantasque ; cheveux verts et cicatrices autour de la bouche. Les clowns continuent en dansant tandis que le convoi les perd de vue. On peut encore voir les mouvements de leurs silhouettes longilignes, avançant comme Lennon in the Sky with Diamond.










- Pourquoi joues-tu avec cette bague, Mario ?
- Pour savoir si je suis en train de rêver ou non.
- Nous sommes donc en plein rêve ?
- A toi de le décider.
- Je décide par vent arrière quand je suis sous absomphe.
- Nous arrivons à Maymaygwishaa.
- Tu peux me redire ça à l'envers ?
- Drôle. Veux-tu finir ?
- Pardon ?
- Juste un rêve, un rêve fini. C'est une escale Maymaygwishaa, ou alors c'est le nom de la chair des fleurs, nourriture des printemps terminés, qui remplit l'homme de couleurs.



Des passagers descendent, avec ou sans bagages. Certains ont pris ce train juste pour venir ici. Maymaygwishaa, la plus longue escale prévue sur le trajet. Aucune gare, un seul quai, une seule voie. On suit des enfants qui prennent les voyageurs par la main en chantant des romances innocentes et de comptines oubliées. Peu à peu les yeux se heurtent à un mur gigantesque, construit avec une multitude de pierres. Comme plusieurs facettes cachant quelques vérités bien dissimulées, à l'abri derrière ce rideau multicolore. Sur le trajet, Mario entame quelques vers dont son camarade ignorait l'existence, et il l'écoute avec une attention toute particulière, suivi par les enfants qui cessent de chanter pour l'écouter, le libérant de leurs emprises.



Et l'enfant ne peut plus. Elle s'agite, cambre
Les reins et d'une main ouvre le rideau bleu
Pour amener un peu la fraîcheur de la chambre
Sous le drap, vers son ventre et sa poitrine en feu...
-
Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
-
Et faisant la victime et la petite épouse,
Son étoile la vit, une chandelle aux doigts
Descendre dans la cour où séchait une blouse,
Spectre blanc, et lever les spectres noirs des toits.




Le troupeau de candeur reprend les vers d'un air joyeux. Leurs figures douces et blanches se transforment, changent de visages et de formes tandis qu'ils dépassent le mur. Les enfants font crisser leurs bouches rieuses et commencent à courir dans le nouveau lieu en hurlant des Karatcho, en se mordant férocement. Une petite fille blonde, en jupe blanche et petites chaussures, fut rouée de coups puis lapidée sous le regard impassible des personnes présentes aux alentours. Et la foule juvénile de répéter Karatcho ! Karatcho ! en sautant aux cous fébriles des personnes âgées, pour téter le sein de la mère mature.
Derrière le mur, caché des hublots du train, un vaste champ couvert de nuages tranquilles, survolant les herbes taillées avec soin. Sous ces miettes qu'on soulève délicatement, des têtes humaines prennent des expressions terrifiées, tristes, hurlantes. Aucun cri ne sort de ces visages gravés dans les nuages, le champ est sans doute l'un des endroits les plus calmes qui soit. Le visiteur fixe longuement les yeux révulsés, rouges de sang ; la salive qui pend en filaments baveux entre les deux lèvres saignantes d'une bouche bafouée ; les nez cassés ou défrichés par la poudreuse éternelle ; les joues rouges de colère, de honte ou de jouissance ; cheveux défaits, sales, gras, qui pendouillent sur des gueules dévastées. Maymaygwishaa, le cimetière des rêves avortés. Les fœtus froids se cachent, affreux, sous les nuages comme sous une pierre, pour dissimuler leur laideur et les larmes qui ne leur viennent jamais aux yeux mais qui se voient au fond des corridors sombres de leurs prunelles éteintes. Bien qu'immobiles, ils sont tous vivants, remplis de la sève de la mort. Ils n'osent simplement plus vivre, se montrer au grand jour, par peur de brûler sous le soleil infernal. La nuit, ils murmurent tranquillement ensemble des choses qui se taisent, quand personne n'est là pour les surveiller ou regarder avec dégoût leurs têtes vomitives. Parfois, lorsque leurs rêveurs viennent leur rendre visite, ils se cachent encore plus, honteux, et pleurent pour de bon pendant plusieurs nuits, hurlant aux étoiles moqueuses leur malheur d'avoir été rêvés. Maymaygwishaa, le cimetière des rêves avortés. Un scandale de mélancolie, comme disait le poète-chanteur.
S'approchant des deux hommes, la peau rougie par les morsures des enfants, une vieille dame, la gardienne de Maymaygwishaa se penche au-dessous et relève la tête pour leur parler. Elle leur parle tout en caressant avec une douceur maternelle un visage qui remue sa bouche ouverte comme s'il ruminait, les yeux écarquillés semblant supplier de l'aide.


