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 Sur la liberté

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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Sur la liberté   Lun 18 Oct - 17:58

Texte gagnant du second concours.
Je n'ai pas de titre, ça sera donc "sur la liberté", pour faire dans l'originalité.
Doit sûrement y avoir des fautes, faites-vous plaisir.



Citation :
Il avait été intégré pendant une nuit froide d’octobre. Pas un seul patient ne l’avait entendu arriver ; seul les deux infirmières de garde et le docteur l’avaient suivi jusqu’à sa pièce. Pour plus de sécurité, elles lui avaient lié les mains aux bords du lit. Le matin, il se réveilla immobilisé dans une pièce blanche et vide. Il fit un geste pour se gratter la tête, mais ses mains ne décollèrent pas du bord du lit. Il commença à s’agiter fortement. Une infirmière entra dans la pièce et le piqua. Il se calma et se rendormit aussitôt.
Plus tard, le docteur l’ausculta rapidement :
« - Comment se prénomme ce jeune homme ? Voyons…Frédéric L., vingt-quatre ans, né le 19 mars…en fin d’études. Vit avec sa mère. Internement contre la volonté d’office, trouble de… »
- Huuuuum… »
Le patient venait d’ouvrir les yeux. Le docteur leva les yeux et lui sourit.
« - Bonjour, Frédéric. Je suis le docteur Sciebam, directeur de l’établissement. Je mettrai toutes mes compétences au service de ton rétablissement. J’espère arriver à de bons résultats d’ici moins de deux semaines. Sois gentil avec les infirmières, surtout. Je te fais confiance. Nous nous reverrons très vite ».
Il sortit de la pièce au moment où une infirmière planta une aiguille dans le bras du jeune homme. Il se rendormit sans rien dire.

Frédéric passa un mois complet attaché au lit. Dès qu’il se réveillait, il commençait à s’agiter comme un diable enragé. Les deux infirmières le piquaient et il repartait pour des nuits de plusieurs jours. Puis il commença à s’assagir, à manger, à rester pendant plusieurs heures éveillé et calme, les yeux perdus au plafond. Il ne faisait plus attention au rythme des infirmières, il ne voyait plus le docteur sur le seuil de sa pièce. Ce dernier décida alors de lui libérer les mains. Au moment où les deux infirmières le détachèrent du lit, il arracha sa perfusion, bouscula la femme en rose qui était à sa droite. Il se jeta dans le couloir, les patients le regardaient, inexpressifs, tandis que des infirmières se jetaient sur lui. Avec l’aide d’un docteur, elles réussirent à immobiliser les bras et les jambes. Elles lui bloquèrent la tête contre un mur, puis une fenêtre, après une violente secousse du jeune homme. Il voyait le reflet sa bouche qui hurlait, ses sourcils qui se fronçaient de terreur et ses yeux qui se fermaient sous la douleur. Le docteur Sciebam arriva précipitamment et l’envoya dans sa pièce, à six mètres d’eux. On lui passa une camisole, et quand l’infirmière exténuée lui piqua le bras, il vit le regard inquiet du docteur Sciebam, debout sur le seuil. Il voulut lui dire un mot, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le docteur suivit le mouvement des lèvres, et comprit le mot « Echec ». Il partit voir un autre patient quand la tête de Frédéric arrêta de bouger.

