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 Destruction Massive

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Zalarzane
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Zalarzane


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MessageSujet: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 19:05

[Texte que j'ai commencé il y a un peu moins d'un an, qui compte une vingtaine de séquences... je n'ai pas encore eu le courage de le poursuivre mais j'attends vos avis.]

PHASE I
L’Avant

« Il faut plus de courage pour vivre en lâche que pour mourir en héros »
Hugo Pratt



Séquence 1.

Lorsqu’on apprend que sa vie est sur le point de basculer, on ne sait pas toujours s’il faut prendre au sérieux l’information ou si on peut l’oublier, la nier, la ranger dans un recoin de son esprit de telle sorte qu’on la réduise à l’état de farce. A une échelle moindre, qui n’a jamais cru rêver lors d’un accident, lorsque la douleur provoque chez soi un étrange état de choc qui fait trembler chacun des membres, qui fait penser qu’il est impossible qu’on puisse être blessé, puisqu’on ne sent rien ? Que tout ceci est un cauchemar, qu’on se réveillera bientôt. Que ce n’est pas arrivé. En fait, le processus est plus inconscient que l’inverse, car l’esprit n’est pas à la formulation concrète et claire des pensées. Cela tient plus de l’intuition, une sorte d’intuition aussi négative que négatrice. Personne, en état de choc, n’est assez lucide pour penser distinctement : « Cela ne m’est pas arrivé, je rêve, ce n’est pas réel et ça ne peut pas l’être. Non, je ne veux pas que ça le soit, je ne veux pas avoir mal. Je vais me réveiller en parfaite forme, sans avoir eu d’accident. » Les pensées fusent à une telle vitesse à l’esprit, qu’il s’agit davantage d’un amas magmatique d’éléments plus ou moins cohérent, un melting-pot d’idées absurdes qui ressemblent davantage à : « Vais-je mourir ? Tiens, le ciel est très gris, aujourd’hui, ce n’est pas anodin. Où sont les secours ? Les animaux qui passent près de moi ont-il la moindre compassion pour mon sort ? Comment cela a pu arriver ? Comme j’aimerais me reposer sur l’herbe fraîche. » Encore que la pensée formulée de telle sorte est encore trop loin de la réalité. Pendant ces états de négation, les idées viennent davantage sous forme d’images, d’impressions et de représentations que sous forme de phrases logiques et organisées.
Mais comment, alors, peut-on se décider à agir avec raison, lorsque son esprit n’est plus qu’une purée irrationnelle qui réfléchit à l’envers et dans tous les sens ? Dans le cas de l’accident personnel, cela paraît difficile, je le conçois. Mais à une échelle plus grande, à l’occasion de quelque chose de tellement gigantesque qu’il concerne une collectivité tout entière, peut-on se décider à ne pas nier ? A accepter, et faire en sorte d’échapper à « l’accident » ? Mais dans ce cas, est-il possible d’agir avec pleine conscience, avec un rationalisme pur ? Car l’instinct de survie ne pousse-t-il pas parfois aux pires extrémités ?

Séquence 2.

Il n’a pas souvent pris à la lettre ce qu’on disait à la radio. Les émissions qu’il écoute en général se prêtent davantage au rire, et les animateurs sont tous de joyeux fanfarons toujours prêts à railler leur voisin, qui naturellement prennent tout au second degré et répondent aussi légèrement.
Mais en cette fin d’année 2012, cela semble différent. En fait, ils paraissent extrêmement plus sérieux qu’à l’accoutumée. Le ton a changé depuis le début de l’émission. Il s’est installé dans son petit lit simple, les écouteurs dans les oreilles, l’appareil radiophonique près de lui. Dans l’autre pièce, il perçoit les sons diffus de la télévision que regardent ensemble sa sœur et son oncle. Depuis l’accident, ce dernier les a accueillis tous les deux, parce qu’il est leur parrain, parce qu’il les aime, et que la perte de sa propre sœur et de son beau-frère l’a profondément atteint.

- Merde, Mickaël, t’as de plus en plus de cheveux blancs ! piaffe l’un des animateurs.
- Mais n’importe quoi, y’a pas de cheveux blancs, c’est dans ta tête, Roux.
- Oh, la mauvaise foi !
- C’est ça. Bon, on a une information à vous faire passer, et c’est pas vraiment joyeux…
- Ouais, c’est chaud…
- Effectivement. En fait, la Corée du Nord et l’Iran ont placé des ogives nucléaires à portée de Washington, Paris, et Tokyo. Dans leurs menaces à l’égard des pays développés, ils déclarent avoir un nombre considérable de missiles visant les autres grandes capitales et métropoles mondiales.
- La radio a délocalisé ses studios en dehors de Paris, en tout cas.
- Mais le gouvernement appelle au calme. Des négociations sont en cours, et…

L’information ne l’étonne pas vraiment. Depuis trois ans, le terrorisme a cru, et les pays totalitaires ont gagné en puissance et en influence. Leurs menaces sont devenues de plus en plus sérieuses, mais les médias, comme toujours, les y ont habitué en les endormant avec des divertissements, des émissions idiotes et d’autres procédés calmants.
A ce moment, il se lève, et se dirige vers la pièce où sa sœur et son oncle se trouvent. Comme d’habitude, ils sont hypnotisés par « l’écran merveilleux », et ils remarquent à peine sa présence.

- Paris est menacée par les terroristes, annonce-t-il simplement.

Sa sœur ne daigne même pas lui adresser un regard, et son oncle lui répond :

- On sait, oui. On l’a vu aux « infos ». Mais « ils » ont dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter pour ça.

Son oncle est un petit homme rond et échevelé. Il a des lunettes en forme de lune, et est vêtu d’une chemise blanche froissée qui dépasse d’un jean délavé. Sa sœur, elle, est une grande fille élancée, assez plate. Elle est blonde, et ses yeux bleus émerveillés par tout et n’importe quoi lui donnent l’air d’une potiche. Qu’elle n’est pas, par ailleurs, puisqu’elle est très intelligente, et travailleuse. Agée de 17 ans, elle passera le baccalauréat cette année et s’en tirera probablement à merveille.
Résigné, il retourne dans sa chambre et se glisse de nouveau dans son lit. Il souhaite dormir. Après tout, « il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour ça ».

Séquence 3.

Quand on a 19 ans et qu’on est en deuxième année d’études dans le supérieur, qu’on a déjà passé en revue tous ses anciens rêves de gloire et d’aventure, qu’on est doué d’une véritable raison et pas uniquement d’un rationalisme partial, on s’aperçoit que le monde est en réalité bien fade, et que la seule chance de trouver un intérêt à la vie est de se tourner vers le plaisir. Mais il s’agit de ne pas se tromper, et de saisir le plaisir sain. Pourquoi « sain » ? Parce qu’il existe une distinction entre le plaisir sain et le plaisir malsain. Les adeptes des plaisirs malsains sont bien souvent en quête d’une déconnection du monde qui leur permettrait de s’affranchir des difficultés, d’oublier les problèmes et de passer outre les impératifs de la société et de l’existence de souffrance à laquelle chacun est voué dans l’effort, la persévérance et l’espoir. Les drogues, l’alcool, le plaisir immédiat dans la chair, le mépris de l’autre, l’égoïsme, ne sont que quelques exemples des plaisirs malsains. Jouir de l’immédiat, de l’instantané, sans plus chercher à penser sur le long terme, se passer de l’appréhension, ou encore ignorer l’anticipation, s’agit-il au fond réellement de valeurs hédonistes qui visent à la délivrance de l’homme ? N’est-ce pas également, ou plutôt davantage, des notions autodestructrices qui, au contraire de tirer l’homme de son état d’esclave de l’existence, l’emprisonnent dans un autre système plus restreint encore, un cercle vicieux qui n’en finit pas d’alimenter les désirs et de les pousser toujours plus loin ? En fait, briser les chaînes qui nous retiennent au mur de l’ennui de la vie pour se retrouver face à la porte blindée et close de la dépendance n’avance pas à grand-chose, si ce n’est à passer d’un degré à un autre de servitude.
Par opposition, le plaisir sain, le seul qui puisse nous faire atteindre la liberté, se constitue davantage de mesure et de prudence. La quête du Savoir, autrement dit les études, permet à l’esprit de s’émanciper de l’ennui. Le désir de communication, le désir d’apprendre, le divertissement créateur, sont autant de valeurs que l’on pourrait qualifier d’hédonistes, plus encore que les plaisirs malsains. Celui qui sait peut comprendre, celui qui regarde peut voir, celui qui entend peut écouter, celui qui touche peut saisir, celui qui goûte peut déguster, celui qui hume peut sentir. Atteindre ce niveau de perception participe de la prise d’intérêt pour la vie. Celle-ci n’est alors plus appréhendée comme une contrainte, mais comme une occasion, et il ne s’agit plus de la fuir mais de l’apprivoiser.
Le jeune Nathaniel ne s’est pas encore posé la question, et l’on ne lui en donne ni l’opportunité, ni les moyens. Sa vie tranquille d’étudiant ne se prête pas encore à cela. Comment se demander quelle manière de trouver la liberté est la meilleure lorsque l’on se pense déjà indépendant et responsable ? Comment même envisager une telle réflexion alors qu’on n’a jamais été bousculé par le cours des événements, que la vie a toujours suivi son court sans dériver de son trajet initial, et que l’imprévu n’est que peu au rendez-vous ? Certes, perdre ses parents alors qu’on n’est âgé que de treize ans constitue un choc émotionnel intense. Probablement pas au point de remettre en question ses conditions d’existences, toutefois.

Séquence 4.

Nathaniel pose le sac sous son bureau. Il allume son ordinateur et patiente le temps que l’engin se mette en marche et termine les mises à jour. La journée a été rude. Deux mois sont passés depuis les dernières menaces terroristes. Les échos de la situation sont épars et les médias laissent davantage de place au championnat de football et à l’imminence de Noël. Les gens ont pour la plupart chassé l’épée de Damoclès de leur esprit, et se consacrent à leurs occupations. Même Nathaniel n’y pense plus vraiment, préoccupé par les partiels qui approchent à mesure que les vacances s’approchent de leur fin, alors qu’il ne s’est pas encore attelé à ses révisions.
Il est 18h54. Il met en marche la web radio via Internet et s’apprête à se connecter à son logiciel de messagerie instantanée, lorsque le morceau qui passe à ce moment précis – un titre interprété par le chanteur Mika – est interrompu par l’animateur en service. Sa voix est empressée, et, chose peu commune pour un animateur de radio, il bafouille :

- L’Iran et la Corée du Nord ont informé les pays développés qu’ils venaient de lancer leurs missiles nucléaires. Paris sera atteinte dans environ cent huit minutes.

Séquence 5.

C’est au moment précis où l’information tombe que l’on sent sa vie basculer. Alors, on croit rêver, effectivement. Comment réagir lorsqu’on apprend qu’on a à peine un peu plus d’une heure et demie pour sauver sa peau ? Croit-on à une farce ? Souhaite-t-on nier, oublier, proclamer que l’information est fausse, qu’il ne faut pas s’en préoccuper ? Davantage encore, désire-t-on se réveiller de ce cauchemar qui ne doit pas, qui ne peut pas être la vérité ?
La vérité la plus folle semble paraître intolérable, insolente, même. Les pensées s’accumulent dans l’esprit, on ne sait même plus raisonner, laissant notre cerveau en proie à une foule d’interrogations, d’impressions, et même d’émotions qui nous font trembler, exactement comme un état de choc. L’état de choc « pré-accidentel ». Dans ce cas précis, il ne peut être qu’antérieur à l’accident, pour la simple et bonne raison qu’il ne peut y avoir d’après à celui-ci. Comme si le corps, au fond, n’était que la synthèse de tout l’équilibre vivant, dans l’obligation d’exprimer sa nature avant la mort de celle-ci. Le doute, enfin, subsiste. Le fameux doute cartésien vient semer sa graine dans un esprit déjà tourmenté par une raison tyrannique. Et si, finalement, dans un avenir proche, on risquait effectivement de périr ? Et si l’accomplissement de notre finitude était imminent ?
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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 19:16

Séquence 6.