- Vous essayez de courtiser la mort, jeunes hommes ? Sachez que vous êtes ici dans les enfers du souvenir, pris par des tas de cendres et des paillettes d'or. Entre mes chers petits rêves se tissent des nids d'araignées au fil d'Ariane qui cherche des vers oubliés dans les labyrinthes des limbes...que faites-vous ici, à déranger la pauvre Consolance ?
- Nous cherchons les rêves aux murs métalliques, chargés d'effluves à rhums antiques.
Réponse de Mario, il s'amuse à faire tourner sa bague sur le front du rêve avorté qui s'étire en un sourire débile au-dessous de lui. Il la reprend vivement au moment où celle-ci semble pencher.
- Vous semblez bien présomptueux...vous assistez pourtant, impuissants tels que vous êtes, spectateurs de votre propre agonie. Et vous ne faites pas rire Consolance...
- J'irai, madame, honteux comme ces rêves, sous les rires insupportables d'une jeune femme moquant mes vers. Cela vous suffit ?
- Allez-vous vers les ampoules de minuit à l'œil dilaté ? Répondez à Consolance !
- Nous allons vers les vastes espaces illimités de l'intérieur. Ils ne sont que golfes et océans d'ombres, où l'esprit épuisé ira se reposer dans une crique de ténèbres-cumulus.
- Vous...vous connaissez Consolance ?
- Bien sûr, elle est le seul rêve avorté qui ose parler aux visiteurs.
- Quel rire...monte en moi...?
- Un rire comme un espoir qui s'ignore, madame. Au revoir.


http://www.youtube.com/watch?v=Wlb_ivcRNSc












De retour dans le train, les deux hommes retrouvent leur place. Le requin passe avec son chariot et propose des noms féminins d'un air facétieux. Il continue son chemin parmi les sièges après avoir essayé un refus de la part d'Idir.


- Pas d'Isabelle, pas d'Eulalie, vraiment, Idir ?
- Nous n'avons pas besoin de ça .
- Tu...n'as pas besoin de ça. Mais allons, soyons comme deux enfants sages. Et attendons de crier Karatcho avant de dévorer ces femmes en sachet.


Le train poursuit sa course, lancé à pleine vitesse dans des landes dévastées. On peut entendre au loin des explosions, chocs sourds parvenant aux oreilles distraites. Quiribibi en approche : la ville retranchée lance ses jeunes soldats sur le front des rêves. Tous meurent avant dépassé la ligne d'horizon, et les rares survivants, ceux qui ont vu ce qu'il y a derrière, se font passer pour morts et se réfugient dans l'arrière-pays, parmi les blés muris par le soleil, à éduquer des gosses à la peau tannée par l'astre du jour. Ils finissent dans l'anonymat, le silence, et l'alcool. On parlera d'eux plus tard, bien plus tard, en disant que c'étaient des grands hommes au service de la patrie. Dire qu'ils auront passé toute la vie qu'ils leur restaient à cracher dessus chaque minute que leur Dieu leur accordait encore. Ils avaient vu ce qu'il y avait derrière l'horizon. C'était comme savoir si un train lancé sur des rails allait dans un sens bien précis, ou s'il allait n'importe où loin des gares.
Passage dans la station à vitesse réduite. Pas d'arrêt, les hommes en uniforme montent en marche et saluent les amoureuses roses à mouchoirs blancs. Ivre d'espérance, de rasage mensuel et de franche camaraderie, ils partent tous le sourire aux lèvres, dans un train aux rails tracés pour eux.
Invasion de testostérone dans les wagons, et il faut se dire que la première est épargnée des crasseux, des pouilleux, des vantards aux mille femmes et des alcooliques avant l'heure. Sur les sièges bleutés, on assiste au bal des officiers, ceux qui croient encore au pouvoir de la médaille et de l'ordre respecté. Des comiques-troupiers qui s'ignorent, et qui contemplent les passagers avec une moquerie et un dédain totalement affichée, affirmé ; d'une honteuse idiotie. Ils chantent des chansons à s'en déchirer la voix de joie ; même s'ils semblent ravis de partir ils ne clament que leur retour auprès de leurs belles.



Je r'viendrai comme un vieux junkie
M'écrouler dans ton alchimie,
Delirium visions chromatiques,
Amour no-limit éthylique.

