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 Litanies d'une encre

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Mario
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MessageSujet: Litanies d'une encre   Sam 8 Jan - 14:22

Encore un petit texte écrit y'a quelques temps. Je le poste suite à une discussion avec Larzazane, à propos de l'inconnu. Me suis penché sur ce thème après ce poème (en tout cas, ça y ressemble), quoiqu'il aborde d'autres choses.







Litanies d’une encre




« Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable. »





I



Epuiser, faire jouir l’encre dans une fête de mots endiablée…A gig of dreams for a gig of words…On n'a pas assez d’une vie pour fêter jusqu’à l’inconnu.


Je suis une encre qui sèche paresseusement sous la lampe terne du poète, dévouée à éclairer une chambre plongée dans les ténèbres du jour et dans la folie de la nuit. Par ma bave obscure, je peux dans l’instant tout comprendre et tout oublier, apercevoir le soleil en plein brouillard et m’asperger de ses rayons en pleine nuit.
J’offre ma compagnie, mon insomnie à la Lune qui resplendit, éclairée par l’astre du jour. Son maquillage de lumière me travestit et de mon crachat créateur né un spleen entouré de taches de ténèbres. Une valse lente, lente, lente qui de ses pas tapant le ciel me couche, nue et désabusée, sur un papier blême, jauni par les mains moites d’un artiste maudit.
Une encre romantique et sympathique, car la douleur est invisible et indicible.


De la chanson – je mets les mots en musique ; les vers sont une partition.
Tous les compositeurs sont poètes, puisque tous les poètes composent. Je gratte le papier comme on gratte les cordes d’une lyre. Et la mélodie est des mots qui s’envolent dans les airs, parfumant comme une senteur d’herbe chaude d’été les esprits glacés.
Il est des airs immortels, cachés au fin fond de la nature, traqués par de séculaires romantiques. Ces airs éternels sont mots et notes, aube et nuit, absolu et néant. Ils errent de ciel en ciel, s’égarent parmi les étoiles et retournent habiter pour un temps une plume perdue, isolée ; solitude.


« Je travaille à me rendre voyant ». Entourée, inspirée d’orphées d’orfèvre je poursuis le bateau ivre, dans un oubli, une folie des sens ; je vogue – entre tempêtes et repos de l’esprit – vers ce rivage vierge d’airs, de mots : l’inconnu. J’explore ce que l’homme n’a pu toucher, je m’enfonce dans les forêts denses, dangereuses, de la pensée ; et à la manière d’un Crusoé moderne, j’ai comme interlocuteur des poupées de mots, de phrases, de vers, qui sont ce que j’aurai tracé pendant des heures. Mes écrits.


Lubie – Prétention de l’artiste de connaître le monde, de le voir, le ressentir ; de le représenter, enfin. Dans un monde gouverné par la force des ténèbres, tout connaître montre que l’on ignore son ignorance. On s’en tient à la raison par peur de l’abstrait. On s’en tient à l’abstrait par refus, fuite de la raison. Quel fou n’ira jamais au-delà ? Ce monde est fou.




II

Je suis de la Ville. Je suis cette encre qui coule dans les caniveaux où se mélangent la pisse et la bière, les sueurs des soirées citadines. Je roucoule doucement près des ombres des rues ; je chante aux jupes qui passent sous les porches paternels – les talons claquent en titubements pressés. Je suspends parfois mes lignes errantes car le silence résonne dans les avenues noires ; la course folle de mes gouttes repart quand je ne suis plus seule, près des mères faisant renifler leurs mômes aux bruyants feux rouges. Je passe sans comprendre ces gens là ; les joyeuses silhouettes de l’aurore vont croiser le premier bus, celui qui réveille les rues froides. Je crois qu’elles ne dorment jamais, qu’elles s’enivrent d’un bonheur de contrebande…le conducteur pressé leur fait pitié, elles le jalousent – il sait où il va.
Voici l’aurore et son ciel rosé…le lendemain se fait aujourd’hui, la Ville voit sa vie reprendre ou continuer. Les clochards aux doigts de bébé sirotent des biberons de vinaigre sur un banc vert.


Insomnia – Donnons nos nuits à la lune. Dans le silence de la chambre étouffante, les questions s’évaporent en volutes de pensée ; le plafond enfumé a des figures mystiques – on touche du bout de l’âme la béatitude.
La nuit envahit la chambre de l’enfant. Une voix imaginée murmure, amusée, des secrets de blouses bleues tâchées d’encre, d’insouciance, de bonheur. L’enfant tend sa petite main pour s’en aller voir ce qu’il y a derrière le noir, derrière les mots. La fièvre l’emporte au loin, sur une plage lointaine : il joue avec un drapeau blanc qu’il fait onduler sous le vent.
Il renaît sans cesse, il tend la main aux étoiles et voilà en partance, le petit mousse, pour des rêves sans sommeil. Il oublie ces falaises aux milliards de fenêtres gangrénées par les flots. Les souvenirs s’enfuient en grain de sable sous la mer déchaînée.


Je suis aux truies – J’ai partagé le rêve d’un autre homme, sans que le mien l’ait su.
J’ai vu dedans ce qu’il est exactement – un pèlerin qui fait son propre pèlerinage et traîne sur les routes infinies son corps pourrissant. La douleur l’accable et rend à lui-même ce monstre apprivoisé par les siècles. J’ai vu son visage tordu, tuméfié, colérique, crasseux – le plus laid de toute la création. Mais c’est le rêve, l’autre réalité ! Le rêve a la laideur élégante ; son maquillage masque les pires impuretés.
Longtemps j’ai contemplé cet être menteur condamné par ses visions des limbes, ces icônes alarmantes enfouies vivantes sous le marbre. J’ai attendu une sagesse nouvelle qui n’est jamais venue : il a en lui la profondeur de l’idiot et la vivacité des bêtes.
J’ai été dans une ville inondée par des nuages de feu et de pluies de boue. Le ciel chutait à l’infini, une mer de minutes engloutissait tous les monuments. Et comme elle était immensément peuplée, un rire immense résonna au-dessus de la ville.
Dans un petit morceau de songe, les rues tintinnabulaient entre des murs gigantesques – la belle vie rougissait dans l’ombre de la lumière. Des Erynnies sans visages faisaient boire aux hommes scoliotiques de gargantuesques bocks remplis de cadavres phtisiques, larmoyants dans la blancheur glaciale du cocktail.
Alors les étoiles chutèrent à leur tour pour se donner aux premiers perdus. Dieu était la Couleur, et les couleurs étaient de nos réalités.


Voici le matin aux bleuités douces
Qui lèvent l’âme et habillent le nu
J’ai partagé le rêve de tous
Sans que mon rêve l’ait su.