L’instinct de survie de Nathaniel a raison de sa raison. Pourtant, son esprit le torture, il lui crie qu’il faut oublier cette révélation, que cela va lui causer du tort et des troubles. Mais son intuition la plus profonde lui hurle, elle, qu’il a tout intérêt à ne pas rester passif. Il ne comprend pas ce sentiment qui semble plus fort que lui, mais il lui obéit en aveugle, prêt à exécuter n’importe lequel de ses ordres.
Sans prendre le temps d’éteindre son ordinateur, il se lève d’un bon de son siège, et écarte la porte d’un puissant geste du bras. Il pénètre dans le salon les yeux exorbités, sous le regard effaré de sa sœur et de son oncle. Il lance :

- Il faut partir ! Les missiles, ils les ont lancés !

Les deux individus ne réagissent pas et se contentent de le regarder avec un air si idiot que le jeune homme en aurait rit si la situation n’était pas ce qu’elle est. Il arme son poing et l’abat avec violence sur la table.

- Il faut y aller !
- Mais qu’est-ce qui te… commence son oncle, qui n’y croit pas.
La sœur soupire. Elle trouve son frère extravagant.
- Ils viennent de l’annoncer à la radio, coupe Nathaniel. Venez !
Il s’approche de sa sœur et la tire par le bras. Devant son attitude qui lui paraît de plus en plus étrange, elle commence à paniquer. L’oncle tente de calmer son neveu :
- Mais attend, il faut…
- On n’a pas le temps !

Il prend son oncle par l’autre bras et le tire dans le corridor d’entrée. L’homme se débat et se détache de son étreinte :

- Mais tu es fou !

Nathaniel, affolé, lâche sa sœur, et se rue vers la porte. Il l’ouvre, et des voix angoissées surgissent au loin. La nuit est profonde, tombée tôt sur cette banlieue parisienne située à à peine deux kilomètres de la capitale. Il n’en faut pas plus à l’oncle pour revêtir son manteau et prendre la suite de son neveu. La sœur est sur ses talons, cette fois complètement paniquée. L’homme, par réflexe, approche sa main de l’interrupteur pour éteindre la lumière et s’empare de ses clefs. Nathaniel l’en empêche :

- Quand on reviendra, Po, il n’y aura plus rien ici. Ca ne sert à rien de vouloir protéger une propriété qui va être rendue à la nature.

Po est le surnom de l’oncle, qui se nomme Paul. Celui-ci hésite un instant et jette ses clefs sur le sol. Puis tous les trois quittent la maison avec empressement, jusqu’à ce qu’ils gagnent la grande avenue.

Séquence 7.

Des gens son dehors, et s’activent. Ce sont ceux qui n’ont pas nié l’information. Certains préparent leurs voitures, pris par leur conditionnement matérialiste, d’autres saccagent, parce que c’est leur plaisir, parce que ceux-là n’ont trouvé qu’un intérêt malsain à la vie. Et qu’ils sont prêts à la perdre. Dans les bâtiments, on voit de nombreuses lumières. Ce sont ceux qui nient encore. Nathaniel voit des ombres qui se disputent, d’autres qui paraissent calmes : sceptiques, ou tout simplement résignées.
Le trafic est à mi-chemin entre la fluidité et l’embouteillage à direction de Paris. Sans doute les conducteurs n’écoutent-ils pas la radio. Soudain, une voiture effectue une brusque embardée sur la droite pour contourner son voisin de devant, traverser le site-propre réservé aux autobus, et emprunter la voie inverse.

~Un ou une qui a écouté la radio.~

Les autres klaxonnent. En sens inverse, étrangement, il y a peu de véhicules, et ceux qui circulent sont soit en train de griller toutes les limites de vitesse, soit en train de klaxonner contre les chauffards. Nathaniel trouve étrange que les automobilistes ne remarquent pas l’effervescence des piétons et de ceux qui s’apprêtent à partir. Il pense que c’est parce que l’homme ne croit pas ce qu’il voit, contrairement à ses prétentions toutes scientifiques.
Mais il n’a pas le temps de réfléchir plus que cela, il doit trouver un moyen de locomotion. Or, ni lui ni Po n’ont le permis de conduire.

~Et Audrey est mineure, donc elle non plus.~

La jeune sœur en question commence à pleurer face à la situation. Elle semble désemparée. Po, lui, observe, effaré, les casseurs et les fuyards. Et constate le paradoxe troublant du calme des automobilistes qui se rendent sur Paris.
Nathaniel prend les choses en main. Quelque chose en lui, son désir de conservation le plus ancien, le pousse à ne pas rester sans rien faire. Il traverse imprudemment la rue, passe sur le site-propre, et atteint la route par laquelle les voitures fuient Paris. Il arrête un automobiliste qui n’a apparemment pas appris la nouvelle, et lui demande :

- Est-ce que nous pouvons monter avec vous ? Le missile ne va pas tarder, et…

L’autre le prend pour un fou et fait mine d’appuyer sur l’accélérateur.

Séquence 8.

Parfois, il arrive que l’on fasse des choix. Beaucoup ont avancé que le fait d’avoir le choix correspondait à disposer de la liberté. Cette vision des choses est correcte, mais avoir le choix entre deux choses, deux actions, c’est aussi être contraint de renoncer à l’une ou l’autre. Lorsque l’on a le choix, on est soumis au renoncement. La soumission implique toute possibilité d’être libre et d’apprécier chaque part de l’équation. En matière de morale, choisir entre bien agir et mal agir apparaît toutefois plus relatif. Bien agir pour qui, mal agir pour qui ? Si l’on pense que choisir de voler les riches pour distribuer le fruit du vol aux pauvres, comme une sorte de Robin-des-Bois, est une bonne chose, c’est le cas lorsqu’on se place du point de vue de l’équité : il convient que les pauvres puissent subsister de quelque manière que ce soit, et leur fournir ce moyen en détroussant des riches qui de toute façon auront encore de l’argent par la suite apparaît une bonne solution. Toutefois, le fait de voler constitue en lui-même un mal qu’il convient d’abroger. Choisir l’un plutôt que l’autre revient en somme à faire un choix entre « justice et injustice » et « bienfait et méfait ». Au final, mieux vaut encore ne pas avoir de choix. Alors, l’action paraît totalement libre et justifiée.

Séquence 9.

Nathaniel réagit aussitôt et envoie un puissant coup de poing à la figure du conducteur. Celui-ci gémit, est d’abord sonné, et porte la main à son nez, duquel coule un peu de sang. Le coup n’a pas été assez fulgurant. Le jeune homme récidive, et parvient cette fois à assommer l’individu. Puis il ouvre sa portière, détache sa ceinture, et le sort de la voiture, le traînant jusqu’au trottoir. Aussitôt, Po et Audrey accourent. L’oncle paraît retourné :

- Mais qu’est-ce qui t’a pris !

Le jeune homme ne se sent pas obligé de se justifier. Ils ont besoin d’un véhicule, l’homme n’a pas voulu le leur prêter. Il fallait donc le prendre de force. L’abandonner sur le trottoir est la solution la meilleure, puisqu’il risque de leur causer des troubles à son réveil. Nathaniel estime qu’il lui reste encore des chances de s’en tirer, à condition qu’il fasse dans un avenir proche les bons choix sans jamais se tromper.

- Montez, répond-t-il simplement.

Il prend automatiquement la place du conducteur, et referme la portière au moment où un bolide frôle le véhicule. Po et Audrey montent, l’un au niveau du siège passager, l’autre à l’arrière. Ils mettent leurs ceintures, Nathaniel s’apprête à appuyer sur l’accélérateur. Il n’a jamais conduit, hormis sur des jeux d’arcades. Il espère s’en sortir. Po a une ultime inquiétude.

- Attend… Quand est-ce que tu as pris des cours de conduite ?

Le jeune homme se contente de rire nerveusement, puis exerce une pression de son pied. Audrey hurle, la voiture subit une brusque embardée, puis leurs têtes subissent l’effet de la gravité alors que la Mercedes noire accélère vivement en quelques secondes. Le cadran des vitesses monte rapidement vers les 90 km/h.

Séquence 10.

Cela sert, en somme, d’être riche et de posséder des voitures de ce calibre. Avec ça, on va atteindre les 120 km/h avec facilité, et dans une heure, s’il n’y a pas de problèmes, on sera à cent vingt bornes de Paris. Il me semble avoir entendu que la bombe atomique d’Hiroshima a explosé à plus de cinquante kilomètres à la ronde. Mais cette bombe-ci, quelle est sa technologie ? Hiroshima était une bombe atomique, puis il y a eu la bombe à hydrogène… Quant aux nouvelles technologies du nucléaire ? On n’en sait strictement rien. Les politiques appellent ça le « secret défense », tout ça au nom de la « Raison d’Etat »… La belle affaire. Un terme qui date de Richelieu, voire même avant. Rien n’a changé, ils ne nous informent pas, ils nous endorment, ils renforcent leur pouvoir à notre détriment, et au final dans notre ignorance nous courrons à notre perte. Pourvu que la distance que nous allons atteindre suffise.
« MAD »… ou « Mutual Assured Destruction ». Terme anglais issu de la Guerre Froide à l’époque de l’équilibre de la terreur. Les deux superpuissances disposaient de la bombe atomique, et l’on craignait la destruction massive de chacun des deux blocs dès lors que l’un se déciderait à appuyer sur le bouton. Après l’effondrement du bloc soviétique, c’est le terrorisme qui représentait la nouvelle menace pour le bloc occidental. Et maintenant, MAD va réellement se produire. Tout ça parce que l’intégrisme religieux a pris le contrôle de la terreur. Et les soi-disant « pays développés » vont se contenter de répondre avec la même force, voire plus violente encore. Je sais ce qui va se passer. Ce sera la fin de la civilisation, un retour total à la barbarie. Au Moyen-âge, à la féodalité. Le paradis des extrémistes, l’enfer des esprits libres.

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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 19:33

Séquence 11.