Je r'viendrai comme un vieux paria
Me déchirer dans ton karma,
Retrouver nos mains androgynes
Dans ta zone couleur benzédrine.

Je r'viendrai te lécher les glandes
Dans la tendresse d'un no man's land
Et te jouer de l'harmonica
Sur un décapsuleur coma.

Je r'viendrai jouir sous ton volcan,
Battre nos cartes avec le vent.
Je r'viendrai taxer ta mémoire
Dans la nuit du dernier espoir.

Je reviendrai narguer tes dieux,
Déguisé en voleur de feu
Et crever d'un dernier amour
Le foie bouffé par tes vautours.


Les passagers applaudissent les chansonniers et les regardent non sans une certaine envie. Pulsion de puissance. Désir d'appartenance. Ils exhalent la confiance de ceux qui n'ont jamais subi une pluie de bombes dans les tympans. Pas d'humilité quand on ne connait rien à la vie des tranchées, lorsqu'on n'a jamais vu les corps de ses frères d'armes enterrés en une demi-seconde de poussières et de cris appelant aux mères de la petite école, celles qui apportent le gouter et surveillent la fièvre quand on est malade. Soupirs de la part de nos deux rêveurs en quête de paix silencieuse. La mort arrivera pour ces jeunes gens comme la piqure vive d'une seringue létale. Incompréhension dans l'instant scotché sur les pierres tombales déjà prêtes.
Mario éclate en un fou rire énorme, sans prévenir, en suivant le rythme de la chanson tapé par les bottes de cuir. Comme une manière de se protéger des visions d'horreur que ces pauvres gars donnent déjà à voir sans le savoir. Il se lève, appelle son ami d'un mouvement des yeux, et commence à jouer de la flûte. Une marche militaire suivi d'un air funèbre de Chopin. Provocation gratuite qui semble amuser le musicien, à en juger par les montées soudaines dans ses notes. Puis, après avoir vidé un verre d'un des leurs, il se met à faire tourner sa bague sur un képi. La reprenant dans ses mains au dernier moment, pour ne pas faire pleurer les hommes, il se met à déclamer un poème, Idir lui donnant la réplique.



I knew a simple soldier boy
Who grinned at life in empty joy,
Slept soundly through the lonesome dark,
And whistled early with the lark.

In winter trenches, cowed and glum,
With crumps and lice and lack of rum,
He put a bullet through his brain.
No one spoke of him again.

You smug-faced crowds with kindling eye
Who cheer when soldier lads march by,
Sneak home and pray you'll never know
The hell where youth and laughter go.



S'inclinant, Mario couvre les képis de ses bouclettes emportées.


- Excusez-moi pour mon anglais, messieurs, et pardonnez deux bons à vagues pour leurs encouragements sincères. Rien n'est plus dur que le suicide quotidien sans résignation, n'est-ce pas ? Oh, que vois-je ? Une mer bleue à vous perdre entre le ciel et la terre ! Nous arrivons dans les environs d'Urquinaona, je crois bien. C'est là que vous descendez, izeune titte ?





Urquinaona ! La ville du bord de mer !
Tous les quartiers de la cité empiètent sur le rivage. Les palais des rois, les musées et les bâtiments de l'état sont tous sur pilotis ; ils attendent la vague qui viendra faire chavirer le navire qui rassemble toute l'organisation humaine de cette ville. A côté se trouvent les bidonvilles, frêles esquifs où l'on retrouve des morts après chaque tempête détruisant les habitations de tôles. Et, à chaque nouvelle aube ensoleillée après la pluie, les survivants reconstruisent tout, en espérant être épargnés à la prochaine faux de la mort marine. Du haut de leurs forteresses de pierre, les bourgeois et les seigneurs regardent la pauvreté en bas de leur fenêtre et soupirent de ne pouvoir les rejoindre. Ici, tout le monde habite dans son enfer, quelle que soit la place attitrée.
Le train arrive doucement, depuis une hauteur qui surplombe la mer. Le soleil entame son crépuscule, la mer a des reflets d'or et le ciel jaunit pour s'assombrir dans l'orangé et l'indigo. Des baigneurs s'arrêtent pour contempler le convoi, des enfants courent après la locomotive en criant et en sifflant pour imiter le bruit mécanique de sa marche enfumée. Une ambiance estivale flotte parmi les voyageurs qui sourient, les yeux éblouis mais grands ouverts face au soleil. On commence à percevoir plus facilement ses courbes brûlantes. Pudiques et sévères, elles condamnent les rétines aventureuses pour plusieurs minutes. Mais l'on se sent remplit d'une immense chaleur pour le reste du jour finissant. La gare ressemble au point de départ, Illuminations, grande verrière en guise de toit, cafés et amoureux transis sur les quais. Les uniformes descendent des hommes qui se sentent un peu moins fiers...être arrivé à son terminus a toujours quelque chose de grisant. Le fameux coup de barre, la suite qui devrait arriver au grand galop, quand la fumée se sera dissipée après disparation du train où l'on a laissé une bonne humeur artificielle. Certains, sur le quai, contemplent des passagers assoupis sur leurs sièges, et ressentent, pour la première fois depuis leur départ, cette envie soudaine de partir dans le premier train en route pour les rêves. Ou la réalité. Une autre, n'importe laquelle, pourvue que les instants qui suivront seront imprévisibles.