III



“A word is dead, when it is said
Some say
I say just begins to live
That day”



Promesse de la promise – J’ai juré de lui montrer l’enfer. Il en a peur, je le sais, il a peur de se découvrir lui-même livré aux insupportables flammes de la réalité. Alors, quand nous atteignons le fond du gouffre, j’entends un rire affreux venir de lui. Il se transforme en méchant garçon, il me raille, il me pointe du doigt, il me méprise tandis que je pleure dans ma robe blanche. L’enfer l’effraie, je ne sais jamais pourquoi il en rit autant, de ce rire affreux d’où tombe le désespoir. Il se fait bouffon, crieur public maquillé comme un Auguste bouffé par la peur – en errance.
Je le suis au sol de l’abime, et je voudrais prier. Y-a-t-il une autre vie possible ? Dieu ! Libérez mon homme des barreaux de la déraison, montrez-lui les nuages où naissent les Anges. Dieu ! Dévoilez l’entendement de toute leur innocence ! Parce qu’il est infiniment seul, il ne voit que des armées de chérubins fusiller l’homme de leur bonté. C’en est trop pour lui, je le sais ! Son rire immonde résonne fort, il monte comme une bulle d’air du fond du monde. Je suis tout au bout du gouffre, et je voudrais prier. Mais je le suis ! Je le suis, ou j’en mourrai ! On se brûle ensemble à des farceurs aux charmes fous qui nous font suer des pensées nouvelles, à des visionnaires aux paupières closes baignés dans la postérité.
- Il devient un maestro de fantaisie, plus garagiste que baudelairien ! Il fixe son œil malicieux sur les difformités ; il marche parmi les réalités irréelles en tuant peu à peu son âme dans un grand éclat de rire. Et tandis qu’il s’enivre et s’enfuit dans les maelstroms étoilés, il me laisse toute seule dans le silence. Je ne sais plus pourquoi je suis au monde. J’ai peur de ne jamais le voir revenir ; je rêve de ses yeux posés sur mes lignes et mes courbes, j’aime quand il me caresse du bout des doigts en me faisant chanter. Les sonorités sont mes baisers d’amoureuse.
Je finis par m’effondrer et renaître entre ses doigts – l’amour, comme toutes nos richesses, est tâché de sang et porte les rides de la mort. Il me sourit et murmure d’une voix éteinte : « nous sommes le décor de l’Histoire ! », son rire affreux le reprend ; je voudrais prier.
Voilà que la fièvre devient trop forte, nous remontons à la surface. Il émerge doucement, mon noyé, avec des rides au coin des pensées. Il me regarde en tremblant, blême alors qu’il boit ses gouttes de feu, les larmes du soleil, pour calmer son rire dégoûtant. Et quand il s’endort, j’entends respirer les rêves de mon vieillard de vingt ans.
J’attends le jour, son réveil, avec la crainte terrible de son départ. Même si je sens en lui le diable, l’homme méchant et doux, il est à moi, il me le faut ! Je veux continuer de baver sur ses feuilles meurtries mon or noir – ça nous tuera un jour et je recommencerai avec un autre comme lui. Ce sera de nouveau la nuit de la mariée et du condamné à mort.





IV



Dites-moi, mes belles âmes, ma beauté.
Nul miroir ne me convient, je ne sais pas me regarder. Je ne peux voir que ce monde qui se donne et s'abandonne à ma griffe trempée. Et plus je l'observe, plus mon reflet apparaît, se fixe sur le ciel bleuté, devenant clair parmi l'indigo parsemé de nuages rosés. J'aperçois mon visage nageant dans ces immenses écumes, et je hurle de peur, retenant à peine un rire de démence quand mon cri se perd dans la plénitude.
Je sens tous mes membres gémir dans le son qui s'élève, aigu et perdu aux océans célestes. La feuille se met à grincer, à remuer de toutes ses forces. Elle veut me faire saigner, ne plus entendre ce que j'ai à dire, me voir couler en-dehors d'elle. Elle ne veut plus se déchirer de surprise à mon déchirement de femme meurtrie par la folie.
Je ne suis pas née pour ça. Je porte en moi la colère, la rage, la violence, le goût du meurtre et le plaisir du sang. Quand je cours sur la cime du monde, maudissant les nuées, je me délecte des corps éventrés : les hommes s'assassinent et se déforment dans des danses difformes, improbables, frénétiques. Ils s'en vont violer les femmes dans des râles de sueur. J'attends les cous tranchés, les gosses pendus, les silhouettes brûlées et les vagabonds battus, désossés, couverts du crachat des foules. Je salive de la puissance et de l'action, portées jusqu'au bout de l'enfer. Tous mes plaisirs se déclinent jusqu'à l'orgasme, ce cri de damné que je pousse à la Lune, jusqu'au rêve. Je danse avec les milliards de squelettes quand les mortels, ces suceurs de sang, font pleurer les étoiles de rouges hurlements silencieux.




V


Sophisticated music. Je m'arrête un instant de vivre, prête une oreille attentive, dégoulinante sur une musique bien plus pure que la mienne. Le sentiment occupe le corps, c'est un son solitaire, un vers qui erre sur un air de trompette. Enveloppée dans une encre sonore, la mélodie coule en gouttes de note et remonte le ciel. Elle s'évapore en fins liserés pour totalement disparaître en échos gommés.
La vie reprend son rythme monotone, fade et blanche ; j'essaye de capter sur le papier les mots de cette partition, en vain, sur un air de trompette.



A propos de celui qui Habite - Il est régent d'un pays lointain, où les dunes sont le dortoir de nos rêves. Longtemps il vécut dans le sublime, l’opulence, l'abondance, tout ce qui est semblable à l'éphémère ; des peintures, des meubles, des murs et des hommes. Maintenant il règne seul, commandant aux ruines de sa citadelle dorée. Tous ses sujets sont morts, exilés ou tués selon sa volonté. Personne ne viendra plus le critiquer ou l'attaquer, hélas. De peur de s'entendre condamner la vie qu'il tient encore du bout de son désespoir, sa voix s'est tue, ensevelie par ses propres échos. Il traîne sa noble carcasse ensoleillée dans les immenses galeries glacées où il contemple à loisir ses milliers de reflets. Autant de divinités humaines qu'il ne supporte pas plus que lui-même. Alors ses pas le poussent sous les splendeurs des dernières peintures flatteuses qui ont tapissé sa vie.
La nuit, quand il se renfrogne dans ses draps rêches, nu comme un nouveau-né, il entend parfois des voix parvenir jusqu'à lui. Elles sont faibles et murmurent qu'elles l'aiment, avant de disparaître dans le silence de l'éternité. Le jour se lève toujours tardivement, à son zénith, le Roi se reconnaît dans tout ce qui brille. Il voudrait appeler à l'aide, mais il n'admet que ce qui brille. Il pense qu'il finira par mourir, à force de crier contre son alter-ego trônant plus haut que lui, Celui qui ne cesse d’étinceler sur le monde. Mais il repose son masque sur son visage vidé, son masque d'or, son masque de mort.
Deux yeux bleus envieux contemplent depuis la fenêtre d'une tour les dunes battues par le vent, le dortoir de nos rêves.