Nathaniel tourne nerveusement le volant, et frôle un véhicule stationné en double file. Le compteur indique 117km/h. Il peut difficilement rouler plus vite en ville. La Mercedes a déjà mordu trois trottoirs, son côté gauche a été rayé par le chargement métallique d’un camion roulant à 30 km/h, et ils ont manqué par deux fois d’entrer en collision avec d’autres voitures. Tout autour, dans la rue, des gens détruisent, d’autres fuient, d’autres encore prient. Soudain, ce que Nathaniel perçoit d’abord comme étant une étoile filante passe dans le ciel. Puis, à bien y regarde, il s’aperçoit que seule une extrémité de cette étoile semble en combustion, et qu’elle va bien trop lentement pour être une étoile. En fait, il s’agit du missile à destination de Londres. Nathaniel ignore d’où il vient ni ou il va, mais voir la menace la rend encore plus incroyable. Eternel paradoxe. L’engin de mort passe sous ses yeux, et pourtant, il veut le gommer, il veut l’oublier. Il détourne le regard et se concentre à nouveau sur la route, fébrile.
Po et Audrey se cramponnent à leur siège. Sans doute eux aussi font-ils leur prière. Mais l’oncle observe le visage contracté de son neveu. Ses cheveux blonds en bataille surplombent des yeux d’un bleu acier qui semble terne, empli d’un sentiment de perdition. Il a de l’admiration pour ce jeune homme qui jusqu’à présent lui paraissait mou et réservé. Cet individu haut de plus d’un mètre quatre vingt-dix à l’allure stoïque lui a toujours paru étranger, même s’il l’aime autant qu’il le peut. Po se rend compte que la vraie nature des hommes se dévoile en situation de crise, et comprend que son neveu est plein de sang-froid, alors que lui-même serait resté paralysé sans parvenir à trouver de solution à leur problème. Il n’aurait pas osé assommer un conducteur. Il n’aurait pas osé conduire sans le savoir. Or, Nathaniel a pris les choses en main et les conduit à présent vers leur salut. Cela, il ne l’oubliera jamais.
Nathaniel effectue un geste du bras. La voiture subit une embardée et change de file. Ils viennent de manquer d’écraser un homme tombé en plein milieu de la chaussée, vraisemblablement inconscient. Peut-être a-t-il été agressé. Peut-être est-il dans un coma éthylique. Peut-être est-il mort. Peut-être est-il simplement tombé. Mais son existence a provoqué un bémol dans la progression de Nathaniel, Po et Audrey. Leur moyen de locomotion et précipité dans le décor, et vient s’encastrer dans un muret.

Séquence 12.

Le choc est brutal, tout l’avant de la voiture est compacté comme un accordéon. Les ceintures les retiennent, les airbags se gonflent. Ils sont sonnés. Audrey tousse, et tente de recouvrir ses esprits. Po a terriblement mal aux côtes. Nathaniel a reçu un coup violent à l’arrière de la tête lorsque le choc l’a propulsé en avant, puis en arrière. Il tousse, et cherche le loquet de sa ceinture de la main, à tâtons. Il le trouve enfin, appuie sur le mécanisme, et se libère. Po fait de même, avant d’aider Audrey à se libérer du véhicule également. Nathaniel ouvre la portière, sort en titubant et manque de s’affaler sur le sol. L’alarme de la Mercedes rugit, alors que les bruits de l’extérieur se font entendre avec plus d’intensité. Nathaniel écoute les vitres qui se brisent, les sirènes de police, les éclats de voix, les véhicules qui foncent à toute vitesse sur l’avenue… Il s’appuie sur la carcasse de la Mercedes fumante et la contourne, pour rejoindre Po et Audrey. Eux aussi semblent désorientés. Au loin, l’homme étendu ne se relève pas. Nathaniel pense qu’il doit être vraiment mort.

- Venez, dit-il.

Il s’avance d’un pas mal assuré vers le site-propre et gagne un autobus abandonné par les passagers et les conducteurs, dont les vitres sont pour la plupart brisées ou comblées par les impacts. Il monte par la porte ouverte. A l’intérieur, il y a deux hommes assez jeunes qui vandalisent les sièges. L’un d’eux verse de l’essence partout. La jeune homme comprend ce qu’ils s’apprêtent à réaliser, et s’exclame :

- Ne faites pas ça, nous avons besoin de ce bus !

Les deux hommes se retournent, le regardent bêtement, puis froncent les sourcils. Cet individu qui les dérange dans leur œuvre de destruction est malvenu. Ils comptent s’en débarrasser. Po arrive devant la porte ouverte, et voit son neveu reculer pas à pas. Il repère les deux individus menaçants s’approcher. L’un d’eux et armé d’un couteau.

~Ce sont comme des bêtes.~ songe Nathaniel ~La société tombe, leurs repères avec, ils reviennent à l’état de nature. C’est là le grand objectif des extrémistes. Ils visent à désorganiser les sociétés développées et réduire leurs membres à l’état de bêtes. Puis ils escomptent prendre le pouvoir sur ces bases solides d’ignorance et de brutalité.~

Le jeune homme sent les battements de son cœur s’accélérer. Son instinct de conservation l’exhorte de s’enfuir, parce que c’est vers la mort qu’il se dirige s’il reste planté là à attendre les deux vandales. Mais il ne peut pas laisser ce véhicule providentiel brûler. Ses jambes tremblent, il est saisi par la peur, cette peur sournoise qui prend aux tripes, fige et accable. Mais il ne bouge pas. Le premier des deux hommes bondit. En deux foulées, il arrive à son niveau et arme son poing. Nathaniel se protège le visage. Il reçoit un double choc : l’un au front, l’autre à l’arrière de la tête, son crâne percutant le plancher du bus alors qu’il bascule en arrière. Il ferme les yeux, et porte la main à son crâne en vue de se le masser, mais il sent qu’on le soulève par le col. Un autre coup vient lui éclater la lèvre. Il sent le goût du sang se répandre sur ses papilles gustatives, et entend les rires de ses assaillants. Po observe la scène avec angoisse. Il est déjà âgé de 55 ans, son corps ne répond plus comme avant. Il ne sera qu’un poids pour son neveu s’il tente de l’aider. Du moins tente-t-il de s’en convaincre. Ce n’est pas un homme bien brave. Audrey écarquille les yeux, horrifiée de voir son frère se faire lyncher.
L’adrénaline fuse dans les veines de l’étudiant. Il n’a jamais fait ça. Se battre. Certes, il a assommé le conducteur de la Mercedes. Mais il n’y a pas eu de répondant de l’autre côté, et ça n’a pas eu grand-chose à voir avec un pugilat. Ce moyen d’action primitif qui remonte à avant l’apparition des mots et de la parole. Il lui semble que lui aussi est sur touché par cette barbarie qui va remonter peu à peu du passé pour devenir réalité et présent concret. Il ne tolère pas l’humiliation qu’il subit, il sent son être se révolter, tendre vers la volonté de punir l’affront. Cela l’angoisse. D’autant plus que sa vie est en danger. Elle l’était déjà, mais à plus long terme. Cette fois, ce couteau menaçant qu’il croit voir briller au milieu de sa vision trouble semble prêt à se plonger dans sa peau, ses muscles, et à la déchirer de l’intérieur. Il sert les poings, et, à la fois totalement effrayé et empreint d’une vigueur nouvelle, décoche au hasard un coup de poing. Il fend l’air. Mais la prise qu’on a sur lui est lâchée, et il se retrouve libre de mouvement. Il se passe la main devant les yeux pour y voir plus clair, juste le temps pour constater l’éclat scintillant sur le côté. Sans plus réfléchir, il plonge en avant et s’affale sur le plancher de l’autobus, la face à quelques centimètres d’une flaque d’essence fortement odorante. Il réprime une nausée et se relève. Les deux saccageurs semblent furieux. Nathaniel attend, il n’a pas assez de cran pour attaquer. L’homme au couteau réagit cette fois plus vite que son acolyte. Il le dépasse, tend son arme et vise le cœur du jeune homme. Nathaniel tente d’éviter le coup : un morceau de sa chemise est entaillé, un peu de sang coule, et il ne peut retenir un petit cri de douleur. Il a été entaillé. Sans vraiment y penser, dans l’ivresse du combat, il assène à un coup violent à l’arrière de la tête du voyou. Puis, sans lui laisser le temps de réfléchir, il lui saute dessus et continue de le frapper. Son comparse intervient, l’empoigne, et le jette sur une banquette dégradée avec une force étonnante. L’homme au couteau semble sonné, couvert de contusions au visage et sur le haut du thorax. L’individu encore valide se rue sur Nathaniel et porte ses deux mains au cou du garçon, resserrant la pression. Le jeune homme essaie de lui faire lâcher prise, mais c’est peine perdue, l’autre est trop fort et a une prise implacable. L’air commence à lui manquer, et il suffoque. Soudain, il entend un bruit sourd, suivi d’un craquement, et son assassin relâche la pression autour de son cou. Il rouvre les yeux, et aperçoit Po armé d’une planche pourrie qu’il a trouvée dans la rue, l’air complètement affolé. Nathaniel note la vitesse à laquelle sa poitrine se soulève. Il se lève, titube un peu, et s’aperçoit que son oncle a assommé l’individu. L’autre, encore sonné, se redresse et leur fait face. Nathaniel s’empare de la planche et protège son oncle. Le couteau fend l’air. Nathaniel s’attend à sentir la douleur. La planche s’abat avec vigueur sur le haut du crâne de l’assaillant.
Le corps complètement contracté, ses yeux se révulsent, il lâche son arme, et commence à basculer en arrière. L’étudiant ne parvient pas à détacher la planche de la tête rasée.

~Comme si elle était collée avec de la glue.~

Il abandonne l’arme et laisse le corps du casseur l’emporter dans sa chute. Sa tête tombe de profil, et Nathaniel voit. L’adrénaline n’a pas encore quitté ses veines, et son cœur continue à pulser sous sa poitrine malgré la fin de l’action. Mais ce qu’il voit contribue à accélérer davantage ce rythme insoutenable. Un long clou rouillé dépassait du bois pourri. Le sang qui le macule et coule le long du bois, depuis la plaie au front, participe désormais de son oxydation.
Il a vu la mort. Mais celle-ci est repartie. Dans le sens inverse.

Séquence 13.

La socialisation génère en l’être humain un masque qui couvre toutes les parts de son être profond. Ainsi, on accusera d’hypocrisie un individu qui dit tout le contraire de ce qu’il pense, parce que sa condition d’être social le lui impose dans une certaine mesure, et l’on qualifiera de conformiste celui qui se plie au système de bonne grâce, ou plutôt contre son gré, mais sans même s’en rendre compte. De la vie, l’on passe à la mort. On vit, on souffre, on meurt. Mais que se passe-t-il lorsque l’on prend conscience que l’on a supprimé la vie ? Comment réagit-on lorsque l’on sait que l’on a tué ? Lorsque la part sociale de notre être, notre moi civilisé et responsable, nous torture pour nous montrer qu’on a failli à notre devoir collectif ? Quelle sorte de mécanisme agit sur la conscience et la pousse irrémédiablement à se rebeller, à se faire violence, à faire éprouver le regret, le remord, voire même le dégoût de soi-même ?
Qui s’est déjà interrogé sur la prohibition du meurtre ? D’où vient-elle ? Quand donc nos ancêtres se sont-ils aperçus qu’ils ne devaient pas seulement craindre les prédateurs naturels, mais également les prédateurs socialisés ? Probablement lorsque certains ont commencé à manifester une violence étrangère aux concepts de respect et de protection mutuels. La culture de l’anti-autodestruction s’est alors imprimée dans les esprits de chacun, transmise de génération en génération. On bannissait les marginaux, les violents, pour ne pas qu’ils portent atteinte aux intègres socialisés, et l’on a accordé à tous le droit de se défendre pour sa vie face à ces prédateurs. Mais ce principe de légitime défense a lui aussi ses limites, la première étant la capacité d’acceptation du moi social : si, pour sauver sa vie, l’on en vient à supprimer celle d’un autre, l’analogie se fait systématiquement, de manière plus ou moins intense, et inconsciente: on devient soi-même un prédateur dès lors qu’on tue, quand bien même il s’agisse d’un cas légitime et que plus jamais il n’y aura de récidive. Et c’est une bonne chose pour le groupe : celui qui réagit de cette manière prouve son mal-être et se distingue de celui dont il s’est défendu.
Même si c’est au prix d’un traumatisme permanent pour les plus sensibles.

Séquence 14.