- Pourquoi descendent-ils ici, Mario ?
- Urquinaona, c'est la dernière ville avant Worldtown. Les langues du monde entier viennent ici passer leurs vacances. Eux, ils descendent là car la mer les attend. Une guerre maritime, des bateaux en acier...beaucoup de ces gars ont déjà leur tombe de prêtes. La mer, au flux régulier. On enverra deux croque-morts à la famille, et le reste, ça regardera les noyés et les poissons. Éventuellement deux-trois sirènes en manque d'amour et aux envies douteuses. Là où ils seront, ils verront le reflet doré du soleil sur l'eau comme on voudrait toujours le voir. En profondeur, enterré sous des draps d'eau. Il n'y a pas plus belle mort, quand on est d'Urquinaona. Voilà pourquoi ils chantaient joyeusement, dans l'insouciance de leur jeunesse. C'est rare d'avoir une belle mort. Et mourir à la fois sous le signe de la patrie et de la poésie, c'est mourir pour sa patrie Poésie. Cela valait bien un poème...


http://www.youtube.com/watch?v=F4BMHHnFI3Y








- Nous arrivons à la fin de notre périple, monsieur le passeur de rêves.
- Que dis-tu, gamin ? Tu crois que c'est fini ? Tu oses dire ça à la sortie d'Urquinaona ? N'as-tu donc rien vu depuis que nous sommes partis ?
- J'ai vu des choses, oui, mais je me sens comme ces uniformes de tout à l'heure...Le terminus va me laisser un dégoût dans mes vers. La lassitude me prend déjà, je sens la fantaisie m'abandonner...
- Passe par la fenêtre.
- Que...quoi ?
- Passe ta tête par la fenêtre. Nous sommes à la sortie d'Urquinaona, la ville où toutes les langues du monde viennent passer leurs vacances. Tu t'imagines qu'elles viennent comment ? Ouvre la fenêtre, et ensuite ouvre bien les yeux, et grave ça dans ta mémoire.


Idir ouvre la fenêtre par laquelle tant de ses pensées se sont échappées depuis le début du voyage. Il est d'abord ébloui par le soleil orangé qui fuit sous la mer, puis, une fois que ses yeux se soient habitués à la lumière du crépuscule, il fait plus attention aux défilés des nuages indigos, orangés et encore un peu jaunes par endroits. Le ciel bleu est devenu vert-douceur, et la mer tombe dans des bleuissements agités en suivant la courbe de son astre chauffant. S'intéressant de nouveau sur l'astre qui touche désormais la ligne de fuite du monde, il le voit rouler comme une simple boule orange sur la terre. Les yeux écarquillés dévorant cette scène du regard, il se perd à contempler la descente du Lumineux, lancé comme un cheval fou surfant sur l'océan.
Alors, lentement, le convoi se détourne du rivage et disparaît dans une plaine. Le vent fouettant son visage, Idir remarque des centaines de voies rejoignant celle où les entraîne la locomotive aux chants de fer. Des centaines de voies où paraissent autant de fumées indiquant de la vie dans l'acier ambiant. Les têtes des locomotives apparaissent dans les fumées immenses, traînant derrière elle des wagons multicolores. Séduction des voies qui se rapprochent toujours, en pleine course, jusqu'à se coller complètement. A sa fenêtre, le jeune homme est en tête de la centaine de trains qui roulent à la même vitesse que lui, sous un ciel encore un peu éclairé par le soleil. Les nuages indigos s'assombrissent encore un peu, mais la clarté est encore là, dévoilant de nouveaux visages contre des milliers de fenêtres. Les enfants rient de la scène et les adultes se retrouvent dans ces rires émerveillés. Les conducteurs jubilent et se mettent à croire à la Beauté du Monde en adressant mille prières de remerciements aux compagnies de chemin de fer. Le Dérangeant Fantôme, ce sera pour plus tard, quand les femmes seront chastes les samedis soirs pour les emmener aux messes du dimanche midi. On s'étreint devant les chaudières, on lève les lunettes noircies par la fumée, on s'éponge le front et on commence à croire en soi. Le métier qui prend toute sa raison. On en embrasserait presque l'amante de métal, cracheuse éternelle de perles de nuages. Claudine, Augustine, Petite Charlotte ou Gilberte, toutes les travailleuses aux roues arrières bien huilées qui valsent ensemble, accompagnant la Robe Blanche dans sa danse magique.
Voilà que la Ville n'est pas loin. Premiers bâtiments en vue, immensités citadines en perspective. Ca commence à ranger et à freiner, le train rouge toujours en tête, solidement accroché à sa première place. Tous les enfants sont maintenant aux fenêtres et pointent du doigt l'avenir qui arrive devant à 110 à l'heure.
Passant lui aussi sa tête par la fenêtre, et regrettant immédiatement son idée à cause du vent et de ses bouclettes affolées, Mario montre des nuages à son camarade. Et des étoiles, juste derrière, qui les accueillent avant d'arriver à Worldtown. Éclatant d'un rire sonore pris par le vent, Mario écarte les bras en dehors et crie aux premiers soleils de minuit tous les poèmes à venir.