Souvent je crus être malade. On me couchait prestement dans des draps de mots aussi froids qu'un lit de mort. Je frissonnais, cherchant quelconque chaleur, sentant mon chant s'étouffer sous la sueur du virus des lignes. Il n'y avait pas un docteur pour me soulager de ces maux ; quelques remèdes fugaces me guérissaient pour mieux me faire chuter. J'aurais voulu en finir dès le premier instant où naquit cette malédiction. Or, la chose m'était impossible, il fallait rester malade mais vivace, une viciée à jamais bien portante.

Moi, l'insane, le poison, il m'est arrivé de séduire le mauvais patient, le malade imaginaire aux proses de rien, aux strophes lentes et rampantes pleines de la salive bavante du premier séducteur. On m'a privé de ma beauté, leurs venins marécageux se sont trop souvent mêlés à mon souffle humide et mort, pour faire cracher ma bile jusqu'à la lie.






VI




J'attends patiemment, la goutte pendante, qu'il trouve sa propre voie, sa nouvelle mer, une respiration saccadée sur le drap blanc où il me couche. Il la cherche, dans une traque énergique, désespérée, tout le jour et surtout la nuit, toujours en veille, les yeux tournés vers les étoiles aux promesses de terminus. Je suis l'arme de ce chasseur romantique, et sa plus belle proie. Il me tient contre son corps en me visant, lorsque je fuis sans cesse vers lui.
Nous finirons cette partie de chasse en duel dans un fossé boueux. Il se sentira seul à monde, perdu dans un puits de terre ; je serai sa seule lumière, celle qui l'attire pour mieux le faire couler. Nous pleurerons son espoir perdu et les encres que j'aurais abandonnées, les petites insouciantes et les aguicheuses sans écrin. Lui, rêveur de l'inconnu, m'a voulu comme un idéal. Il me désirera encore, dans l'éternité de sa plume, tandis que sa bouche envahie par la boue recrache, tousse, s'étouffe dans ses derniers hauts-le cœur. Il le sait, maintenant, je ne me livre jamais ainsi ; il faut vouloir se noyer , frôler la lumière derrière l'inconscience, puis ressortir la tête de ce monde en le trouvant d'une beauté indicible.
Il dira que je lui fais peur, alors que je demeure la proie que l'on chasse seulement pour l'empailler et l'accrocher aux murs des corridors orgueilleux. Qu'il me suive de par son monde : j'attends qu'il m'abatte, m'arrête en pleine course, en pleine fugue sur le chemin sinueux de l'inconnu. Il saura ensuite quoi faire ; dans ses yeux, je ne suis pas un trophée ou une récompense, je suis simplement la proie qu'il guette et qu'il touchera de ses mots.
Quand son regard se posera sur mon corps vif et frêle, entre deux feuillages balancés par le vent des vers, je ne serai plus la proie. Il deviendra celui qui me nourrit, la faible créature solitaire qui frémira au moindre de mes rugissements. Il sursautera en entendant le plus silencieux de mes pas doux. Je serai le prédateur, et ma chasse durera jusqu'à l'épuisement final. D'un coup de crocs pointilleux, tout sera fini, et je me serai repue, une fois de plus, du chasseur d'encre.





En perdition. L'école des pères a éduqué les fils pendant les siècles, tous savent penser avec la rigueur enseignante de la marge rouge, des grands carreaux bleus, de la première interligne indigo couverte de lignes noires, petites turbulentes tâchées d'insouciance. La date pour chaque leçon, soulignée respectueusement, un alinéa, et le savoir fait son entrée officielle.
A la fin de ces leçons des pères, les fils récitent par cœur, sans trop de fautes, sans trop comprendre, ce qu'on leur a appris. Ils le récitent tellement bien que l'encre devient ancre véritable. Quand la sonnerie retentit, tout est noté, classé, rangé, et on ferme la porte du savoir. On pense que tout s'arrête à ce moment précis, on attend le lendemain pour reprendre ce chemin clair et tranquille. Ainsi les jours ne sont qu'une répétition de la découverte.
Il arrive qu'un fils, dans l'école des pères, se dégage de ces leçons d'histoire. Il récite l'ancien et fait le nouveau. Il écrit ce qui est pensé depuis des mondes avant lui, il s'ennuie de la postérité passée dans les manuels. Il lui faut davantage – un dépassement des lignes droites pour accéder aux farandoles noires du rêve. Atteindre l'inédit, sans oublier les leçons des pères.
Son œil pétillant se ternit rapidement, car là où il vogue, il n'y a plus de lignes, plus de savoir ; il n'y a rien à lire, à penser, à réciter. Qu'un champ entièrement blanc qu'il faut semer pour le cultiver à la force de l'esprit. Il n'y a plus de marge ni de carreaux, uniquement une mer immaculée qui attend la violente tempête, l'ouragan des mots. Que la houle de l'encre soit déchaînée et engloutisse les meilleurs navires. Tout est à faire, à refaire, encore et encore, dans le secret, dans la patience ; dans la volonté, enfin. Cela vaut déjà une larme fatiguée – sitôt suivie par la première goutte noire traçant la première lettre d'un nouvel alphabet.


La moisson des morts affame les vivants.
L'homme maudit son passé
Ces vies qui l'élèvent sans lui dire où aller.





Et si je n'étais pas noire ? Me préférait-on si j'étais rousse, rouge, bleue, ou même verte ? Ce que j'aurais à dire serait si différent de ce que j'écris de ma salive d'ébène ? Puis-je seulement, simplement essayer d'écrire en une autre couleur ? Est-ce à ma portée, est-ce possible pour une telle encre ? J'ai peur que mes courbes de vénus noire n'apparaissent différemment à l'œil attentif qui lit mon âme. Moi, l'encre comme des yeux qu'on ferme doucement, puis-je dire que je suis en réalité la violette la plus profonde, la rouge la plus pourpre, la verte la plus poète, la bleue la plus absolue ?

Entendrait-on encore mon cri enragé, lorsqu'on me fixe en silence ?




VII





Les Pas du Pantin – Sur un tréteau de nuages tonitruants s’agite l’homme vivant ; l’homme malade.
Il demande, les paumes plaquées sur les tempes douloureuses et les oreilles ruisselantes de sang, que tout bruit cesse de lui parvenir. Les doigts de bois agrippent le crâne fiévreux à chaque soubresaut des yeux roulant des orbites suppliciées. Tenu par des cordes chauffées à blanc, en toiles d’araignées, prisonnier parmi le silence, il erre sur les chemins éventés du continent ciel. Les fils brûlants rejoignent la peau en clous de fer enfoncés cruellement dans la chair du chêne. Pénétrant la sève, ils ont heurté, dans des déglutissements mécaniques, son âme déchirée.
Errance démente du démon crucifié. Il ne sait plus s’il avance ou si on le fait avancer – courtisan du supplice. L’écorce du corps s’étire quand il s’éloigne de lui-même, mais il sent à peine sa laisse de chien quand il suit ce qu’il doit suivre. Ce Christ du néant continue sa danse dans un ciel au crépuscule achevé ; les fils chaleureux deviennent des toiles de buvard, aspirant la nuit d’une ronde blancheur.
La Mécanique du Mal poursuit son mouvement, dans une danse de douleur : dans la nuit aux pointes scintillantes, on entend un rire vainqueur s’enivrer de tous les rêves qui s’échappent des sommeils naïfs. Il avale avidement pour ne plus jamais chuter.
Au petit matin, on retrouvera le corps pendu au rose doucereux. Il se balancera au gré des réveils ahuris et des vents du monde. La musique reprendra sans lui, en un bal de pendus.