Nathaniel hurle pour nier. Il se prend l’arrière de la tête dans les mains et se met à genoux dans la flaque d’essence. Ses yeux sont rivés sur le cadavre de sa victime. Il ne peut retenir les larmes qui ruissèlent sur ses joues alors que son cri retentit dans le bus et même au-dehors, aux oreilles d’une Audrey choquée, incapable d’agir de quelque manière que ce soit. Son domaine, c’est la tranquillité des études, pas l’imprévu et l’angoisse d’une telle situation. Nathaniel ne pense plus, son cerveau n’est pas assez opérationnel. Le processus de négation s’emballe, le refoulement des événements commence. Le son diminue, les cordes vocales cessent de vibrer, Nathaniel pleure sous ses bras, la bouche parcourue de frémissement contractés. Il ne peut détacher son regard de l’individu dont il a ôté la vie. Po, après avoir été alarmé par cette réaction extrême, pose sa main sur l’épaule de son neveu, qui ne cherche pas rompre le contact. Puis il se déplace et prend le cadavre par les pieds. Lui-même est complètement déstabilisé, il ne croit pas à ce qui vient de se passer. Il sait simplement ce qu’il doit faire : évacuer le corps mort et le corps endormi pour faire démarrer le bus en toute tranquillité. Il traîne le cadavre derrière lui, stoïque, et Nathaniel, dans une fascination masochiste, observe le corps répandre une traînée de sang dans son sillage. Les yeux révulsés du cadavre s’impriment dans son esprit pendant qu’il s’efforce de chasser les informations nuisibles à son moi social au plus profond de son être. Il se relève, laisse retomber les bras de son corps, continue de sangloter, mais cesse de pleurer. Il s’empare des pieds du casseur inconscient et imite son oncle qui a déjà déposé le cadavre sur la chaussée. Audrey s’écarte de son passage lorsqu’il descend les marches du bus et qu’il lâche le corps inanimé à côté du mort. L’avenue semble être en pleine effervescence, plus encore que tout à l’heure. Plus de casseurs, plus de fuyards, plus de policiers. Tous commencent à apprendre la nouvelle, de moins en moins ne nient. Po fait remarquer que si des policiers approchaient, ils risquaient de passer un mauvais moment. Nathaniel remonte s’installer sur le siège du conducteur, qui semble avoir oublié sa veste de travail en s’échappant, et observe les événements depuis la fenêtre brisée.

~Eux aussi devraient s’enfuir, ou se mettre à casser. Il n’y a plus d’ordre qui tienne, c’est l’anarchie.~ A-t-il la force de penser.

Po et Audrey s’installent sur les sièges les plus proches. La jeune fille se penche en avant et inspecte la console qui commande l’ouverture des portes. Elle demande :

- Est-ce que tu vas savoir faire marcher cet engin ? Ce n’est pas du tout une voiture…

Il ne répond pas, se murant dans un silence mortuaire sans pensée, sans impression, avec un minimum de perceptions. Une forme de deuil pour sa victime. Et pour la mort d’une partie de lui-même. Il actionne la clef que le conducteur a laissée dans sa précipitation, et sent toute l’armature du véhicule s’ébrouer. Au même moment, il s’interroge sur la nature des causes de l’abandon de l’autobus. Peut-être un assaut de casseurs, ou encore l’annonce de l’arrivée imminente du missile. Il s’étonne tout de même du départ du chauffeur, mais oublie ses interrogations en se disant qu’un assaut de casseurs est la cause la plus probable de l’abandon du bus, et que le chauffeur, souhaitant sauver sa peau, a fui avec le reste des passagers. Les casseurs en question étant ceux qui gisent sur le bas-côté du site propre.
Il appuie sur l’accélérateur et le bus, en plus de s’ébranler, s’avance doucement. Peu à peu, la vitesse monte, et, le vent s’engouffrant avec plus de vigueur à l’intérieur, Nathaniel appuie sur les boutons de la console pour fermer les portes. Le mécanisme semble être grippé, et ne répond pas. Le jeune homme n’y fait pas attention : ils se contenteront de cela pour sauver leur vie.
Il a un peu plus de mal à conduire ce poids lourd que pour manœuvrer la Mercedes : il se situe en hauteur, chaque mouvement du volant semble moins réactif. Pourtant il laisse le compteur monter, et c’est un bus à 112 km/h qui fonce au beau milieu du site propre. Mais il n’est pas satisfait de cette vitesse relative : il craint qu’ils ne s’éloignent pas assez vite du lieu de l’impact. Tout autour, ils voient passer à toute vitesse des images furtives : scènes de violence, saccage, fuite précipitée, bolides lancés à pleine vitesse au beau milieu de la ville. Ils notent même une fois un groupe de priants en tenue traditionnelle qui se prosternent.

~Ceux-là ont renoncé à la vie. Dans l’espoir d’une autre vie meilleure.~

L’image du cadavre s’impose à son esprit, le déconcentre, et le harcèle alors qu’il tente de la chasser et de l’oublier. Ce visage de mort ne le quitte pas, et lui provoque des sueurs froides. Il est tant perturbé qu’il ne voit pas la camionnette qui arrive depuis la rue perpendiculaire. Au croisement, il ne freine pas, et elle ne passe en trombe qu’à quelques centimètres devant lui. Il réagit faiblement juste après en notant la chance qui leur a sourit. Il appuie davantage sur la pédale. 115 km/h. Il a peur d’aller plus vite, ne maîtrisant pas réellement les caprices d’un tel engin. Soudain, Audrey s’écrit :

- Arrête-toi !

Il l’ignore.

- Stop ! Exhorte-t-elle en bondissant de son siège.
- Quoi ? S’énerve le frère.

Elle désigne à l’extérieur une masse noire qui s’éloigne à mesure que le bus avance, tout en savant qu’il l’a déjà vue, mais qu’il feint l’ignorance.

- Ils s’enfuient, ils n’ont pas de véhicule.
Nathaniel ne ralentit pas.
- On ne peut pas s’arrêter pour ça, on doit continuer. En plus, ils vont alourdir le bus et on ira encore moins vite.

Sous le regard peiné de Po, Audrey s’indigne :

- Il y a un bébé, Nathaniel, je l’ai vu !

Le jeune homme grogne, mais ne ralentit pas pour autant. Bientôt, ils seront hors de portée du groupe. Po intervient :

- Nathaniel.

La voix calme de l’oncle achève de le convaincre, et il lâche l’accélérateur pour appuyer sur le frein. Le véhicule ralentit brusquement, tant qu’Audrey doit s’accrocher à une rambarde pour ne pas être propulsée en avant sous l’effet de la gravité. Lorsqu’il s’arrête, Nathaniel annonce :

- Dépêche-toi d’aller les chercher.

La jeune fille descend du bus et court dans la rue. Lorsqu’elle disparaît derrière la paroi du fond, Po le félicite :

- Tu as bien fait de t’arrêter.
- Je n’aurais pas dû. On perd du temps.

Mais Nathaniel sait bien que s’il l’a fait, c’est parce qu’il espère que sauver quelques vies compense le fait d’en avoir supprimé une. Mais n’en dit rien, il se tait.
Audrey revient bientôt avec trois personnes, et le fait gravir les marches du bus. L’une d’elle porte en effet un nourrisson dans les bras. Une femme. Elle doit avoir la trentaine. Cheveux courts, bruns, yeux noisette, l’aspect assez maigre. Elle est vêtue d’un tee-shirt large et d’un pantalon bouffant. Avec elle monte un individu mal rasé, approchant probablement la quarantaine, aux longs cheveux noirs et à l’allure séduisante. Ses yeux verts se projettent sur lui un instant, et le jeune homme peut y lire une intense méfiance. Son bras gauche est écharpé, maculé par de larges traces de sang. La troisième personne est une jeune femme qui doit avoir la vingtaine tout au plus. Elle est brune, a un visage simple mais charmant d’où ressort un regard marron clair tirant sur le doré.
Le bébé pleure, et tous trois semblent sur les nerfs. Leurs vêtements sont couverts de poussière, et leur attitude semble démontrer qu’ils son plongés dans une totale incompréhension.
A peine Audrey a-t-elle posé le pied sur la première marche du bus que Nathaniel appuie sur l’accélérateur. L’engin s’ébranle et repart. La mine sombre, Nathaniel n’adresse plus un seul regard à ses passagers, qui, sur l’invitation d’Audrey, s’installent à proximité les uns des autres sur les banquettes. Elle les imite bientôt. Po leur adresse un sourire bienveillant.

- Ca sent l’essence, s’étonne l’homme dont l’accent trahit ses origines méditerranéennes.
- On a sauvé ce bus de la combustion, explique Audrey.
- Des casseurs, précise Po.

Nathaniel fixe la route et écoute la conversation à moitié. L’homme semble s’indigner :

- Les casseurs… Certains nous ont attaqués. Ils m’ont blessé au bras.

Pour illustrer son propos, il désigne l’écharpe. La femme qui porte le bébé tente de le calmer en le berçant. Apparemment, l’agitation l’a fortement dérangé.

- Merci de vous être arrêtés pour nous, fait-elle.

Po et Audrey lui signifient que c’est normal. Nathaniel ne bronche pas.

- Je m’appelle Paul, se présente Po. Ma nièce, Audrey, et notre conducteur, mon neveu, Nathaniel.
- D’ailleurs, dit celui-ci pour la première fois depuis l’arrivée des trois individus, l’un de vous sait-il conduire ?

Les autres font non de la tête. Po imagine que c’est pour ça qu’ils étaient à pieds.

- Pourquoi ? S’enquit l’homme.

Po affiche une moue ennuyée :

- Nathaniel ne sait pas conduire non plus. Faute de mieux, nous devons nous en contenter.

Les trois passagers blêmissent. L’espace d’un instant, peut-être songent-ils qu’ils ont quitté Charybde pour tomber en Scylla. Par politesse, la femme qui tient le bébé reprend les présentations:

- Je m’appelle Lucie. Voici ma sœur, Aurore, dit-elle en désignant la jeune femme brune. Et cette enfant est ma fille.
- Comment s’appelle ce joli bébé ? Demande Audrey, attendrie, en s’approchant de Lucie.

La femme hésite un instant :

- Je ne sais pas encore… Mon compagnon est militaire, il a été envoyé en Afghanistan il y a quelques temps déjà, et je voulais l’attendre pour choisir, comme la loi nous en laisse l’opportunité. Elle n’a qu’un mois.
- Vous n’y avez pas réfléchi avant ? S’étonne la sœur de Nathaniel.
- Non, répond la femme en souriant faiblement. Nous nous disions que nous aurions le temps pour ça, et puisque ni l’un ni l’autre n’étions d’accord sur les prénoms…
- Et vous ? Fait Po à l’homme, après un court silence convenu. Quel est votre nom ?
- Michelangelo. Je ne suis que leur voisin. En apprenant la nouvelle, nous avons décidé de fuir ensemble.

Po approuve d’un signe de la tête. Un autre court silence s’installe. Bientôt rompu par la voix claire d’Aurore :

- Est-ce que nous serons assez loin de Paris lorsque le missile explosera ?

C’est bien la question que je me pose.

Séquence 15.