- MAINTENANT, CA PEUT COMMENCER !









Chant d'envoi :
Cadeau de Shadow à la guitare acoustique
https://rapidshare.com/files/3359161761/Truth_begins.wav




Spoiler:
 


Dernière édition par Mario le Jeu 26 Jan - 23:12, édité 4 fois
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Euphémia
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Sam 10 Sep - 15:02

Sublime !!! Comme la plupart de tes textes Mario, je n'en dirais pas plus, les mots ne sont pas assez forts pour exprimer ce que je ressens !

Les mots , les phrases , les situations parlent et j'espère encore lire des symphonies à l'encre noire !

Merci pour ces textes Mario


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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Ven 21 Oct - 14:37

Je suis en retard pour la lecture des tes textes. Je vais bientôt m'y mettre.

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MessageSujet: Re: Sophisticated Woman   Mer 21 Mai - 14:32

J'ai retrouvé un de mes textes sur la Ville-Monde (dans le joyeux bordel d'internet...). Un brouillon de l'épopée fantaisiste de l'époque




Mahalska







Séguedille et gigue courent en délire
Vers les songes au ciel de fracas
Les étoiles aux jambes de lyres
Riment les rêves en danse polka



Les yeux s’ouvrent d’un coup. Pas de lent cheminement des paupières, de froissements de cils, de réveils hurleurs au coin de l’oreille, chasseur de rêves. Rien qu’un lever de rideau rapide, et la couleur s’engouffre dans la brèche de l’œil. Auparavant collée, la voilà dévalant les humeurs et le cristallin, et remplir jusqu’à plus soif le bassin du réel. Comme un ruisseau infini, aux ruissellements tranquilles, elle s’écoule dans l’être et l’inonde de sa douce bleuité. Ciel de mer, mer de ciel, et bruissements d’ailes d’oiseaux-dauphins. Le son a des traits plus foncés que le ciel et saute de vie en vie ailée. Le regard, perdu jusqu’aux limites de l’infini sans lignes d’horizon, contemple, âme subjuguée, le spectacle sans cesse renouvelé du vide traversé d’un cri d’oiseau. Comme un poème laissé là par une encre qui est passée, il y a des siècles ; le cri résonne encore…S’engouffrant encore dans la faille colorée, le paysage arrive avec ses vagues de consciences. Quelle heure est-il…quelle heure est-il…


- Quelle heure est-il ?
- Bientôt 22h22, quoique le Lampadaire Céleste vienne de se lever…
- Je veux boire de l’eau…
- Prends un peu d’alcool. Le réveil sera plus facile à accepter après un verre ou deux. N’oublie pas : il faut que tu boives.


Noyade. Fichue vague. Encore une qui renverse le corps dans une légion de frissons épileptiques, presque invisible pour l’homme qui songe à sa journée. La tête est tournée lentement, dans une course chronométrée. Dix secondes pour la faire bouger, et cinq secondes pour atteindre l’endroit voulu – simplement pour voir. Ciel de bleus, fracture en sfumato gris. Impression de chute, la tête au fond du trou, la tête lourde, embrumée dans les courants marins de la pensée. Étouffements successifs, mains brisant le calme de la surface, puis descente vers le fond, avec les cadavres des bateaux ivres. On croise, au fond des golfes d’encre, les yeux révulsés, écarquillés de se sentir mourir, le savoir pour le refuser. Le masque se retire et rejoint la surface, pour claquer entre deux tonneaux vides ballottés par la houle. Les vrais visages, froids, ahuris, terrorisés ou apaisés, selon, enseignent à la chanson des eaux les mystères de l’humain. Secrets bien gardés dans les gouffres des golfes.