VIII




Il est tout à fait possible qu’il me renomme par la possession. Je ne suis maîtresse de rien tout en croyant diriger ses doigts d’encre. Avec un autre nom, resterais-je moi-même ?
Carnets d’Angelica.



Le génie n’est pas dans l’œuvre, mais dans le mouvement de l’œuvre. La marche est créatrice, non pas dans la contemplation, mais dans le seul fait de marcher. L’important n’est pas le terminus, mais toujours le voyage effectué.




Le lac des Signes.
Je suis dévouée à la dénonciation. On m’invoque, parfois jusqu’à l’incantation, grande dame aux grands airs ; parfois pour me détruire comme une traînée d’encre de caniveau.
Ma place est dans le grand monde, sans distinction. Je frappe à toutes les portes pour m’abreuver de la comédie humaine la plus raffinée. Lorsque l’homme se joue à jamais de l’homme, prétextant un rire lucide.
Je vais parmi les conversations, tenant entre mes mains blanches une coupe du meilleur des vins, une liqueur de vérités. J’assiste, amusée, au marché noir mondain des sentiments. Comptable dans la fantaisie, j’accumule, avare de silences, les non-dits et les joues rougies. Je contemple les vitrines avec délectation quand je devine ce qui est caché derrière, ce qui demeure invisible. Tous semblent et se rassemblent, camouflant, dans un oubli complice, les cachots de la nuit et des nécessités. On se montre libre ; on parle peu des barreaux. Ma délation pose sa signature entre ces deux geôliers.
Quand ma coupe se tarit, je vais valser – au milieu des entrechats des êtres faux.




La réalité impériale ne laissera jamais vivre la fantaisie. Comme un maître doit tuer son mauvais disciple, elle la tuera lentement, à force de résignation. Elle surveille trop sa cour pour la laisser aller sur des chemins inconnus. Elle se fera assassine, cruelle lame paisiblement, bien paisiblement impassible.
Il est possible que je ne sois qu’un hasard. Ma seule certitude, c’est que je n’en suis pas une. La fantaisie, à ces mots véritables, viendra en compassion.
Dans le relief de mon iris vous verrez une folle fumée de flammes de fête – brûlantes au cœur de l’esprit – former un volcan éternel aux éruptions de vivre.



IX


Le siècle vivant a fini d’assassiner, de ses tricoteuses régulières, le poète du Moi. La nouvelle heure, instable, déroule en quatre-sept des vers nouveaux, des vers de progrès. La poésie n’est plus du cœur, de l’âme, ou n’importe quel endroit berceau de l’inspiration. La poésie naît de chaque pigment de peau, qu’elle soit de la surface ou du revers du corps. Ver et rime s’enfuient loin du sentiment pour se retrouver parmi les milliards de refuges du monde sensible ; le monde inné en parole innée.


Par-delà l’éther sans oiseau.
L’Imagination, seule, ne suffit pas. N’encadrant l’homme que dans les réalités détournées, déconstruites à partir du réel, sa construction se retrouve même dans l’irréel formé de réalités. Cela suffit-il à l’évasion voulue ? Les hommes n’ont eu de cesse que de vouloir se libérer du réel, sa rigueur, son cours ordonné, cela par un réel modifié, rendu volontairement, à base de réalités, illogique et fou. Illusions, et illusion d’évasion.
La fantaisie n’a pas pour but le rêve en brassage de réalités. Contraire à l’évasion, elle s’enferme dans la liberté de la création mûrie. Sans laisser aller l’esprit au non-sens, elle affirme, elle revendique le non-sens encadré comme une peinture uniquement faite de points de fuite. Aller, entre les premiers navires lancés hors des pays sur la carte, vers une liberté sans mirages réels.



X



Irma au miroir – J’entrevois le futur des passants démembrés, perdant leurs bras métalliques quand crissent leurs dents de cuivre les unes contre les autres. Ils avancent, semblables aux serpents, en symphonie de sifflements mécaniques, qui roulent les r comme des roues sur le sable. Leurs yeux parcourent l’orbite comme un avion survole le monde ; des traînées de rêves derrière eux se parfument de crépuscules pour sentir la rosée du matin. Des ruisseaux avilis passent sous les ronces de la ville, tous tenus en laisse par un cadran automatique, dictateur et bourreau. Les épines s’accrochent dans la chair et l’étirent jusqu’à la mort.
Une femme des îles passe nonchalamment sur sa chaise à porteurs que portent six des femmes qu’elle fut. Derrière, jetant ses excréments à des chiens à tête d’homme, son fils gras mange une glace de nuages de jazz. Il se rit de la masse rampante sans cesse humiliée, et plus il rit plus les charognards mangent. Plus il rit plus les charognards se confondent dans les charniers. Un rire ressemblant à un fouet qui claque, un raclement graisseux.
On appelle cette femme comme on veut, mais il ne faut pas dire que nous sommes son fils.



Histoire d’un nefandum.
Le soir voit les ivresses âmées se libérer, un temps. Il prend les allures de crèche, de purgatoire – retour de l’insouciance. Celui-là, naguère le plus digne, chante des comptines quand le liquide ramène de ses doigts en sueur le souvenir, l’innocence – nostalgie utérine. Paradis artificiel retrouvé.
Ainsi se dévoile le visage de ce monde rempli d’enfants qui, le soir venu, descendent les verres pour abaisser les masques.
Une encre ne s’intéresse pas à l’enfant en costume d’adulte. Je veux l’homme mature, responsable ; l’homme grandi par le réel, le comprenant sans l’accepter et le vivant – pleinement – sans le regretter. Je ne partage ma couche de papier qu’avec celui qui sait dire, chanter, et sait faire aimer l’apprentissage jusqu’à la maturité définitive – à tous les autres. Il apparait écrivain à la postérité, poète fameux, philosophe remarquable ou simplement grand homme, car il est allé plus loin que l’enfance.
Alors, messieurs mesdames, bas les masques. Vos visages de bébé, cachés derrière les rides, le maquillage et la barbe de trois jours, se dévoilent ; criminels et cachotiers, quand il vous suffit de vivre ; d’insouciance.