J’ai tué. Cela fait-il de moi un assassin ? Non, je ne l’ai pas voulu. Mon unique but était la sauvegarde de moi-même. Je ne pouvais pas deviner qu’il y avait un clou. « Un clou ». C’est bien le cas de le dire.
Mais au fond… Est-ce que je ne savais pas déjà ce qui allait se passer ? Lorsque j’ai abattu la planche, n’était-ce pas avec la volonté de tuer ? De tuer pour vivre ? C’est bien le réflexe de tous les hommes depuis la nuit des temps : tuer pour vivre. Tuer pour manger, tuer pour se vêtir, tuer pour survivre. C’est un réflexe qui s’est déformé avec le temps en habitude. Tuer pour dominer, tuer pour se couvrir de gloire, tuer pour conquérir. Et maintenant, on en est là, à fuir l’explosion d’un missile nucléaire. Quelque part sur Terre, des fous se délectent à imaginer ce qui se passe dans nos pays développés, à scénariser, avec un sadisme relatif à leur soif de vengeance, une fuite éperdue au cœur de la chute de la civilisation et de la société. Peut-être même disposent-ils d’une image en temps réel avec les photographies que leur fournissent les satellites. C’est irrationnel, cette folie de l’Homme, cette pulsion meurtrière qui le pousse à tuer pour se prouver qu’il est grand. Choisir le conflit, l’opposition et l’annihilation des autres pour l’expansion de soi, plutôt que de s’unir pour affronter ensemble l’adversité et les problèmes existentiels. Une volonté de puissance déformée.
L’Homme ne tire donc-t-il aucune leçon de ses échecs ? Nos vies sont-elles bien vouées à l’échec ? Je ne peux pas y croire… Mais pourtant, quand la menace sera écartée, si jamais elle est un jour écartée, une autre prendra sa place, et ce phénomène se reproduira cent fois, mille fois, à l’infini. Nous sommes une espèce évoluée, intelligente, savante… Mais tout aussi stagnante, bête et ignorante. En même temps que nous avançons, nous reculons, et à chaque fois que nous en faisons deux en avant, nous rétrogradons d’un pas.
J’ai envie de croire en notre rédemption, envie d’imaginer que nous puissions nous tirer de cette situation désespérée, pour reconstruire quelque chose de plus beau, de plus grand, de plus louable. Peut-être parviendrons-nous à nous relever plus forts que nous ne sommes tombés. Ce serait formidable, magique. Un espoir réalisé, un idéal atteint. Un miracle.
Une improbabilité des plus pertinentes.
De la même manière que finalement, je ne pouvais pas savoir ce qui allait se passer. Je ne suis pas devin, je suis juste humain. J’ai abattu la planche pour assommer, pas pour tuer. Je ne suis pas un assassin. J’étais en état de légitime défense. Je ne pouvais pas agir autrement, au risque de mourir assassiné par un casseur dénué de sens.
Je n’ai même pas eu l’intuition que ça pouvait se produire. Pas une seule seconde.
Je crois.



Dernière édition par Zalarzane le Sam 1 Jan - 13:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 19:45

Séquence 16.

- Je pense qu’on peut espérer échapper à l’explosion, dit Po. Pour le moment, en tout cas, le plus important est de fuir droit devant sans s’arrêter.

Nathaniel est concentré sur la route. Parfois, les imperfections de la chaussée font frotter le pare-choc du bus sur le goudron, causant des tremblements à la carcasse du véhicule et des bruits réprobateurs. Il parvient au hasard à augmenter la pression hydraulique, et les chocs se font moins violents malgré la vitesse. Le spectacle qui s’offre à ses yeux à travers la vitre fêlée est terrifiant. Des hommes se battent, c’est la débandade.

~Lorsque les êtres humains perdent leurs repères, ce sont leurs plus bas instincts qui ressurgissent. La conservation ou la destruction. Et quoi que je dise, j’ai moi aussi été touché par le phénomène.~

Lucie, pour tromper l’angoisse de l’attente, propose une alternative :

- Pourquoi ne pas vous raconter nos histoires respectives ?

Quelques regards la jaugent pour savoir si elle ne tente pas de les duper. Elle s’explique.

- Nous n’avons pas grand-chose d’autre à faire en attendant de savoir si oui ou non nous allons vivre. Alors je pensais que puisque vous nous avez donné une chance de nous en sortir, la moindre des choses serait que vous appreniez à nous connaître.

Michelangelo affiche une moue réprobatrice mais ne dit rien. Aurore regarde à travers une fenêtre brisée, comme étrangère à ce qui se passe à l’intérieur du bus.

- Pourquoi pas ! Finit par concéder Po.

A ce moment, le bus subit une brusque embardée. Tous basculent sur le côté, Michelangelo s’affale sur une flaque d’essence, et jure lorsque le liquide poisseux traverse le tissu de l’écharpe pour se coller à la plaie. Nathaniel contracte la mâchoire et braque le volant. Il évite de justesse un clochard délirant en plein milieu de la chaussée, le contourne et le dépasse, avant de reprendre une trajectoire rectiligne. Po vient aider l’italien à se relever. L’homme en question s’exclame :

- Bon sang, qu’est-ce qui s’est passé !
- Un clochard en plein milieu de la route, répond Nathaniel sur un ton neutre, je ne pouvais pas l‘écraser.
- Nous allons à plus de 110 km/h avec un poids lourd, s’indigne l’écharpé. Vous ne pouvez pas vous permettre de risquer nos peaux sous prétexte qu’un malade traverse la chaussée !

Nathaniel laisse quelques secondes s’écouler avant de rétorquer sèchement :

- Nous fuyons une bombe nucléaire qui maintenant devrait arriver dans un peu moins d’une heure et demie. Nous ne pouvions pas nous permettre de perdre du temps sous prétexte que trois personnes cherchaient désespérément à s’échapper à pied. Pourtant, nous nous sommes arrêtés.

Michelangelo ne sait pas quoi répondre.

- Vous auriez préféré que je l’écrase ? Renchérit le jeune homme sans détourner son regard de la chaussée.

Aurore darde le dos de l’étudiant d’un œil étrange. L’italien hésite avant de finalement céder.

- Non, bien sûr que non. Excusez-moi, Nathanaël.

L’intéressé le reprend :

- C’est bon, il n’y a pas de mal. Mais moi c’est Nathaniel.

Michelangelo se rassoit sur son siège et observe l’extérieur en se massant le bras blessé. L’essence le pique atrocement. Le bébé pleure, sa mère le secoue doucement en prononçant un « Chut » excessivement prolongé. Puis, lorsque le nourrisson semble s’être calmé, elle relève le regard et commence son récit :

- Mon identité complète est Lucie Mees, je suis d’origine belge, et j’ai 34 ans. Je suis née à Bruxelles, trois ans avant que mes parents décident d’emménager à Paris pour raison professionnelle. Ils étaient tous deux employés d’une entreprise bruxelloise qui a délocalisé en banlieue parisienne, alors ils n’ont pas eu d’autre choix que de venir vivre en France. J’ai donc grandi à la capitale, et je n’ai que très peu de souvenirs de ma vie en Belgique. J’ai arrêté les études après avoir obtenu le Brevet National en 1992, parce que mes parents avaient besoin que je mette au travail très vite. Jusqu’à 16 ans j’ai accumulé les petits boulots parce que je ne pouvais pas travailler à temps complet, et en parallèle je suivais des cours à domicile bon marché que j’étudiais plus ou moins. Entre temps, l’année de mes 13 ans, mes parents ont adopté Aurore, et j’ai vu en elle la petite sœur que je n’avais jamais eue. Je l’ai tout de suite aimée, et je m’occupais d’elle dès que je le pouvais, pour lui permettre plus tard de pouvoir continuer ses études là où j’ai moi-même été obligée d’arrêter. On apprend vite, quand on entre dans le monde du travail, qu’une femme peu diplômée est une femme qui a peu de perspectives d’avenir. J’ai trouvé ma place fixe à 17 ans, lorsque je suis devenue sage-femme. A partir de là j’ai eu beaucoup de chance dans le domaine professionnel. J’ai rencontré un médecin âgé qui m’a pris sous son aile et qui m’assurait généreusement des cours chaque soir à la fin de mon service, et qui m’a inscrite au concours des infirmières quand j’ai eu 21 ans. Il est parti à la retraite avant de connaître les résultats, et je n’ai pas pu le revoir ensuite, mais c’est grâce à lui que j’ai été reçue, dans les trente premières de ma promotion. Ensuite, en 2003, ils ont proposé de sélectionner quelques unes d’entre-nous dans notre service pour intégrer les services médicaux de l’Armée de Terre. Je faisais partie des élues après avoir soumis ma candidature. Mais à peine suis-je arrivée à la caserne de Cachan, que deux semaines plus tard j’ai été envoyée en Afghanistan pour soigner les soldats de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité qui devaient faire face à la multiplication des guérillas. Bien sûr, ça m’a déchirée de devoir quitter Aurore et mes parents, mais la prime qui m’était accordée était conséquente et nous avions besoin de cet argent. Alors j’y suis allée. C’est là-bas que j’ai rencontré mon compagnon. C’est un soldat français, il s’appelle Kevin. Il avait été blessé par balle alors j’ai du extraire le plomb de son bras. Je suis restée quatorze mois en Afghanistan avant d’être rappelée en France, pour que les effectifs tournent. Cela nous a laissé le temps de nous connaître, et de nous attacher l’un à l’autre. Lorsque je suis repartie, il m’a promis de reprendre contact avec moi lorsqu’il rentrerait. Bien sûr, au début je n’y ai pas cru, à cause de la réputation des militaires. Mais il a tenu parole, et m’a retrouvée quelques mois plus tard. Ca s’est fait très vite : nous nous sommes rendu compte que nous étions amoureux et nous avons emménagé ensemble pour le plus grand bonheur de mes parents. Au fil des années, Kevin a été envoyé plusieurs fois en Afghanistan pour soutenir les troupes et établir un roulement. Moi j’exerçais mon travail d’infirmière à Cachan. L’année dernière, il m’a proposé de l’épouser. J’ai accepté. Mais il a été rappelé il y a quelques mois là-bas, sans savoir que nous avions conçu cette adorable petite. Lorsqu’il a appris la nouvelle par téléphone, il a été fou de joie, je m’en souviens encore ! Nous avions décidé de trancher sur le prénom et de nous marier dans la foulée dès son retour, mais je doute que nous puissions désormais passer devant un maire avant un certain temps… Voilà, vous savez tout.

Séquence 17.

Qu’est-ce que l’Amour ? Les philosophes et les scientifiques de tout temps se sont posés la question, et tous ont apporté leur explication : jamais la même. Pour les uns, c’est un phénomène chimique, pour les autres la découverte d’une âme sœur, ou encore la projection de soi-même dans l’autre de telle sorte qu’elle nous lie à cette personne autant à travers ses défauts qu’à travers ses qualités. Et j’en passe. Mais si personne n’est d’accord pour définir l’Amour, n’est-ce pas parce que celui-ci est indéfinissable ? Qu’est-ce qui fait qu’on aime tel individu plutôt que tel autre ? Les circonstances, l’environnement, l’époque, l’aspect, le fond ? Est-ce que cela tient exclusivement du goût, ou est-ce que d’autres raisons font que l’on aime ?
Peut-être est-ce tout, et rien à la fois. Peut-être que celui qui aime n’aime que parce qu’il aime. Autrement dit, l’Amour n’aurait son explication que dans lui-même et nulle part ailleurs. Plus clairement encore, ce ne serait qu’une invention humaine destinée à supprimer l’angoisse féminine de se retrouver seule à assurer l’éducation des enfants. Avec l’invention de l’Amour, celle du mariage, de la fidélité, et de la constance. Alors, ce sentiment prétendu pur et sain ne serait en somme que la synthèse d’un besoin social et de la pulsion sexuelle de reproduction.
Cela conviendrait tout à fait à une logique libertaire. Cependant, il subsiste une zone d’ombre au problème : cet amour shakespearien, capable de conduire les amants à la mort, ne peut pas être que le fruit de la déduction d’un homme, certes génial, s’étant basé uniquement sur les constituantes de ce qu’on peut nommer « l’amour inventé ». Pour avoir su décrire une telle passion, un tel attachement, un tel drame, il aura fallu autre chose, un fond de vérité, un phénomène empirique incontestable. Probablement diffus, incertain, car personne n’a jamais vu dans son petit quotidien un couple parvenir au suicide pour sauver son amour et se délivrer de sa souffrance.
Alors, quoi ? Qu’est-ce donc que l’Amour ? Une invention humaine fondée sur la pulsion, ou le sentiment vrai, pur et indestructible de Shakespeare ? N’est-ce pas plutôt une synthèse des deux ? Un juste milieu entre le très spirituel et le très pulsionnel ? Est-ce que cette hypothétique forme d’amour est celle qu’aura saisi Shakespeare pour la retranscrire dans son œuvre en l’exacerbant, pour montrer à tous quel est l’idéal ?
Il existerait donc un Amour vrai, qui ne serait pas qu’une invention. Un Amour qui expliquerait l’attachement aux proches, qui expliquerait l’amitié, la cohésion de la famille, la compassion, la sympathie. Un Amour tirant ses raisons autant de la pulsion et du besoin social que de l’attachement pur et sain.