Il ouvrit les yeux en pleine nuit. Il avait dormi deux jours, assommé par les sédatifs. Il remua doucement son corps, et il le sentait se heurter contre des lanières en cuir. Il soupira et regarda le noir au-dessus de lui.
Le lendemain, l’infirmière poussa un cri quand elle croisa son regard, perdu au plafond. Il tourna les yeux vers elle, elle lui sourit tendrement. Elle appela le docteur qui vint avec un échiquier sous le bras. Il s’assit à côté du lit, approcha une table et commença à dresser les pions sur l’échiquier.
« - J’ai appelé ta mère, dit-il. Elle va bien. Elle m’a dit que tu aimais les jeux d’échecs, qu’il y avait peut-être un moyen de t’approcher avec ça. C’est bien cela que tu as voulu me dire, l’autre jour, non ? »
Frédéric ne répondit pas. Il continuait de fixer le plafond.
« - Sandrine, demanda-t-il à son infirmière, veuillez défaire les lanières et enlever la camisole de ce jeune homme, il a une partie à jouer.
- Mais Docteur…, répondit la jeune femme.
- Faites ce que je vous dis, lui dit-il sèchement ».
Elle défit les lanières de cuir, enleva la camisole et lui fit enfiler la robe blanche de l’hôpital. Fréderic se redressa, aidé par l’infirmière, et commença à placer les pions blancs sur l’échiquier.
« - Sandrine, vous pouvez nous laisser, dit le Docteur. Vous reviendrez voir notre jeune ami pour le déjeuner ».
Frédéric se retrouva face au Docteur, et il avança un pion de deux cases. Le Docteur brisa sa première ligne à son tour et commença à lui parler :
« - D’après le dossier que j’ai eu, commença-t-il, tu as été intégré à notre service suite à un trouble de l’ordre public. Expression pompeuse pour dire que tu as menacé ta vie et celle d’autres personnes, et ce dans la rue avec…si je ne m’abuse, un couteau de cuisine dans chaque main, et plusieurs à la ceinture, tous de différentes tailles. Tu as une explication ? Fais attention à ta tour…
- C’était pour donner une leçon, rien d’autre, répondit Frédéric. Ma tour est très bien là où elle est, docteur Sciebam, c’est à vous de faire attention à votre cavalier…
- Une leçon, s’étonna le docteur, une leçon ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Une leçon facétieuse…Il y a quelques semaines je regardais une chaîne de télévision américaine. Il y avait un débat sur les armes à feu à la suite d’une fusillade. Les personnes invitées ont dit que le pays avait un problème avec les armes à feu. Le point de vue est défendable, j’en conviens, mais ce qui m’a gêné, c’est cette focalisation sur les armes à feu. Le problème des armes à feux est un faux problème. En fait, on ne peut arrêter une personne qui veut tuer, et ces débats, ces exclamations de colère, sont les seuls moyens de purger cette peur. L’homme a peur de l’homme, alors l’homme en fait une loi. Une loi autorisera la protection personnelle assurée par les armes, une autre interdira tout port d’armes, dit Frédéric.
- Et toi, dans tout ça ? Pourquoi as-tu fais cela ? demanda le docteur en déplaçant un fou.
- Les gens sont dingues. Vraiment dingues. Ils se croient tous en sécurité. Je voulais ouvrir quelques yeux sur notre situation. On a interdit le port d’armes, mais dans n’importe quel supermarché de base, vous pouvez acheter des couteaux de cuisine, aussi efficaces pour tuer qu’une arme, pour peu qu’on soit proche de la victime. Les gens sont dingues, ils baignent de joie dans l’illusion de la sécurité. Mais le premier taré venu peut faire un carnage en pleine rue. Moi, je n’ai fait qu’entailler les passants que je rencontrais, pour donner une idée du chiffre. Savez-vous combien j’en ai entaillé ? demanda-t-il au docteur. Plus d’une dizaine, avant qu’il m’arrive ce gosse…Le taré lambda peut tuer à sa guise dix personnes sans problème, s’il le veut. De quoi rester enfermé chez soi en craignant le monde extérieur…
- Et ce gosse dont tu as parlé, fit Sciebam, que s’est-il passé avec lui ?
- Des gens que j’avais croisés, certains ont pris peur et ont appelé la police. Quand leur première voiture m’a trouvé, j’étais devant une mère et son fils. J’étais là, devant eux…j’avais déjà entaillé la mère, elle était finie. Mais j’ai hésité à entailler le gosse – après tout, je ne suis pas un vrai tueur…quand les flics se sont approchés, j’ai pris le poignet du môme en tremblant, et tout a basculé. Le gosse a hurlé et a commencé à vouloir se dégager de ma lame devant sa mère qui poussait des hurlements. La lame s’est un peu enfoncée dans son bras, et il a poussé un cri terrible si bien que les deux flics m’ont mis en joue…Ils auraient pu tirer, j’étais au-dessus du gamin, ils m’auraient eu, sans doute…mais ils n’ont pas tiré, je ne sais pas pourquoi. Sur le moment, je n’ai pas réfléchi, et je me suis tourné vers eux avec une lame sous le cou du gamin. Je riais comme un dément pour que ce soit plus crédible, et je n’ai pas vu leurs collègues venir derrière moi. La suite, elle m’amène dans cet asile.
- On peut dire que tu donnes dans l’excès, toi…commenta le docteur. Tu n’as pas peur de prendre des risques, mais enfin pour que tu sois ici, c’est que tu as dû y aller fort…
- J’ai menacé de me trancher la gorge pendant qu’on me tenait en joue…dites docteur, fit Frédéric, après ce que je vous ai raconté, vous n’allez pas me garder ici, non ?
- Oh que si, dit Sciebam. Le procureur m’a dit que les poursuites seraient abandonnées si tu restais quelques temps chez nous. Tu es là pour plusieurs mois, au moins. Si tu ne fais pas de cirque et que tu te tiens tranquille, tu pourras sortir dans le jardin les après-midi. Mais pour le moment, tu restes dans la chambre.
- Echec et mat, fit simplement le jeune homme ».