XI



Les âmes apeurées tiennent en tremblant, entre leurs mains frêles, des cartes de piété froissées par la coutume. Frénétiques, folles en sueurs, délirantes, elles semblent danser d’après une transe répétitive, une incantation livide frôlant du mot l’injonction. Sauvez-moi ! SAUVEZ-MOI ! crient-elles en sanglots retenus jusqu’à l’étouffement noyé. L’icône regarde tendrement le visage poreux d’effroi ; elle lui offre le sourire de la Mère, une diagonale de compassion qui traverse le vide pour le combler. Le long du couloir molletonné, ces âmes contemplent toujours les cartes de piété, les ongles enfoncés dans les murs qui poussent des sourdes plaintes. SAUVEZ-NOUS ! Sauvez-nous ! De la lumière enfonce le verre des hublots, à chaque cri ; continuellement résonnent les frictions d’une centaine de mâchoires semblables à des claquements de porte. L’image sourit tendrement aux dents cassées, ravagées par la parole.
Le noir revient briller ; alors la compassion, désarticulée, sourit comme le démon au banquet du Bien.



Boudoir Encrier – La beauté nonchalamment allongée sur les coussins du vers réclame la gnôle & l’orage, l’éventail andalou & mes lèvres en confiseries. Est-ce possible d’attendrir si joliment une encre pourtant ridée de traits fous, habituée au papier étoilé ? Je me délecte de sa confiture de sourires confits ; ma langue de plume aspire tout le sucre, pensées échappées du rêve, comme si j’allais mourir au prochain point. Je meurs vraiment, je m’étrange à ma vie entre les draps que j’ai noircis : je sens poindre en moi des feux d’artifice liquides qui se déroulent vers mes altitudes ; il me dévoile l’escalier, l’escalier hors de moi, avec moi, l’escalier de l’extase, à quelques explosions de bonheur, à quelques marches, immenses & lumineuses, volant vers la divinité ; poétique de l’amour tout près du Soleil, non loin de la tombe d’Icare.



Le jour de grand vent de la longue histoire. L’entre-deux noyé d’espérance ; se croire dans l’esprit d’un possédé couvrant ses passions à grands coups d’engeances débiles. On décria encore là-bas les idées d’un vieux fou croyant bien faire, mais les mots ne donnent que l’idée générale, l’opinion courante d’un point sur le monde, perdu au temps – les autres ont tout ignoré de ce qu’ils ont connu.

Plan fixe, on fige tout d’un regard, âme & revolver.





XII



Des scaphandriers marchent de leurs pas le plus lent, le moins fatiguant. Le plus lourd de leur pas semble durer une infinité sans cesse recommencée. La tenue est partout similaire : en armure et en vitre, afin d’éviter les coups, les blessures issus de la communication avec le monde. Tout contact avec chaque parcelle de réalité est évité, proscrit et redouté. Personne n’est à l’abri d’une décompression soudaine, un accident lors d’une remontée trop brusque.
Dans les scaphandres remplis de larmes, l’homme poursuit sa lente errance sur la Terre ; sans vouloir voir dans sa chair le réel abyssal.


Les baves de la pensée, charriées jusqu’au cœur, éclatent l’abcès d’un pauvre indécent rongé par une nuit sans fin.



La roue du vélo tourne toute la journée. Il cherche à se perfectionner, il veut se montrer tel qu’il souhaite être : puissant, musclé, attirant, visible. La masculinité liée à la tyrannie sociale de l’apparence ne se salit pas les mains : il se donne lui-même le fouet. La machine tourne dans une pièce blanche, où résonne les révolutions des mouvements de roue. Plus l’écho est fort, plus la perfection se rapproche. Ainsi le sportif se grandit dans la pièce vide d’un appartement silencieux. Il fixe sans ciller sa montre, une horloge, un réveil et des milliers comme eux qui tapissent la pièce pour rythmer la vacuité absurde qui échappe à toutes les conventions rassurantes. La roue tourne de plus en plus vite, et commence à crisser ; à chaque coup de jambe frappé en chœur avec les aiguilles, une ride supplémentaire trace un calendrier sur la peau.
Il va encore rouler dans les airs, jusqu’à ce que la mécanique se casse. L’appartement sera mis en vente et un couple occupera la pièce aux aiguilles désertes des montres invisibles.


- N’entendez-vous pas les immortels claquant des dents, métamorphosés d’envies de vivre ! Parce qu’ils sont fous, fous…fous ! Fous d’être sans rien sentir ! et le vaste masque de l’indicible et univers ne s’applique pas à eux – une figure, qu’importe (et qu’emporte) l’air.
L’essence finit par les tuer aux yeux des disparus.




Opuscule : Bestiaire d’images



Sur les bancs de pierre près du rivage des rêves,
balayé par des vents en verre et contre tous,
j'écrirai un jour à l'aube l'histoire de Louise Delombes.

Dans le creux silencieux
des vagues opheliannes
de la mer des lunes,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes

Dans les pas de deux des pas de danses des astres en choeur,
un corail des lagunes éthérées contre ma bouche,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes.

Perdu aux nuées, écailles noires
striées d'éclairs au serpentissime ciel,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes

Au fond d'une liqueur de couleurs,
enivré d'oeils d'arc-en-ciel et de bulles de laudanum,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes

Quand un soleil rose baignera le mood
indigo dans la douceur de l'être,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes

Au sein des aiguilles aux tridents coureurs,
quand l'instant, sous une pluie multicolore de fols flocons,
s'arrêtera pour s'errer dans les rues sales du temps,
là j'écrirai l'histoire de Louise Delombe

Sur les briques des murs de l'école éventée
par la fantaisie, les yeux pleins de couleurs inconnues,
l'âme ivre de nuages en bémol,
j'écrirai l'histoire de Louise Delombes


Dernière édition par Mario le Jeu 27 Sep - 23:08, édité 29 fois
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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Sam 8 Jan - 15:35

Mario a écrit:
Litanies d’une encre



« Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable. »

lol! Sans cesse à mes côtés s'agite le **** ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l'avale et le sens qui brûle, l'appendice
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable. lol!

Bref... On sent tout à fait que tu es conscient de ne pas tout à fait maîtriser ta plume, que tu as l'impression de ne pas savoir si c'est toi qui écrit ou si tout te vient comme ça, comme sur un plateau. Tu le décris presque =)

Quelques répétitions, toutefois. Mais ça a dû être nécessaire.
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The shadow
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Sam 8 Jan - 22:48

Un point de vue original Smile


Citation :
On s’en tient à la raison par peur de l’abstrait.

J'aime cette phrase et c'est une idée à laquelle j'adhère (d'ailleurs j'ai un texte où j'y développe cette idée, à paraitre...)

T'aurais pu continuer le poème, on reste sur sa faim.

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Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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rastagogo
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Dim 9 Jan - 11:34

C'est vrai que le poème est vraiment très beau !

Il est court, et on souhaiterait sincèrement découvrir une suite Very Happy
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 14 Jan - 19:30

Je ne saurais faire de remarques constructives, je ne le puis pas, pas après avoir lu ce poème, qui, de tout le sang de ses veines, m'a...

Zut c'est la crise de la communication en moi, j'aurais mieux fait de ne pas commencer cette phrase, et laisser trois petit points lumineux sur le noir lacunaire. ...
Maintenant je suis condamné à la finir:

... embarqué sur sa longue péniche navigant sur les mots et visitant comme Bruges, les visages irradiant des maison-émotion.