Séquence 18.

Michelangelo tourne la tête, s’arrache à la contemplation du spectacle sordide de l’avenue, et constate les paires d’yeux braquées sur lui. On attend son histoire. Il soupire, résigné, et répond à l’attente :

- Moi, je suis né en Sicile, à Capo d’Orlando. Michelangelo Bianchi de mon nom complet. J’ai 42 ans. Mon père était un neurochirurgien réputé, ma mère une chercheuse en neurologie. Ils se sont rencontrés au court d’un séminaire, et c’est là qu’ils m’ont conçu, pour tout vous dire. En apprenant mon arrivée imminente, mon père a plié bagage comme un lâche et a déserté l’Italie. Enfin c’est ce que m’a raconté ma mère, je n’ai rien pour le garantir à 100%. Par la suite, je l’ai recherché avec le nom qu’elle m’a donné, mais je n’ai rien trouvé du tout, hormis des homonymes. Il a bel et bien disparu, et avec les circonstances actuelles, je doute sincèrement de pouvoir le rencontrer un jour. Enfin… Ce n’est pas le problème. C’est ma neuroscientifique de mère qui m’a élevé, et j’ai grandi à Capo d’Orlando avec elle. Au début, elle voulait que je devienne un scientifique, comme elle. Mais dès les premières classes de l’école primaire, je ne pouvais plus supporter ne serait-ce qu’une soustraction, tant j’en avais marre. J’étais largement plus porté sur l’Italien, et les travaux pratiques qui sortaient du cadre « strictement scolaire ». Quand je suis arrivé au collège j’ai révélé mon talent pour l’expression écrite. Je lisais beaucoup, et je surclassais tous les autres dans ce domaine, et de loin ! Ma mère n’a tout d’abord pas compris, mais après mon examen de fin de secondaire, on a tous les deux su que c’était par là que je devais me diriger, pas vers des études scientifiques. Vous savez, il paraît que quand on a un problème avec le père, c’est vers le côté intérieur, émotionnel, inculqué par la mère que l’enfant développe. Moi je n’avais pas de problème avec lui, puisque que je n’avais pas de père du tout ! C’est peut-être logique que plutôt que la rigueur mathématique et scientifique, j’ai préféré la liberté et la fluidité des mots et de la pensée abstraite. Ma mère s’est résignée, et malgré mon cursus pas assez littéraire, a admis que je fasse une classe préparatoire. C’a été dur, mais j’ai pu m’accrocher. J’ai réussi les concours supérieurs, et j’ai intégré la Scuela Normale Super en 1990, j’avais 20 ans. A partir de là, les soucis ont commencé. Ma mère est décédée l’année d’après d’une rupture d’anévrisme, comme ça, sans prévenir, et j’ai dû me mettre à bosser davantage et à cumuler deux boulots pour payer mes études et mon studio d’étudiant – qui ressemblait davantage à une niche à lapin. J’ai travaillé dans une maison d’édition et dans un petit journal local. Pour l’un en tant que secrétaire, pour l’autre en tant que distributeur. C’était tout juste, et j’étais souvent dans le rouge en fin de mois. En plus, le temps perdu à travailler rognait sur celui que je consacrais auparavant aux études. J’ai eu mon diplôme in extremis, heureusement. J’ai changé de vie. J’ai été embauché comme sous-directeur de publication d’un des sites de l’Arnoldo Mondadori Editore, l’une des plus grosses maisons d’éditions d’Italie. Là, on peut penser que les ennuis étaient finis. Et bien non. J’ai été licencié du jour au lendemain l’année de mes 32 ans, après presque neuf années d’appartenance à la maison, sous prétexte que j’avais manqué de respect au directeur de publication. Je l’avais traité de connard, effectivement, pour une broutille dont je ne me souviens même plus. Mais en fait, j’avais simplement couché avec sa femme, et ça ne lui a pas plu lorsqu’il l’a su, forcément. Après ça, il a joué de ses relations pour me blacklister dans la plupart des grandes maisons d’éditions d’Italie. J’ai eu beau présenter mon diplôme, rien n’y a fait, et je me suis résigné à partir pour la France. J’ai échoué dans cette banlieue en 2003. Vous savez, on parle de l’équivalence des diplômes en Europe, mais au final et la plupart du temps, ce sont davantage les détenteurs de formations françaises qui sont embauchés en priorité ici. J’ai bien essayé de présenter ma candidature à plusieurs hauts postes dans les maisons d’édition et les journaux dotés d’un peu de crédibilité, mais je n’ai abouti à rien. Depuis, je survis en écrivant des articles pour le journal gratuit que les parisiens lisent tous les matins dans le métro. J’ai écris deux ou trois bouquins, aussi, qui m’ont permis de vivre un peu mieux à chaque publication, mais pas des best-sellers. Et voilà où j’en suis. Dans un bus miteux, à fuir un engin nucléaire prêt à tous nous réduire en bouillie, en train de vous parler de ma vie foutue en l’air à cause de ma trop grande tendance à aimer les femmes, y compris celles des autres…

Séquence 19.

Un homme à femme à l’aspect sauvage et viril. On ne peut pas nier que c’est un type qui a de l’allure, et un certain charisme. Il dégage quelque chose de spécial, qui doit certainement plaire au sexe opposé. Le mystère, peut-être, et son allure de beau ténébreux, le tout pimenté à la sauce du tendre salop. C’est un bien étrange mécanisme, qui fait que les femmes sont attirées par ce genre d’homme. Est-ce le symptôme de la tendance générale de l’être humain à aimer l’inconnu, et au-delà, la possibilité de souffrir, et de se complaire dans la douleur ? Nous ne serions tous au fond qu’une bande de masochistes qui dissimulerait sa triste vérité pour se voiler la face et s’imaginer au-delà de ce terrible secret, à un stade évolué, protégé de sa tendance à l’autodestruction ? Je pense tout simplement que l’Homme est un paradoxe. A l’échelle individuelle, il est prêt à tuer pour survivre, il n’a qu’un désir en cas de danger, celui de sauver sa peau. Et a fortiori d’un autre côté, à l’échelle des masses, de la convention et au nom d’une norme à imposer, il ne vise que la destruction de lui-même. On ne peut pas se voiler la face éternellement. Ces hommes qui nous envoient des missiles nucléaires détruisent de l’Homme, une part d’eux-mêmes, et nous autres, victimes de leur folie, de notre folie, allons leur répondre avec le même langage, et poursuivre le boulot à leur place. On va s’entretuer, tout simplement.
C’est là la clef pour tout comprendre : le paradoxe. Le décalage inexorable entre le fond et la forme. Nous ne faisons que nier notre nature profonde, sans plus chercher à lui faire face et à la tenir en échec. C’est précisément ce qui nous conduit à franchir le bord du précipice. Et l’impact promet d’être violent.


Séquence 20.

Lucie effectue un signe en direction Aurore, lui signifiant que c’est à son tour de parler. La jeune femme lui sourit, puis prend la parole :

- Mon prénom d’origine est Laura. Il a été déformé dans les registres en Aurore, par des erreurs d’interprétation. Je ne sais pas grand-chose d’eux, si ce n’est qu’ils étaient vraisemblablement des journalistes américains bénévoles dans une organisation humanitaire en Afrique, et qu’ils ont péri quelques mois après ma naissance pendant une expédition. Pris entre les feux d’une guerre civile fratricide dénuée de sens, entre rebelles et représentants d’un ordre tyrannique. Ils m’avaient laissé sous la garde d’une aide à la base opérationnelle de leur ONG, et j’ai alors été transférée dans un orphelinat aux Etats-Unis. J’ai presque immédiatement été adoptée par nos parents, à Lucie et à moi, et…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase. L’impact est d’une violence fulgurante. Les vitres achèvent de se briser pour les plus intactes, projetant des milliers de petits éclats vers les banquettes. Le bus est ébranlé de toute part, et son armature grince à mesure qu’elle semble se replier sur elle-même. Les passagers sont propulsés dans tous les sens. Lucie serre son bébé près d’elle aussi fort qu’elle peut, malgré la douleur et les chocs qui se multiplient. Un camion de l’envergure de l’autobus est venu s’encastrer sur son côté, coupant court à sa trajectoire, et l’emmène se fracasser contre un large mur de béton. Ce second choc achève d’immobiliser l’engin.

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Zalarzane
Ecrivain
Zalarzane


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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 20:04

Séquence 21.

Nathaniel ose ouvrir les yeux. Il n’a pas perdu connaissance sous le choc. Les bruits de l’extérieur, les cris, le font jaillir de la brève torpeur dans laquelle il s’est glissé instinctivement, par protection. Il sent la douleur qui le tenaille au côté droit, et s’aperçoit qu’il est affaissé sur le portique du conducteur. L’accident a du le propulser sur le métal. Il ferme les yeux sous la douleur, gémit et se redresse avec précaution, jaugeant la fiabilité de ses muscles et de ses os. Une fois stable, l’urgence de la situation lui donne un coup de fouet : il faut fuir, et trouver un autre moyen de locomotion. Il actionne le mécanisme et le portique s’ouvre en grinçant. Il sort, prenant appui sur ses pieds fourmillants, et contourne la barrière métallique. Il observe l’état du bus. A sa gauche, la carcasse forme un V timide, la paroi étant complètement enfoncée. Il peu distinguer à travers ce qu’il reste des vitres le clignotant du camion, donc le conducteur est affalé sur le volant, du sang coulant abondamment de ses tempes. Au milieu de la petite allée centrale, Michelangelo se relève doucement, et Lucie est étendue. Il distingue la tête du bébé qui dépasse de ses bras et l’entend pleurer. Sur les banquettes à sa droite, Aurore se redresse, sonnée, et Audrey, à deux rangs d’elle, se masse les temps. Po, quant à lui, et étendu sur une banquette de gauche, inerte. Pris d’un soudain mauvais pressentiment, il trébuche plus qu’il ne se précipite à son côté, et le secoue.

- Po ! Po, réveille-toi !

Le petit homme ouvre un œil, sa respiration est sifflante. Nathaniel sourit.

- Allez, viens.

Il le soulève avec délicatesse, lui arrache un gémissement, et le soutient en le redressant. Sentant que son oncle sur le point de flancher, il ne le lâche pas.

- Il faut partir d’ici, vite.

Michelangelo est à genoux à côté de la mère du bébé, et la secoue doucement.

- Mademoiselle Mees…

En entendant le nom de famille qui les lie toutes les deux, Aurore surgit de ses sièges, brusquement affolée, et s’approche de sa sœur.

- Lucie…
~Oh, non…~ Songe Nathaniel.