- Prends un peu d’alcool. Maintenant.


L’extension du bras remue, malgré son quintal. Elle commence à ramper contre la surface, sentir toutes ses aspérités. Puis, un contact avec du verre. En l’agitant, le verre fait sonner son contenu. Qui se trouve bien vite contre la langue, le palais. Noyade. La vague de chaleur apaise, et les brûlures fugaces du liquide de feu font sentir la vie en plein incendie. Flamme légère, dont personne ne s’approche. La lourdeur disparaît petit à petit, la remontée se fait en overdose d’oxygène ; les rayons de l’Astre font valser la vue dans un bal de tâches lumineuses, nonchalamment allongées sur l’eau. Les larmes du Soleil se joignent au dépôt des golfes d’ombre, quand l’être sort la tête hors de l’eau, et prend une bouffée de ciel.


- Ça a commencé…Comment te sens-tu ?


Le paysage terne se livre, plus détaillé. Une ville entière se déroule sous le regard qui embrase tout jusqu’à les hautes murailles. Immeubles divers, défiant les cieux et grattant le ventre des nuages en pleine migration, esseulés dans l’espace immense. Gris et blancs, les bâtiments s’élèvent les uns les autres, se collant et se mirant, encerclés par deux grands bras noirs. Ces murs infranchissables semblent se pencher sur la ville pour l’espionner, épier le moindre de ses mouvements. Une légende dit qu’ils sont pourvus des âmes des êtres qui ont trépassé dans les marches millénaires. On dit qu’on pourrait entendre leurs murmures indicibles, la nuit, si les étoiles apparaissent en armée de soleils des nuits. Au petit matin, cependant, rien ne peut s’entendre sinon le crépitement des flammes, la frénésie des tirs et les hurlements de terreur des hommes, en contre-bas. La vue s’abaisse, abandonne le panorama pour quelques instants afin de s’attacher aux silhouettes d’en bas, dans les ruelles, qui courent. Pavées de catastrophe.


- Mahalska, le quartier des rêves en guerre.


L’orchestre joue dans l’éther
Un poème aux parfums délicats
Les jasmins et les verlaines verts
S’abouchent gras en danse polka


Si la Ville-Monde est entourée de son Mur d’Ebène, la Mahalska, la Femme-Pressée, ainsi qu’on la surnomme, n’est délimitée que par un mur d’horloges de gare, des premiers modèles jusqu’aux plus récentes. Collées entre elles, elles font trotter leurs aiguilles, impassibles, régulières. Ce mur tourne autour de la ville, dans le sens convenu, au rythme de la journée. Le jour, les horloges sont assaillies par les aventuriers et les fous qui veulent arrêter le temps, stopper sa course folle vers les fins, pour profiter de l’instant. Sentir rien qu’une fois l’arrêt complet du voyage, et continuer, pourtant, de se mouvoir dans l’instant. La nuit, elles brillent comme des soleils, font de la concurrence aux étoiles et rendent insomniaques les courageux qui essayent encore de les vaincre, en soubresauts désespérés. Passés la révolte, les appartements prennent feu, et les hommes vont vivre dans les rues, contemplant sans voir les aiguilles régulières. L’alcool a tassé au fond des verres la volonté d’agir, et le mur d’horloges tourne toujours, serein dans le métronome de ses petites coureuses.


- Mario, peut-on sortir de là ?
- Le peut-on ? Non. On peut le vouloir.
- J’ai vu ces hommes. Ils croyaient, eux aussi, dans leur naïveté maladive, que la volonté suffirait à passer ce mur d’angoisse. Ils sont encore là, vaquant au vide. Peut-on passer ce mur ?
- Il suffit de le vouloir plus que les autres. On verra plus tard le prix à payer.