Et là, échec, je suis le seul à me comprendre. ^^ (Déjà faut connaitre Bruges...)

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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Sam 15 Jan - 2:17

Je connais avec le film Bon baiser(s) de Bruges, une sorte de petite Venise en Belgique (film joliment réalisé sur le plan esthétique).

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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Sam 15 Jan - 12:47

Oui je l'ai vu aussi, il beau, mais je m'inspire plutôt d'une visite que Gudule et moi avons fait de la Belgique et donc d'une balade en bateau, au milieu de maisons de Bruges.

(Délire à part) pour Gudule : la margrinoù sas trouvf

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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 18 Jan - 12:39

Voilà, voilà, deux nouvelles parties rajoutées aux litanies. Depuis le début je savais que j'écrirai une ou plusieurs suites, mais je n'avais jamais repris ce texte...c'est désormais chose faite.


Il y a maintenant trois ans d'écart entre la partie une et les deux autres. C'est donc normal si le style est un peu différent...
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 1 Fév - 22:58

Il est temps.

II

Citation :
les joyeuses silhouettes de l’aurore vont croiser le premier bus, celui qui réveille les rues froides. Je crois qu’elles ne dorment jamais, qu’elles s’enivrent d’un bonheur de contrebande…le conducteur pressé leur fait pitié, elles le jalousent – il sait où il va.

=> confus. Les silhouettes de l'aurore ne dorment jamais, ont un bonheur de contrebande, c'est tellement... lyrique que c'en incompréhensible. Outch. Non mais je suis sérieux, j'ai pas compris, là. Ensuite, pitié et jalousie ne font pas bon ménage, enfin il me semble, sauf si c'est voulu et que je suis à côté de la plaque, mais ce serait normal puisque, je le rappelle, la poésie, même prosaïque, me laisse de marbre, et tu le sais... Enfin "il sait où il va" suppose que les joyeuses silhouettes de l'aube ne le savent pas. C'est là la perdition de l'humanité ? *émote gogole*

Citation :
La nuit envahit la chambre de l’enfant. Une voix imaginée murmure, amusée, des secrets de blouses bleues tâchées d’encre, d’insouciance, de bonheur.

Spoiler:
 

Citation :
J’ai vu dedans ce qu’il est exactement – un pèlerin qui fait son propre pèlerinage et traîne sur les routes infinies son corps pourrissant. La douleur l’accable et rend à lui-même ce monstre apprivoisé par les siècles. J’ai vu son visage tordu, tuméfié, colérique, crasseux – le plus laid de toute la création. Mais c’est le rêve, l’autre réalité ! Le rêve a la laideur élégante ; son maquillage masque les pires impuretés.
Longtemps j’ai contemplé cet être menteur condamné par ses visions des limbes, ces icônes alarmantes enfouies vivantes sous le marbre. J’ai attendu une sagesse nouvelle qui n’est jamais venue : il a en lui la profondeur de l’idiot et la vivacité des bêtes.

Je ne sais pas pourquoi je pense à Hérode quand je lis ça. Hérode, pas Hérodote. Ceci n'est pas une blague.

Citation :
Dieu était la Couleur, et les couleurs étaient de nos réalités.

king

Transition II à III: j'ai comme l'impression que ces deux parties sont un peu biographiques, tu passes de l'enfance à tes 20 ans, c'est voulu, je suppose.

III

Promesse de la Promise me fait penser à Hank et Hors... non ? Même si la compagne est l'encre, l'image qui m'apparaît à l'esprit c'est celle-là.
Thème de la Farce, j'aurais pu reconnaître l'auteur du texte sans qu'on me l'ait dit au préalable x) Ce qui m'étonne, c'est le fait que l'encre invoque Dieu, et mon étonnement va te paraître plus clair avec ce qui vient.

Citation :
J’ai peur de ne jamais le voir revenir [...] J’attends le jour, son réveil, avec la crainte terrible de son départ.

=> cette crainte n'est-elle pas secrètement la tienne, de perdre ce qui te permet de coucher sur papier ce que tu ressens sans plus jamais le retrouver ?
Du coup, tu saisis mieux ? Si la crainte de l'encre est la tienne, lorsqu'elle invoque Dieu, c'est toi qui le fait. Et c'est ennuyeux.

Citation :
« nous sommes le décor de l’Histoire ! »

Non, nous sommes l'Histoire. Et ceux qui font l'Histoire, les acteurs, façonnent le peuple. Pas question de décor, mais de participation. Mais on en a déjà parlé.

Citation :
mon vieillard de vingt ans.

Onanisme ? x)

Inutile de relever ce qui est bien. Si ça l'était, les médias nous serviraient autre chose que les 7 plaies d'Egypte tous les soirs à 20h *émote gogole*
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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mer 2 Fév - 1:29

Ah, mon cher ami, il te manque les visions de l'aube parisienne, les sorties des bars et les rues chantantes, tu comprendrais ce que sont les silhouettes de l'aurore et où vont les âmes ivres qui ne le savent même pas. Elles vont dormir pour recommencer leurs journées, leurs semaines, tout simplement. Voilà la grande perdition de l'humanité. Mais je m'égare, et pas seulement d'Austerlitz. *fuit*


Citation :

Transition II à III: j'ai comme l'impression que ces deux parties sont un peu biographiques, tu passes de l'enfance à tes 20 ans, c'est voulu, je suppose.


Là tu es à côté de la plaque, vraiment. La seule partie biographique, c'est celle du "pantin", et encore. Les autres sont venues comme ça, sans que j'y fasse vraiment attention.


Sur la Promesse de la promise, tu essayes de me faire dire ce que je n'ai pas écrit. Tu tentes de prendre une phrase pour conclure sur autre chose. Le procédé n'est pas terrible, et s'avère évidemment faux.
J'ai nettement séparée l'encre de son époux, et je l'ai rendue perdue, affaiblie, désorientée, avec nul autre choix que Dieu, seul confort possible. La difficulté pour moi fut justement de la faire prier Dieu, alors que je suis farouchement athée. Je savais que ça pouvait prêter à confusion, pourtant il n'y a pas lieu de confondre.
Par contre, la peur de perdre l'imagination peut tout à fait se justifier, même si ce n'est pas le sujet. Prends le problème différemment : c'est l'encre qui a peur de perdre celui qui la fait exister. Ce n'est pas l'écrivain qui a peur de perdre son inspiration, mais l'inspiration qui a peur de perdre l'écrivain. Qu'a dit l'encre de Rimbaud quand il a tout arrêté, à ton avis ? Je pense qu'elle est encore en train de pleurer ce voleur de feu à la lyre aux chants de fer...
(N.B par ailleurs cette partie est largement inspirée par la Saison en enfer de Rimbaud)


Sur l'Histoire, on en a déjà parlé, oui, et nous sommes très opposés sur le sujet. Ne commençons pas ici, ou alors dans la partie débat.