Elle prend le bébé, pour lui donner plus d’air, et Audrey se propose pour le porter. Elle le lui tend, et la sœur de Nathaniel tente de le calmer. Ses pleurs se font plus forts.

- Lucie ?
~C’est inutile…~

Nathaniel ferme les yeux. La poitrine de la femme ne se soulève plus. Elle ne respire plus.

- Lucie !

C’est une pointe de sanglot qui se démarque du ton autoritaire de la jeune femme.

~Elle est morte. Ce type dans son camion l’a tuée.~

Les cris du bébé se joignent au bruit de fond, rajoutant à l’angoisse ambiante. Lorsqu’enfin elle comprend, Aurore laisse couler ses larmes, et secoue sa grande sœur, comme si elle espérait pourvoir la ranimer, malgré l’évidence, malgré l’horreur. Malgré l’irréversibilité de la mort. Michelangelo se relève et posa une main sur son épaule. Audrey, le bébé dans les bras, observe, tétanisée, cette scène qui lui prend aux tripes.

- Nous devons y aller… Répète Nathaniel, un peu plus bas cette fois.

Aurore, le visage déformé par le chagrin, pleure sans se contenir. Elle s’agrippe au corps de celle qu’elle ne peut pas croire éteinte. Michelangelo resserre sa poigne sur son épaule, lui signifiant qu’il faut qu’elle se lève.

- Pas sans elle… Articule-t-elle entre deux sanglots.

Michelangelo la secoue doucement, elle lève les yeux vers lui.

- Non, Aurore… Elle est morte.

Elle le repousse, et crie :

- Non ! Allez-vous-en !
- Ta sœur n’est plus en vie, prononce Nathaniel dans une conviction inébranlable. Le missile arrive, nous devons y aller.

Il ressent la dureté de ses propos, s’en étonne lui-même, mais sait parfaitement que dans une telle situation ils ne peuvent pas perdre de temps. Il comprend la douleur, il éprouve une empathie profonde pour Aurore. Mais il ne connaît pas vraiment Lucie, sa mort ne lui cause donc pas autant de douleur, et ne l’ébranle pas suffisamment. Principalement parce qu’il sait qu’ils risquent tous d’y passer. Aurore tourne la tête vers lui, le visage ruisselant de larmes, et l’observe d’un air étrange :

- C’est de ta faute ! Tu conduisais et tu n’as pas le permis !

C’est de la colère, non plus de la compassion, qui gronde à l’intérieur de Nathaniel. Qu’on lui attribue une mort supplémentaire provoque une réaction malvenue. Il fronce les sourcils, s’approche d’elle en traînant Po, et la gifle. L’action est si absurde que ni Audrey, ni Michelangelo ne réagissent. Posant délicatement Po sur une banquette, Nathaniel s’accroupit à côté de la jeune femme et lui parle en chuchotant, d’une voix aussi douce que sévère :

- Voilà pour te remettre de tes émotions. Maintenant, nous allons y aller et tu vas nous suivre, à moins que tu ne souhaites mourir ici avec elle.

Aurore porte la main à la joue rougie par le coup, et l’observe d’un œil empli de haine.

- Nous emportons son corps… Commence-t-elle.

Nathaniel se relève, récupère Po et déclare, énervé :

- Nous n’emportons rien du tout, nous n’en avons pas le temps. Je suis désolé.

Puis il se dirige vers la sortie et descend les marches. Aurore se relève, les poings serrés, et le suit. Avant de sortir, elle jette un dernier regard à sa sœur. Ses larmes ne cessent pas de couler. Audrey et Michelangelo avance à sa suite. La sœur de Nathaniel, tout en remuant doucement le bébé, observe son oncle avec inquiétude. Po gémit à mesure que Nathaniel s’avance dans l’avenue. C’est l’émeute. Les forces de l’ordre encore assez folles pour s’interposer face aux casseurs se font passer dessus. Des magasins sont pillés. Des voitures, de plus en plus rares, passent à font de train dans la direction opposée à Paris. Le jeune homme enjambe un carré d’herbe séparant la route du site-propre, et entend la voix fébrile de son oncle.

- J’ai mal…
- Qu’est-ce que tu as ?
- J’ai du mal à respirer…

Le sifflement de sa respiration s’est accentué, et il l’entend hoqueter. Il pense qu’une côte s’est brisée et qu’elle a atteint un poumon. Peut-être les deux. Il grimace, et tourne la tête dans tous les sens, à la recherche d’un véhicule libre. Mais il n’en trouve pas. Il est alors pris de panique.

~Et si nous ne trouvions tout simplement plus de moyen de locomotion ?~

Il avait bien songé à prendre le camion, mais en sortant du bus, il avait constaté qu’il était bon à la casse à cause de l’accident. Nathaniel regarde sa montre : 19h23. Il est saisi par l’angoisse. Il avance doucement au milieu du site propre, tourne la tête à droite et à gauche dans l’espoir de distinguer deux phares de bus à l’horizon, mais n’en voit pas. Il jette un coup d’œil aux casseurs. Ceux-ci ne les remarquent pas, ils sont trop occupés à dévaliser les boutiques du centre commercial qui leur fait face. Le pillage. Une vanité qui ne parviendra pas à les sauver. Alors que cette pensée lui traverse l’esprit, une idée en découle presque immédiatement.

~Peut-être qu’une concession se trouve dans ce centre commercial !~

Il se retourne, cherche Michelangelo et lui dit :

- Vous voulez bien prendre mon oncle un instant ?

L’autre le regarde, la main sur son bras blessé, et lui répond d’un ton neutre :

- Pourquoi ?
- Prenez-le ! Répond le jeune homme, agacé.

L’Italien récupère Po, le soutient. L’homme gémit. Nathaniel s’élance vers le groupe d’émeutiers. Audrey le suit du regard. Ce garçon qui est son frère l’affole, l’effraie. Elle ne pensait pas de lui qu’il soit capable d’agir avec tant de distance dans une catastrophe pareille. Et maintenant, elle le voit se jeter au beau milieu d’une meute assoiffée de destruction. Elle se demande ce qu’il peut bien avoir dans la tête. Nathaniel se faufile discrètement derrière des poubelles renversées. Les vandales ne le remarquent pas. Il repart au pas de course et pénètre le centre commercial via une vitrine brisée. Il sent son cœur battre, et le sang tambouriner à ses tempes : il a peur. Peur de croiser un membre isolé en quête de violence, peur de faire face à la douleur et la mort une fois encore. La boutique est un magasin de vêtements, dont la majeure partie des étalage a été éparpillée sur le sol ou dégradée. Il la traverse de long en large, et s’arrête devant le rideau de fer. Il fronce les sourcils.

~Je ne peux pas passer par là.~

Il fouille le local du regard, et ses yeux s’attardent sur la batte de baseball d’un mannequin vêtu à la mode d’un jeune américain. Il s’en empare, et s’approche de la vitrine qui se trouve à côté du rideau métallique. Alors, il entreprend de la frapper frénétiquement. A chaque coup, ses bras subissent l’effet de la résistance, et, peu à peu, ses forces diminuent. Il est obligé de s’arrêter pour récupérer. De précieuses secondes s’écoulent. Revigoré, il reprend son ouvrage. Il s’y reprend à trois fois, sans succès. A la quatrième tentative, alors qu’il est prêt à jeter la batte et à abandonner, il parvient à fissurer le verre à l’endroit de l’impact. Surpris, il donne plus de force à ses coups malgré que ses muscles soient anesthésiés par les crampes, et agrandit les fissures qui parcourent la matière comme animées d’une volonté propre. A bout, le jeune homme assène un dernier coup sur la vitre, et celle-ci cède dans un bruit caractéristique. Des milliers de petits bouts de verre rebondissent sur le sol alors qu’il jette la batte et se couvre le visage. Il s’élance ensuite dans le centre commercial et parcourt chaque allée, l’adrénaline pulsant dans ses veines à mesure qu’il s’aperçoit qu’il ne trouve aucune concession automobile. Il tombe enfin sur un plan des lieux, et s’y précipite. Parcourant la liste des magasins, son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu’il lit : « Concession Toyota ». Imprimant sa mémoire du trajet à parcourir, il repart en sens inverse et emprunte des allées qui se remplissent peu à peu de casseurs qui l’ignorent, pensant probablement qu’il s’agit d’un des leurs. Il espère arriver à temps. Il débouche enfin dans l’allée censée abriter le magasin automobile. Des individus l’ont devancé et ont déjà démoli l’entrée en enfonçant le rideau métallique. Il ne cherche pas à comprendre pourquoi et se précipite à l’intérieur. Ils sont trois, et frappent sur des capots de voiture avec des barres de fer. Il se courbe, passe à l’abri des regards et commence à réfléchir au véhicule idéal.

~Un véhicule rapide mais capable de transporter plusieurs personnes… Nous sommes cinq, et Po a probablement besoin d’espace, donc un simple bolide ne peut pas suffire… Une voiture familiale ? Pas optimale… Un 4x4 ! L’idéal. Tant pis pour l’environnement. De toute façon, le souffle de l’explosion va provoquer bien pire que le CO2 que nous allons consommer.~

Il s’approche d’un Land Cruiser gris métallique et cherche à en ouvrir la portière. Bloquée. Il jure entre ses dents et risque un coup d’œil par-dessus le capot. Les trois individus s’activent avec entrain. Il ne tente même pas de comprendre leur motivation. Il slalome entre d’autres voitures et gagne le plus grand bureau. Il retire une à une les clefs et les badges du tableau accroché au mur derrière le petit bureau, puis repart en sens inverse et regagne le 4x4. Il essaie les badges un par un, en s’activant : les casseurs s’approchent un peu plus à chaque seconde qui passe, et s’ils s’aperçoivent qu’il n’est pas là pour se joindre à eux, mais pour au contraire les gêner, ils risquent de s’en prendre à lui. Lorsqu’il trouve le bon badge, le véhicule émet le bip propre à lui-même, et les portes se déverrouillent. Le son capte l’attention des hommes, qui pressent le pas et abandonnent un bref instant leur ouvrage.

~Merde.~

Nathaniel jette le reste des clefs, ouvre la portière et bondit dans le véhicule. Il s’enferme et verrouille le 4x4. Il s’empare du badge et le passe dans la fente prévue à cet effet. L’intérieur du véhicule s’illumine, il actionne les phares au hasard. Les trois bonhommes s’arrêtent, et le jaugent depuis leur position. Il n’ose appuyer sur l’accélérateur. Il entend l’un deux crier :

- Qu’est-ce que tu fais ?

Il hésite, avant de répondre :

- J’essaie de m’enfuir.

Ils se regardent, puis dans un accord silencieux, l’oublient et se détourne, s’attaquant à la voiture la plus proche.