Frédéric passa trois semaines dans sa pièce. Aucune distraction ne lui était permise, sauf sa partie d’échecs quotidienne avec le docteur. Celui-ci se défendait bien, mais son adversaire déjouait tous ses coups avec une facilité déconcertante.
« - Qu’aimes-tu tant, dans le jeu d’échecs ? demanda-t-il à Frédéric.
- L’immense satisfaction de rabaisser mon geôlier. Je plaisante. Je trouve que le jeu d’échec, c’est notre monde simplifié, schématisé. Nous, simples pions, allons parmi le jour et la nuit, et nous avons tous des mouvements différents. Il y a les pions courageux et faibles, qu’on sacrifie avec indifférence. Puis les tours arrivent, ils représentent la sécurité, l’arme. Les cavaliers sont des transports, avec la vitesse, l’imprévu, l’intelligence technique. Les fous divertissent, soutiennent et tracent des sourires avec leurs diagonales, et l’un fait rire le jour, l’autre la nuit, comme deux clowns, tels Arlequin et Auguste. La Reine, c’est l’Autre, l’Unique et la Même. La pièce la plus proche du Roi, qui est l’incarnation idéalisée du joueur sur l’échiquier. Le Roi se déplace comme un pion, mais c’est un pion immortel, dit le jeune homme en contemplant l’échiquier.
- Intéressante théorie, dit Sciebam.
- Et l’échiquier est, évidemment, le monde. Le jour, la nuit, les limites à ne pas franchir. Chaque pièce prise est hors de l’échiquier, morte. Du coup, si nous sommes les pièces, une question se pose. Elle vient naturellement et se transforme en murmure qui parcourt toutes les pièces…, observa Fréderic
- Qui sommes-nous ? tenta le docteur.
- Non, lui dit Frédéric. La question angoissante que toutes les pièces se posent, c’est : « qui est-ce qui nous dirige ? Sommes-nous vraiment libres de nos mouvements sur l’échiquier ou ne sommes-nous que de frêles pantins ? » Les pièces du jeu, par manque de réponses, posent la question de la Divinité. Le Roi répond à cette question par Dieu, puisqu’il est l’incarnation de celui qui meut son monde, et comme c’est la seule réponse, voilà la Vérité.
- Il y a autre chose, observa le docteur Sciebam. Une chose qui dépasse celui qui bouge les pièces. Il y a les règles du jeu.
- La nature, la loi, la détermination, répondit le jeune homme. Et nous voilà devant deux chemins qui mènent à deux réponses. Le premier conduit au joueur-Dieu, le second amène à la nature. Je pencherais plutôt pour le second, car sans y prendre gare, j’ai humanisé les pièces, je leur ai donné les moyens de penser. Alors, ce n’est plus une main invisible qui les meut, c’est eux-mêmes.
- Je suis d’accord, acquiesça le docteur, mais alors explique enfin pourquoi y a-t-il deux couleurs pour chaque échiquier…
- Dans la pratique, il faut différencier les pièces des joueurs, évidemment, sans quoi c’est le bordel. Osons appeler ça du racisme pratique, voire logique. Si on veut chercher un sens aux couleurs…détruire celui qui est différent et qui veut nous détruire, le faire avec rapidité et intelligence, sans pitié. Il n’y a pas d’autre but que la destruction pure et simple d’autrui. La définition même de la guerre. Rien que l’homme.
- Tu es pessimiste, Frédéric, dit le docteur.
- Moi, je vous vois jouer…Echec et mat, répondit-il ».