J'ai pas compris l'onanisme, mais vu ton esprit vicié, je m'attends à tout Rolling Eyes
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Zalarzane
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mer 2 Fév - 19:57

Mon esprit vicié te dit bonjour. Pour rester poli king

Bref, ouais... Mais tu vois, le fait que ce que j'ai relevé te sois venu sans y penser, ça confirme mon premier commentaire au sujet de Litanies d'une encre... Même si c'est un peu plus travaillé, il reste ce petit truc spécifique à une plume qu'on laisse aller toute seule sur le papier.

Je ne sais pas trop si tu écris toujours comme ça ou si tu travailles tes autres textes, en tout cas en ce qui me concerne, c'est presque toujours du premier jet.
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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 17 Mai - 19:14

Partie IV ajoutée à la suite, la V va suivre sous peu

edit. Partie V ajoutée.
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mer 15 Juin - 16:00

Partie VI ajoutée.
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 24 Juin - 1:39

Enfin lu d'un trait.
Y a tellement d'images que j'avoue perdre par instant le sens de certains passages. Mais j'admire la technique et la facilité avec laquelle tu semble enchainer les images.


J'aime particulièrement ce paragraphe qui parle de la création, de l'écriture:
Son œil pétillant se ternit rapidement, car là où il vogue, il n'y a plus de lignes, plus de savoir ; il n'y a rien à lire, à penser, à réciter. Qu'un champ entièrement blanc qu'il faut semer pour le cultiver à la force de l'esprit. Il n'y a plus de marge ni de carreaux, uniquement une mer immaculée qui attend la violente tempête, l'ouragan des mots. Que la houle de l'encre soit déchaînée et engloutisse les meilleurs navires. Tout est à faire, à refaire, encore et encore, dans le secret, dans la patience ; dans la volonté, enfin. Cela vaut déjà une larme fatiguée – sitôt suivie par la première goutte noire traçant la première lettre d'un nouvel alphabet.


Je crois avoir relevé une petite erreur, partie VI, cinquième ligne:
Il se sentira seul à monde, perdu dans un puits de terre
je te laisse éditer si c'est bien "seul au monde" que tu voulais dire.


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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Lun 27 Juin - 16:32

A quel(s) moment(s), exactement, es-tu perdu ? Ça me chiffonne d'entendre ça...
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The shadow
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Lun 27 Juin - 19:15

Bon, après relecture voici les passages qui restent obscurs.



Insomnia – Donnons nos nuits à la lune. Dans le silence de la chambre étouffante, les questions s’évaporent en volutes de pensée ; le plafond enfumé a des figures mystiques – on touche du bout de l’âme la béatitude.
La nuit envahit la chambre de l’enfant. Une voix imaginée murmure, amusée, des secrets de blouses bleues tâchées d’encre, d’insouciance, de bonheur. L’enfant tend sa petite main pour s’en aller voir ce qu’il y a derrière le noir, derrière les mots. La fièvre l’emporte au loin, sur une plage lointaine : il joue avec un drapeau blanc qu’il fait onduler sous le vent.
Il renaît sans cesse, il tend la main aux étoiles et voilà en partance, le petit mousse, pour des rêves sans sommeil. Il oublie ces falaises aux milliards de fenêtres gangrénées par les flots. Les souvenirs s’enfuient en grain de sable sous la mer déchaînée.


Je ne comprends pas tellement le lien entre ce passage et ce qu'il y avait récemment. Quel rapport entre l'enfant et l'encre ?


Promesse de la promise – J’ai juré de lui montrer l’enfer. Il en a peur, je le sais, il a peur de se découvrir lui-même livré aux insupportables flammes de la réalité. Alors, quand nous atteignons le fond du gouffre, j’entends un rire affreux venir de lui. Il se transforme en méchant garçon, il me raille, il me pointe du doigt, il me méprise tandis que je pleure dans ma robe blanche. L’enfer l’effraie, je ne sais jamais pourquoi il en rit autant, de ce rire affreux d’où tombe le désespoir. Il se fait bouffon, crieur public maquillé comme un Auguste bouffé par la peur – en errance.

Là j'ai du mal, pourquoi l'encre a t elle juré de montrer l'enfer à celui qu'elle admire ? celui dont elle est même amoureuse.


Je le suis au sol de l’abime, et je voudrais prier. Y-a-t-il une autre vie possible ? Dieu ! Libérez mon homme des barreaux de la déraison, montrez-lui les nuages où naissent les Anges. Dieu ! Dévoilez l’entendement de toute leur innocence ! Parce qu’il est infiniment seul, il ne voit que des armées de chérubins fusiller l’homme de leur bonté. C’en est trop pour lui, je le sais ! Son rire immonde résonne fort, il monte comme une bulle d’air du fond du monde. Je suis tout au bout du gouffre, et je voudrais prier. Mais je le suis ! Je le suis, ou j’en mourrai ! On se brûle ensemble à des farceurs aux charmes fous qui nous font suer des pensées nouvelles, à des visionnaires aux paupières closes baignés dans la postérité.

Le passage en gras m'est particulièrement obscur.



A propos de celui qui Habite - Il est régent d'un pays lointain, où les dunes sont le dortoir de nos rêves. Longtemps il vécut dans le sublime, l’opulence, l'abondance, tout ce qui est semblable à l'éphémère ; des peintures, des meubles, des murs et des hommes. Maintenant il règne seul, commandant aux ruines de sa citadelle dorée. Tous ses sujets sont morts, exilés ou tués selon sa volonté. Personne ne viendra plus le critiquer ou l'attaquer, hélas. De peur de s'entendre condamner la vie qu'il tient encore du bout de son désespoir, sa voix s'est tue, ensevelie par ses propres échos. Il traîne sa noble carcasse ensoleillée dans les immenses galeries glacées où il contemple à loisir ses milliers de reflets. Autant de divinités humaines qu'il ne supporte pas plus que lui-même. Alors ses pas le poussent sous les splendeurs des dernières peintures flatteuses qui ont tapissé sa vie.
La nuit, quand il se renfrogne dans ses draps rêches, nu comme un nouveau-né, il entend parfois des voix parvenir jusqu'à lui. Elles sont faibles et murmurent qu'elles l'aiment, avant de disparaître dans le silence de l'éternité. Le jour se lève toujours tardivement, à son zénith, le Roi se reconnaît dans tout ce qui brille. Il voudrait appeler à l'aide, mais il n'admet que ce qui brille. Il pense qu'il finira par mourir, à force de crier contre son alter-ego trônant plus haut que lui, Celui qui ne cesse d’étinceler sur le monde. Mais il repose son masque sur son visage vidé, son masque d'or, son masque de mort.
Deux yeux bleus envieux contemplent depuis la fenêtre d'une tour les dunes battues par le vent, le dortoir de nos rêves.



Ce passage je comprends pas quel est son rapport avec le reste du texte, il me semble hors sujet, je ne comprends pas de qui on parle.




Moi, l'insane, le poison, il m'est arrivé de séduire le mauvais patient, le malade imaginaire aux proses de rien, aux strophes lentes et rampantes pleines de la salive bavante du premier séducteur. On m'a privé de ma beauté, leurs venins marécageux se sont trop souvent mêlés à mon souffle humide et mort, pour faire cracher ma bile jusqu'à la lie.