Au programme : théorie du thé au rhum, coloriage sur nuages, alcools de confiture verte. Il faut bien parler, ne pas dire n’importe quoi et surtout, calmer la soif. La fumée assèche les esprits englués dans la sécheresse face aux horloges ; plus rien ne sort des bouches désertiques. Aucune pensée, mot d’esprit, jeu de maux ; rien à faire. Il faut boire. Finissant les premières bouteilles, les deux hommes descendent au fond de la tranchée, pour rejoindre les insectes rampants, leurs semblables. Près du mur, la défilante ressemble à une fourmilière. L’autrui avance sans qu’on sache pourquoi, mais il avance vers sa tâche, censée aider la demeure commune. Magie de l’animal social, que de vivre ensemble mais ne pas parler quand on se croise. La défilante porte bien son nom, temps et temps qu’on rêve par-delà le parapet, couvert de trous d’obus, creusés par le rêve. Même s’il abrite un corps ou deux, le souvenir des parents, les anecdotes de l’enfance, il semble plus sécurisant que la tranchée sordide, où les horloges ne font que tourner autour de l’humanité. Le reste ? Cafés à tous les étages, terrasses sur les balcons s’étendant au-dessus des rues et sur les toits. Il faut boire ; tout le quartier donne dans l’ivresse pour mieux défier ses frontières. Passer hors-limite, après quelques verres. Mais la plupart s’écroulent au sol, sans se retenir. Le dos et la tête en même temps, d’un seul choc contre le trottoir sale, couvert de pisse et de bière. Noyade. Vagues qui retournent l’homme pour l’écraser au fond du gouffre. Les deux hommes marchent entre les corps ; vivants ou morts, impossible de le savoir. Les vivants semblent parfois plus calmes que les macchabées, après avoir bu. Il faut boire. Parmi les fumées enveloppant les immeubles, les tirs de tireurs embusqués au coin de leurs pensées, snipers philosophiques ou poètes vétérans, on marche avec l’insouciance du premier verre. Les rues agitées agitent les drames de manière régulière : tout le monde à la même enseigne, avec les cadrans en manège. Un homme s’affaisse devant les marcheurs. Comme beaucoup, il a frappé à coups de mots les horloges pour passer le tiquement insupportable – toute la journée. Jusqu’à ce que son corps lâche, il a suivi le cercle des minutes et des heures, frappant et frappant pour trouver l’instant. Ses doigts ont tapé avec force, courage et volonté, et le voilà sur les genoux, en sang et en pleurs, la bouche pleine des larmes du Soleil, la bouche en feu liquide, et les visages en gouttes de feu dévalant son bon sens pour le faire chuter en avalanche de folie. Jusqu’au fond du gouffre, il faut boire.

Au coin d’une ruelle abandonnée, une enseigne éclaire délicatement la bleuité qui commence à s’assombrir. Les deux marcheurs ont suivi le tour des murs, pour arriver jusqu’au lieu. Façade en bois noir, vieilli. Nostalgie des siècles, quand on est né trop tard, on trouve des bars remplis de frères d’armes, ayant chevauché l’Histoire. Premier mouvement de révolte contre la Mahalska, on y remonte les cadrans à l’heure du souvenir, et qu’importe la course de la fourmilière défilante. Dans un coin d’une pièce miteuse, près d’une lampe rouge tamisé, un homme effondré contre le mur boit en compagnie de ses amis disparus. Un craquement de parquet, il relève la tête et revient d’un seul regard de plusieurs siècles.


- Idir, Mario…vous êtes finalement arrivés dans ce quartier invivable…
- Ours…Mario m’avait dit que je te reverrai, mais si je m’attendais à te trouver dans le coin…
- Tu en as terminé avec l’apprentissage de la fantaisie ; maintenant, tout dépend de toi.
- Où faut-il aller pour changer de quartier ?
- Il faut aller à un endroit bien précis. Pas loin d’ici. Je vous attendais, jusqu’à la fin des siècles.


Sortie sous un ciel de nuit, dans les tranchées éclairées par les horloges. Elles vivent au fil des cris de rage et des hurlements de douleur. De la fumée, encore, et de la chaleur pour assécher toutes les âmes. Il faut boire ; l’Ours sort une flasque de rhum et fait passer le rafraîchissement. Les discussions redeviennent plus censées et s’élèvent à des sphères encore insoupçonnées. De nouveau, ils enjambent les morts et les vivants, sans pouvoir distinguer les uns des autres. Mêlée étrange, dans laquelle ceux qui marchent ne se distinguent même pas de ceux qui semblent dormir tranquillement. Les paupières fermées, la lumière ne parvient que difficilement, et le temps ralentit ou passe, et il n’y peut rien. Vengeance qui s’ignore.

- Peut-être que ces hommes regardent trop ce mur, vous ne croyez pas ? Au lieu de vouloir voir ce qu’il y a derrière, ils pourraient vivre sans y faire attention.
- Dans ce cas, pourquoi voulons-nous passer la frontière ?
- L’horizon…la fascination pour l’horizon, ce qu’il y a derrière.