Dès lors, le docteur Sciebam avait autorisé Frédéric à sortir de sa pièce pour manger avec les autres patients et se promener dehors. Il remarqua dès les premiers temps l’adolescente aux cheveux rouges qui était venue tous les jours devant sa porte pour le regarder, lorsqu’il était enfermé. Elle semblait éteinte et passait ses journées dans le jardin, à lire, quand il ne pleuvait pas. Après avoir fini sa partie avec le docteur, Frédéric alla s’asseoir sur le banc où elle s’asseyait toujours. Lorsqu’il se tourna vers elle, il vit qu’elle n’avait pas décroché la tête de son livre. Plus étonnant encore, elle souriait et semblait heureuse de le lire. Il la regarda longtemps, sans rien dire.
« - Zweig, pourquoi tu viens me déranger ? lui demanda-t-elle sans le regarder.
- Zweig ? reprit Frédéric, surpris.
- Tu es le joueur d’échecs, les infirmières n’ont parlé que de toi pendant des jours et des jours, même quand je lisais, lui dit-elle d’un ton hautain. Tu m’as dérangé.
- Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il.
- Alicia, répondit-elle.
- Alicia, je suis désolé pour le dérangement. D’ailleurs je vais rentrer…,dit-il en s’inclinant.
- Reste, j’avais envie de parler avec toi, fit-elle.
- De quoi ? La questionna-t-il.
- Tu parles avec le docteur Sciebam comme avec un ami, lui dit-elle. Il passe beaucoup de temps avec toi, à jouer aux échecs. Nous autres, on nous donne le psy de l’hôpital, le docteur n’a pas le temps de s’occuper des patients, mais avec toi, il s’arrête toujours une heure ou deux, le temps d’une partie. Je me demande ce que vous vous dites pour que ce soit aussi important pour lui…
- Nous jouons aux échecs, et nous parlons, dit Frédéric. Rien de plus.
- Es-tu un garçon spécial ? lui demanda Alicia. Il paraît que tu es là pour un acte de folie…
- Et toi, pourquoi es-tu ici ? demanda-t-il, irrité.
- Mes parents m’ont fait interner. Je serais une fille dangereuse pour elle-même, dit-elle ».
En disant cela, elle sortit les yeux de son livre, le posa délicatement à côté d’elle, et fixa le ciel en relevant ses manches. De grandes traces de coupure et des cicatrices couvraient ses deux bras.
« - Je ne supporte pas mon corps, poursuivit-elle. Enfin, il n’est pas question de moi, mais du corps à proprement dit. Je n’aime pas cette peau blanche, pleine de poils, ses replis, ses taches, ses rides, ses veines qui sortent toutes bleues. Je n’aime pas être dedans, c’est physique, alors je me coupe, je noie cette horreur de sang rouge. Du rouge partout. J’adore le rouge, c’est une couleur vive, une couleur vivante, et quand je la vois qui s’écoule sur moi, s’infiltrant partout, je sais que mon corps devient une œuvre, une œuvre d’art cramoisie, pourpre, bordeaux ; il prend toutes les teintes du rouge, jusqu’à celle de mes cheveux, et je me sens bien, respirant de nouveau sans ce poids énorme.
- Alors il n’y a pas que les bras ? fit Frédéric.
- On n’a pas le droit de se mettre nue dans le parc, lui dit-elle en clignant de l’œil.
- Qu’est-ce que tu lis ? demanda Frédéric.
- Le portait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde, lui répondit-elle. »
Alicia replongea ses yeux dans le livre, oubliant totalement Frédéric. Son sourire réapparut tandis que le jeune homme regagnait le bâtiment.
Depuis sa rencontre avec Alicia, elle et le docteur Sciebam étaient les deux seuls divertissements des journées de Frédéric à l’hôpital. Il parlait très peu avec les autres patients et les infirmières. Sans ses deux interlocuteurs, il s’ennuyait et regardait le plafond blanc de sa pièce pendant des heures. Sa mère venait le voir parfois, prenant sur sa pause de midi. Elle lui apportait des feuilles blanches, un crayon et des livres qu’Alicia lui volait dans la journée. Décembre passa ainsi, entre les flocons qu’il regardait tomber doucement et les aiguilles qu’il contemplait dans un silence infini.
Vint le soir de Noël. Les infirmières de garde chantaient des chansons aux patients encore debouts, à côté du sapin dressé par l’équipe. L’ambiance était chaleureuse, insouciante, rieuse, et on ne voyait presque plus les porte-perfusions sous leurs décorations de Noël. A minuit, les infirmières distribuèrent des cadeaux aux patients : des friandises, des lettres des proches et aussi des promesses de sortie…Alicia apparut dans une robe noire, maquillée, les cheveux noirs.
« - Tu sais, le rouge ce n’était qu’une coloration, dit-elle à une infirmière »
Elle regarda Frédéric, toujours en robe blanche réglementaire. Elle souriait, elle semblait heureuse. Elle prit sa main et l’emmena dans une chambre vide, loin de la fête du service, sous les regards encourageants des infirmières qui les suivirent des yeux. Elle s’assit dans un coin de la pièce, sans allumer la lumière. Il l’entendit allumer un briquet, puis il vit une bougie s’allumer devant lui. Le visage d’Alicia était penché vers la flamme, elle plongeait son regard dedans.
« - Joyeux Noël, Zweig, fit-elle simplement.
- Joyeux Noël, Alicia, dit-il en sortant une feuille. J’ai un petit cadeau pour toi. Je l’ai écrit sans trop réfléchir, c’est venu naturellement. Il porte ton prénom ».
Elle prit la feuille qu’il lui tendait et se mit à lire à voix haute, d’un ton lent :