~Ils sont différents de ceux qui voulaient incendier le bus… Ils sont désorientés, pas encore perdus.~

Laissant-là ses réflexions, il appuie doucement sur l’accélérateur, et contourne autant qu’il le peut la voiture qui lui fait face – arrachant un peu de peinture au passage. Il constate que ce nouvel engin lui procure d’autres sensations de conduite : il n’est pas aussi haut que dans le bus, et la direction assistée lui assure une meilleure maniabilité. Toutefois, il n’éprouve pas la même fluidité de mouvement qu’avec la Mercedes. Malgré le fait qu’il prenne peu à peu de l’assurance avec la conduite. Une assurance toute relative.
Passant par le rideau de métal, il achève de l’enfoncer, et roule à 5km/h dans les allées. Il manque par trois fois de foncer dans un coin de mur, et à la quatrième, brise son phare avant droit en pestant. Il essaie de se repérer, retrouve son chemin. Il donne un coup d’accélérateur dans la dernière ligne droite à laquelle il doit faire face et traverse littéralement les portes en plexiglas verrouillées, gondolant le pare-choc. Il retrouve l’horreur de la rue. Pourtant, il se sent plus apaisé : grâce à ce véhicule, il a encore de l’espoir pour leur survie ; grâce au comportement des casseurs, il a encore de l’espoir pour l’humanité. Sa sortie fracassante semble troubler quelques anarchistes restés à l’extérieur du centre commercial. Nathaniel décide de ne pas attendre leur réaction, et appuie sur l’accélérateur. Il cherche un temps ses compagnons du regard sur le site propre, avant de les repérer. Il franchit le trottoir et atteint le site propre. Il ouvre sa portière d’un geste sec, et, tout en pensant à mettre sa ceinture – geste qui lui a déjà sauvé la vie un peu plus tôt, il crie :

- Montez !


Séquence 22.

Qu’est-ce que se perdre ? Il ne s’agit pas là de définir l’égarement spatial qui se résume tout bonnement à l’éloignement du chemin nécessaire à atteindre une destination donnée. Encore que cette image résume tout à fait le processus qui fait que l’homme se perd de manière spirituelle. A différents degrés, certes, il apparaît que les fous, les psychotiques, les sociopathes, les petits criminels et les marginaux sont perdus. Ils se sont éloignés du chemin tracé par la société, et c’est alors leur part la plus naturelle qui prend le pas sur leur part culturelle. Peu importe comment, que ce soit par une défaillance du système de refoulement, une ambiguïté dans le fonctionnement de parties spécifiques du cerveau, ou encore tout simplement une rupture découlant directement d’un désaccord profond avec le système, volontaire ou non. Ces personnes qui ne sont plus dans le « droit chemin » imposé par l’effet de groupe sont de fait exclues de celui-ci, et l’on essaie de les y ramener par divers moyens plus ou moins connus : isolement pour un temps prolongé dans une prison pour réfléchir au délit, soins dans des centres psychiatriques, ou encore, pire, l’expulsion de leur propre domicile pou ceux qui deviennent incapable de le payer. Il ne convient pas de juger si ces solutions sont les meilleures, mais de s’interroger sur la condition du « droit chemin ». Est-il un impératif à la cohésion du groupe ? Le conformisme est-il la seule « voie sacrée » pour parvenir à exister dans les meilleures circonstances possibles ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives ?
Tout simplement, peut-être faudrait-il davantage s’axer sur les talents personnels de chacun, sur les réelles aspirations individuelles plutôt que sur les désirs artificiels façonnés par le groupe et qui ne conduisent au final qu’à un égoïsme non pas naturel, mais culturel, qui rompt avec la partialité innée. Une partialité qui permettrait alors pour chacun d’agir pour le bien de tous, mais en vue ultime d’obtenir un bien personnel, a contrario de cet égoïsme omniprésent dans nos sociétés modernes, qui ne vise que l’intérêt individuel sans plus jamais faire attention au groupe. Dès lors, les perdus se montreraient peut-être moins nombreux, et tous pourraient parvenir à trouver leur propre « droit chemin ».

Séquence 23.

Le 4x4 avance à bonne allure sur le site propre qui touchera bientôt à sa fin. A l’arrière, Michelangelo maintient Po autant que faire se peu dans une position confortable pour sa blessure interne. Car c’est bien d’une blessure interne qu’il s’agit, le constat ayant été fait qu’il n’avait aucune plaie ouverte. Audrey se tient près de lui, le bébé endormi dans les bras. Elle anxieuse et ne cesse de jeter des regards passant successivement de la route qui défile à na nuque de son frère. Aurore est assise sur le siège passager. Elle aurait préféré se trouver à l’arrière, mais avait dû laisser sa place à la sœur de Nathaniel et aux deux hommes : la première tient à tenir compagnie à son oncle souffrant, et Michelangelo a dû installer Po sur la banquette et l’y accompagner pour ne pas qu’il se blesse davantage. Le moindre mouvement lui arrache un gémissement de douleur.
Nathaniel observe le compteur et constate qu’ils ont franchi la barre des 130km/h. Il parvient à bien maîtriser la vitesse de l’engin, aussi ne songe-t-il pas à ralentir pour le moment. Il jette un coup d’œil furtif à sa montre, qui indique 19h45.

~Ainsi, il reste moins d’une heure.~

Il espère que leurs arrêts répétitifs ne les ont pas trop ralentis. Il ne peut qu’espérer ne plus avoir d’autre obstacle en route. Sa voix s’élève pour demander :

- Aurore, est-ce que tu peux mettre la radio, s’il te plaît ?

Il n’ose pas quitter le volant des mains. La jeune femme le regarde d’un air neutre, et, sans répondre, tend la main vers le petit boitier qui se trouve au milieu du tableau de bord. Elle trouve étonnant une telle requête alors qu’il paraît évident que tous les journalistes ont du quitter les locos de Paris. Avant qu’elle ne puisse appuyer sur le bouton, le jeune homme s’explique :

- Il doit bien y avoir des zones de diffusion annexes. Et ils ont annoncé il y a quelques temps déjà que les locaux de la radio que j’écoute régulièrement avaient été transférés hors de la région parisienne dès les premières menaces sérieuses.

Aurore hausse les épaules et met en marche le petit engin. Il se règle automatiquement sur une fréquence d’informations en continu. Elle est surprise de constater qu’il n’a pas eu tort.

- … des émeutiers sont en ce moment en train de réduire à néant les trésors du patrimoine international dans tout Paris en devançant le missile nucléaire qui s’apprête à fondre sur eux. Alors qu’au même moment à Lyon, le gouvernement tente de statuer en accord avec les autres pays de l’OCDE sur l’éventualité d’une réplique nucléaire de même envergure contre les pays agresseurs, des rassemblements alternatifs manifestent leur désaccord profond avec une telle décision, qui menacerait de détruire tout ce que nous connaissons jusqu’alors…

~Ils évacuent le drame de ce qui se passe ici par ces nouvelles angoissantes. Toujours la même chanson. Et puis… Le gouvernement nous a bien roulés avec ses appels au calme. En tout cas, tous ses membres se situent actuellement bien au chaud à Lyon. Et plus à Matignon ou à l’Elysée.~

Sans cesser de fixer la route, il dit :

- Excuse-moi, pour tout à l’heure. La gifle…

Aurore tourne à nouveau le visage vers le géant blond et tombe son masque de haine. Ses lèvres frémissent et elle laisse à nouveau libre court à ses larmes. Elle plonge son visage dans ses mains et pleure en silence. Elle est encore trop fière pour avouer accepter ses excuses, et ce sentiment contradictoire mêlé à la grande douleur d’avoir perdu sa sœur qui l’accable l’empêche de prononcer le moindre mot. Nathaniel ne dit plus rien, concentré. Il n’essaie pas de voir ce qu’elle fait. Audrey observe son frère. Elle le trouve étrange. Au fond, elle ne le connaît pas du tout. Et les différents événements de la soirée le prouvent complètement.
Le site propre s’achève enfin, par un petit bras de voie qui force Nathaniel à braquer brusquement le volent pour ne pas manger le trottoir. Il rétablit la trajectoire rectiligne du véhicule en évitant de renverser un individu imprudent sur la route. A présent, ils se trouvent sur la voie publique, qui a plus de chance d’être fréquentée. Il s’aperçoit d’ailleurs que plusieurs véhicules le doublent ou illuminent l’arrière du 4x4. Très peu de voitures passent en sens inverse. Par prudence, il ralentit un peu jusqu’aux 120km/h.

- Si tout se passe bien, annonce-t-il, nous ne devrions plus être ralentis. Mais bouclez quand même vos ceintures au cas où.

Tous s’exécutent, hormis l’oncle qui est de plus en plus blême. Nathaniel le voit du coin de l’œil mais ne peut pas se résoudre à l’observer plus longtemps, sachant qu’il ne pourrait pas rester tranquille. A présent, ils doivent continuer, et ne plus jamais se retourner. Sans quoi leur fin est presque assurée. Nathaniel braque son regard angoissé sur la route et se concentre. Maintenant, leur sort est entre les mains de Dieu. Ou plutôt, en fonction du temps que mettra le missile à toucher le sol du Champ de Mars.

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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 20:06

Phase II
Le Pendant

« Aucune culture, aucune religion, aucune civilisation n'est à l'abri de la destruction »
Jacques Ruffié



[Héhé... Rien du tout. La suite n'est pas écrite.]
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Amnael
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 20:19

Houlà, bon euh, ça me coupe l'envie de lire d'en voir autant^^bon j'essaierai de lire tout ça quand l'envie m'en prendra^^

_________________
Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai inventé du début à la fin
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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeVen 31 Déc - 20:21

Essaie de lire au moins le premier post, peut-être que tu auras envie de lire la suite. Les cinq première séquences ne sont pas les plus longues Rolling Eyes
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Eli Wallace
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Eli Wallace


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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeLun 3 Jan - 11:33

j'ai pas eu le temps de tous lire, mais cela à l'air fort intéressant.
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The shadow
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The shadow


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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeMer 12 Jan - 0:47

Remarquable... sincèrement. On ne peut que savourer, même si l'histoire fait peur, et encore j'imagine que ce n'est qu'un début.
Un style et une écriture parfaitement maitrisés, une histoire qui mélange avec subtilité critique, ironie, philosophie et analyse de l'être humain.
Je n'en suis qu'à la séquence 11 mais il me tarde de lire la suite.

La séquence 3 retient particulièrement mon attention, notamment avec cette phrase: "la seule chance de trouver un intérêt à la vie est de se tourner vers le plaisir." cette idée c'est une vague impression que j'avais sans avoir réussi à y mettre des mots dessus, sans avoir cherché non plus à le faire, je l'avoue.
Et la distinction entre les plaisirs sains et malsains, j'adhère totalement; avec un petit bémol quand même pour le plaisir de la chair tongue Contrairement aux autres plaisirs de la catégorie il me semble difficile d'y échapper.

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeMer 2 Fév - 23:47

Navré du retard qu'a pris ma réponse, j'avais pensé à le faire mais ça m'est sorti de l'esprit.

Où en es-tu de ta lecture, Shadow ? =) Si tu as un peu avancé, j'espère que la suite ne t'a pas déçue par rapport à l'idée que tu t'en faisais (c'est un peu l'angoisse que j'avais à propos de ce texte, en fait, de ne pas pouvoir rester aussi prenant jusqu'à la fin).


Dernière édition par Zalarzane le Jeu 3 Fév - 18:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeJeu 3 Fév - 18:56

Amnaël a écrit:
Houlà, bon euh, ça me coupe l'envie de lire d'en voir autant^^bon j'essaierai de lire tout ça quand l'envie m'en prendra^^


Amnaël, si tu pouvais éviter ce genre de messages inutiles! Au pire tu ne dis rien!

Je fais de mon mieux pour lire tout les textes du site. Celui-ci m'a échappé.
Je le lirais dès que possible, c'est-à-dire après le bac blanc.
Je donnerai mon avis.




_________________

Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeJeu 3 Fév - 18:58

Très bien =)
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Amnael
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitimeJeu 10 Fév - 13:55

J'ai pris le temps de lire la 1ère séquence, malheuresement je n'ai pas l'esprit très philosophe ce qui fait que je n'ai pas su apprécier le texte à sa juste valeur.

J'essaierai de lire la suite.

_________________
Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai inventé du début à la fin
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MessageSujet: Re: Destruction Massive   Destruction Massive I_icon_minitime

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