Les aiguilles enveniment les corps
Les corps dansant la mazurka
Sautant sautant de mort en mort
Les aiguilles piquent en danse polka


Arrivée sur leur toit. L’un des rares à ne pas faire office de terrasse. L’endroit est calme, un peu éloigné de la folie ambiante du quartier. Non loin, un orchestre joue des morceaux perdus à la voûte étoilée, comme un hommage à la Lune Lumineuse. Un piano cassé joue avec un bassiste, un guitariste et un chanteur qui se saisit parfois de son saxophone pour aller rêver  du jazz. Habillés de noir, les musiciens semblent à part dans le quartier, complètement indifférents à la révolution du mur qui les tient tous prisonniers. Ils fument, boivent de l’alcool – il faut boire – et reprennent leurs notes rosées, se perdant dans l’indigo puis le noir, dans un grand éclat de rire. Posant sa carcasse imbibée d’alcool, Ours ouvre une nouvelle bouteille et pose sa tête près du bord. Près du précipice, l’alcool est vital. Il faut boire. Les deux autres le suivent, et tâtent de l’alcool. Les têtes se déplacent pour plonger dans le vide, tournées vers les étoiles. La musique les amène tout doucement dans le bal du quartier, le bal mystérieux, où les morts et les vivants, tous endormis, se confondent.

Les aiguilles tiennent les lieux ; au comptoir et au service, les trotteuses servent des verres de quotidien. Il faut boire. Habillées en costar blanc et noir, elles distribuent les boissons en un rythme régulier, et l’homme boit en succions apaisés. Ses semblables font de même sur le même tempo, pour taire les hurlements qui tiennent à sortir des bouches rassasiées. Sur la scène, un orchestre d’aiguilles commencent à jouer une douce mélopée, qui se mêle aux succions, aux marches des serveurs, jusqu’aux respirations de l’humain. Pendant une pause, entre deux chansons, l’orchestre sur le toit parvient à faire entendre sa musique, qui arrive faiblement, très faiblement. Il faut boire. Une autre bouteille s’ouvre aux bouches sèches, les têtes roulent au-dessus du vide, et la musique, la vraie, celle qui est pensée mais anarchique, improvisée mais écrite quelque part sur le ciel étoilé, puissante et douce, langoureuse comme un Mood Indigo. L’esprit s’envole par ses oreilles, pour errer en danse sur le ciel immense. La couleur s’y engouffre, les yeux sont fermés. A ce moment, pour un temps d’infini, le mur d’horloges est stoppé dans sa course terrifiante, les aiguilles ne servent plus à boire. Il faut boire, la chaleur devient étouffante, le feu se mêle à l’eau, et le ciel devient terre, quand la terre devient l’envers de la terre céleste. Explosion de flammes dans le ciel, quand l’instant se tient à portée de pensée. L’aiguille, vaincue, paralysée, ne bougera plus jamais, temps qu’on tient l’instant entre des doigts de néant. Il faut boire. Il perdure, encore, encore, au plus profond de la couleur, des astres complices, au cœur de la note tenue du saxophone. Il faut boire. Une tempête ravage la coque d’un bateau, qui tient vaille que vaille contre la houle déchaînée. Il faut boire. Deux enfants sont allongés dans l’herbe chaude de l’été et racontent leurs rêves lucides en coloriant des nuages. Il faut boire. Une centenaire pousse son dernier soupir dans une chambre d’hospice, seule, le sourire aux lèvres ; sa vie fut belle, elle sourit, face à son horloge – cadeau cynique de ses enfants. Il faut boire. Les rues du quartier hurlent encore, il est possible qu’il n’y ait plus une goutte d’alcool. Raison de plus pour s’en aller. Il faut boire, jusqu’à la dernière goutte. Noyade. Descente vers le gouffre, vers les cadavres des bateaux ivres. Les carcasses vaincues dans la grande guerre s’effondrent jusqu’aux abysses, et s’échouent, au ras de la terre, devant les horloges. Les trois hommes, ce soir,  à 22h22, ont sauté dans le précipice, et ont rejoint les morts et les vivants, au plus près du mur d’horloges. Attendre. Jusqu’à la fin des siècles.




Les âmes nées de l’ivresse
S’éteignent à Mahalska
Hors du Temps, du Temps qui presse
La vie en rouge en danse polka





Chant d'envoi
https://www.youtube.com/watch?v=rCIxGO057oo
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