Il déambule au fond du ciel
Tranquille et vif au pas du vent
Il déambule au fond du ciel
Rêveur et fou aux pas géants


Elle agite son cerf-volant à la nuit tombée
La nuit vient avec le vent

Elle joue au cerf-volant,
C’est un enfant sous le vent,
seule sur le sable, seul dans le ciel
Elle joue avec le vent
les Autres vivent et passent sur les remparts
de la cité fortifiée
Elle s’envole avec le cerf-volant

Sur la plage fouettée, son terrain de jeu
Elle s’agite avec le vent
la toile affolée s’envole à la nuit tombée
Le souffle frôle les murs de la cité
menaçant envoûtant pleurant partant
hurlant partout
Elle s’envole avec le vent

du sable dans ses cheveux, le rire aux yeux
Elle s’agite à la nuit tombée
La nuit vient avec le vent


Il déambule au fond du ciel
Tranquille et vif au pas du vent
Il déambule au fond du ciel
Rêveur et fou aux pas géants
Le voyageur.




« - C’est…je suis touchée, vraiment touchée, dit-elle. Moi aussi j’ai un cadeau pour toi »
Elle se pencha au-dessus de la bougie et attrapa ses lèvres. Elle lui prit le visage entre ses mains et l’embrassa avec douceur. Elle se remit à sa place, souriante comme jamais.
« - Ça y est, dit-elle, j’ai baisé ta bouche.
- Ce fut une récompense inattendue…,bredouilla Frédéric.
- Ah! J’ai baisé ta bouche, j’ai baisé ta bouche. Il y avait une âcre saveur sur tes lèvres. Etait-ce la saveur du sang ? . . . Mais, peut-être est-ce la saveur de l’amour. On dit que l’amour a une âcre saveur. Mais, qu’importe ? Qu’importe ? J’ai baisé ta bouche, j’ai baisé ta bouche, récita Alicia.
- Tu es une belle Salomè, lui dit Frédéric.
- Mais je ne suis pas celle d’Oscar Wilde. Qu’importe ? J’ai baisé ta bouche, reprit-elle.
- Et maintenant ? On retourne là-bas ? demanda-t-il.
- Qu’importe ? J’ai baise ta bouche, Iokanaan, j’ai baisé ta bouche…, finit-elle ».
Sa voix s’éteignit dans la pièce vide. Frédéric la vit sortir une lame de sa robe, et commencer à se taillader les bras, les jambes et les épaules. Quand le sang commença à couler, elle enleva lentement sa robe, ouvrit les jambes devant la bougie devant lui, et enfonça une nouvelle fois l’arme dans sa chair.
« - Tu vois que le couteau est préférable à l’arme à feu, lui dit-elle. Alors arrête ça, tu n’es pas comme moi, tu n’es pas comme nous. Ne t’enfermes pas en toi, pas ici. Moi je m’en moque, j’ai baisé ta bouche, mais toi, toi…tu n’es pas fait pour ça.
- Qui t’as parlé de moi ? lui demanda-t-il.
- Sciebam, répondit-elle. Il m’a parlé de toi, je l’en ai supplié. Il ne m’a parlé de tes jeux d’échecs, il disait que ça tenait plus de l’amusement que du secret médical. Je sais maintenant pourquoi tu fixes ton plafond pendant des heures, Zweig. Il m’a dit à quel point tu étais dans ton monde, quand on n’arrivait pas à pénétrer dans le tien. Tu es une enceinte, un grand mur qui contient des pièces d’échecs ».
Frédéric se leva et passa la porte. Alicia regardait toujours le ciel par la fenêtre. Le sang commençait à s’étaler en une grosse flaque autour d’elle. Elle en avait sur tout le corps, et continuait à se l’entailler.
« - Je vais mourir, dit-elle, je vais peut-être mourir. Pourquoi ne cours-tu pas vers les infirmières ? Le feu s’éteint en moi, tu l’as vu, n’est-ce pas ? C’est l’hiver qui me prend, l’hiver noir, sans espoir. Pourquoi ne vas-tu pas me sauver ?
- Fais ce que tu veux, dit simplement Frédéric en partant. »
Il retourna dans sa pièce pour s’allonger. Les voix étaient bien loin de lui, son plafond était au-dessus. Il entendit quelqu’un entrer. Il ne dit que : « le fou noir est en difficulté, docteur, attention au fou noir ».


Frédéric partit de l’hôpital une semaine après, pour le nouvel an. Il se tenait prêt, le matin, devant le portail de l’établissement. Le docteur Sciebam vint vers lui.
« - Voilà, tu nous quittes enfin, Frédéric. Tu es complètement guéri, félicitations. Je vais regretter nos parties, mais c’est ainsi, tu es guéri.
- Docteur Sciebam, j’ai peur de retourner là bas…,lui dit Frédéric.
- Comme tu avais peur de rester ici, finit le docteur. C’est normal, tu n’es pas comme nous. Tu es l’homme de cette contine pour enfants…tu sais, l’homme qui s’attache aux barreaux de la prison et qui crie à ceux qui sont à l’intérieur : « Laissez-moi sortir ! ». Tu es cet homme, vraiment. Je ne crois pas me tromper.
- Essayez de vous améliorer aux échecs, docteur. Méfiez-vous de la Reine, lui conseilla Frédéric.
- Le fou noir me colle toujours au train, dit le docteur en riant ».
Frédéric rit avec lui, puis commença à s’éloigner. Le docteur l’interpella, puis courut vers lui.
« - Tu sais…je ne devrais pas te le dire, mais tu ne pouvais rien faire pour Alicia. C’est la même chose chaque année depuis qu’elle est arrivée ici, lui dit-il.
- Jouez-le en diagonale, ou vous finirez mat, docteur, finit Frédéric ».
Il passa le portail de l’établissement sans jeter un dernier regard à la fille aux cheveux rouges et à la camisole, celle qui contemplait le ciel depuis sa fenêtre de chambre.
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rastagogo
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Lun 18 Oct - 18:26

Hum, c'est vraiment un texte agréable à lire, quoique il y ait des fautes et des oublis de mots (je pense au verbe être), voire d'ajouts de mots, notamment "ne".
Dès les premières lignes j'ai pensé au Joueur d'Échecs, de Stefan Zweig, quelle ne fut pas ma surprise en voyant ce nom arriver par la suite Very Happy
Belle histoire Smile. Vraiment. Smile
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Gudule
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Lun 18 Oct - 19:38

C'est vraiment un super texte!!!!
Très poignant!!!!
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Liam Daläa
Chef Administrateur
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Lun 18 Oct - 19:57


Mario, je voulais te dire que j'aimais bien ton professeur "Noussavions" !

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Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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The shadow
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Lun 18 Oct - 22:59

Et moi j'adore le poème, l'histoire aussi bien sûr mais le poème (*_*)

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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rastagogo
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Mar 19 Oct - 12:57

Personnellement je lui préfère l'histoire ^^
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Mer 8 Déc - 15:11

J'aime l'ensemble ! Razz

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Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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rastagogo
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Mer 8 Déc - 16:41

Vieux, ça ! ^^

Oui, le résultat est dû à l'ensemble. Si seulement quelques parties étaient pas mal, on ne serait pas satisfaits ainsi.
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Deedlit
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   Dim 12 Déc - 18:10

(... J'aime pas le fond cyan... On l'enlève ou pas ?)

_________________
"La résignation est un suicide quotidien." Honoré de Balzac.
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MessageSujet: Re: Sur la liberté   

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