VI


J'attends patiemment, la goutte pendante, qu'il trouve sa propre voie, sa nouvelle mer, une respiration saccadée sur le drap blanc où il me couche. Il la cherche, dans une traque énergique, désespérée, tout le jour et surtout la nuit, toujours en veille, les yeux tournés vers les étoiles aux promesses de terminus. Je suis l'arme de ce chasseur romantique, et sa plus belle proie. Il me tient contre son corps en me visant, lorsque je fuis sans cesse vers lui.



Parle t'on toujours (malgré le changement de chapitre) du "malade imaginaire aux proses de rien" ? (quand tu dis "qu'il trouve sa propre voie")


Il me tient contre son corps en me visant, lorsque je fuis sans cesse vers lui.

Cette phrase est aussi jolie qu'elle m'est incompréhensible. Mais ça c'est pas très gênant. Y a d'autres images du genre dans ton texte que je n'ai pas relevé.



Nous finirons cette partie de chasse en duel dans un fossé boueux. Il se sentira seul à monde, perdu dans un puits de terre ; je serai sa seule lumière, celle qui l'attire pour mieux le faire couler. Nous pleurerons son espoir perdu et les encres que j'aurais abandonnées, les petites insouciantes et les aguicheuses sans écrin. Lui, rêveur de l'inconnu, m'a voulu comme un idéal. Il me désirera encore, dans l'éternité de sa plume, tandis que sa bouche envahie par la boue recrache, tousse, s'étouffe dans ses derniers hauts-le cœur. Il le sait, maintenant, je ne me livre jamais ainsi ; il faut vouloir se noyer , frôler la lumière derrière l'inconscience, puis ressortir la tête de ce monde en le trouvant d'une beauté indicible.

Je ne me livre jamais ainsi,
Ainsi ? ça fait référence à quoi ?



Voilà, même si le sens m'échappe parfois je n'en suis pas moins impressionné et ça reste plaisant (le mot est faible) à lire.
Le style me fait d'ailleurs penser à Maldoror, cette façon de partir sur une idée, de la développer jusqu'à la suivante croisée au fil des pensées et de la développer à son tour.

Après je sais pas si c'est moi qui manque de références pour comprendre totalement ton texte, ou si c'est toi qui écris plus pour toi même que pour un éventuel lecteur.


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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 28 Juin - 2:07

*Sort de sa douche glacée*

Bien, on y voit déjà plus clair. Débroussaillons tout ça, alors. C'parti !



Premier point, tout d'abord. J'écris ce que je veux. Derrière cette phrase qui est agressive sans l'être se camoufle le fait que je prends la liberté d'écrire sur n'importe quoi, si je trouve que ça rentre dans "l'ambiance", l'atmosphère colorée des lieux. A savoir ici les litanies. Pourquoi un enfant, pourquoi quelqu'un qui Habite ? Quel rapport avec le texte ? (Je résume quelques questions, là).

Un enfant, et pourquoi pas ? L'encre n'est pas temporelle, et elle peut tout à fait parler d'un enfant, ou d'un homme qui Habite, puisqu'elle n'est pas non plus spatiale, voire même partiale. Surtout, elle n'est pas concentrée uniquement sur la relation écriture/écrivain. Elle tournerait en rond rapidement, et ce n'est simplement pas ce que je veux mettre dans le texte. L'encre dépasse l'écrivain elle-même et va trouver ses propres images. Il n'y a pas que l'écrivain qui se donne, il y a tout l'univers.

Aussi, les litanies ne sont pas un texte, mais des fragments séparées en partie. Rien ne se suit, aucun rapport entre les paragraphes. Seulement des thèmes globaux qui apparaissent ici et là.




Citation :

Là j'ai du mal, pourquoi l'encre a t elle juré de montrer l'enfer à celui qu'elle admire ? celui dont elle est même amoureuse.

Avec un peu de """"romantisme"""", on pourrait dire que la réponse est contenue dans la question. J'pense plutôt que tout le texte tend à décrire cette relation particulière, justement.




Citation :

Mais je le suis ! Je le suis, ou j’en mourrai ! On se brûle ensemble à des farceurs aux charmes fous qui nous font suer des pensées nouvelles, à des visionnaires aux paupières closes baignés dans la postérité.

Les farceurs visionnaires ? Ce sont les écrivains, les philosophes, les musiciens. Les influences qui peuvent exister, les penseurs uniques, les écrivains géniaux - et c'est subjectif. Ça m'apparait souvent comme une brûlure, une flamme pourpre qui lèche l'esprit. L'encre suit ce sentiment, à chaque lecture, la découverte, l'assimilation d'une pensée, qui en fait naître d'autres.






Citation :
Parle t'on toujours (malgré le changement de chapitre) du "malade imaginaire aux proses de rien" ? (quand tu dis "qu'il trouve sa propre voie")

Ben, comme dit ci-dessus, c'est des fragments présentés en partie. Rien à voir, donc. Je pensais que c'était clair que ce n'était pas un texte suivi, mais apparemment non.





Citation :

Citation :
Il me tient contre son corps en me visant, lorsque je fuis sans cesse vers lui.

Cette phrase est aussi jolie qu'elle m'est incompréhensible. Mais ça c'est pas très gênant. Y a d'autres images du genre dans ton texte que je n'ai pas relevé.


Moui, c'est une de mes gamineries. L'impossibilité liée à ce point dans la phrase me plaisait. C'est opposé, avec un petit non-sens qui m'a séduit. Désolé désolé.



Citation :

Je ne me livre jamais ainsi,
Ainsi ? ça fait référence à quoi ?

Ça fait référence à la facilité avec l'encre peut se rendre. Hum...je reconnais que le sens que j'ai voulu donner à ainsi est peut-être compliqué à voir. C'est...un ainsi comme des bras ouverts, un accueil chaleureux. Pas vraiment de références directes au texte, du coup.




Enfin, c'est possible pour les références. J'ai pas mal d'influences diverses, éparses, enfouies, et qui remontent comme ça, sans prévenir. Quant à savoir pour qui écrire, je l'avoue, j'écris avant tout pour moi, il me semble l'avoir dit parfois dans les litanies. Mais, un texte est aussi fait pour être diffusé, l'écriture est là pour être partagée, je peux donc dire que j'écris avant tout pour moi, et surtout pour un éventuel lecteur.
Cela étant, tu connais mes buts d'écriture (du moins, l'une des facettes importantes), et ça m'étonne que tu demandes ça, mon cher Fumseck. tongue



Bon, quatrain de Rimbaud pour finir, je l'avais en tête et en boucle en marchant.


Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour
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The shadow
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 28 Juin - 12:57

Merci pour ces précisions. Je crois que j'ai trop cherché la logique là où l'encre ne demande qu'à emporter l'éventuel lecteur dans son univers irréel.

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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mer 23 Nov - 12:52

Ajout des parties VII et VIII.
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 29 Nov - 13:41

Pfou...

J'ai lu ce que je n'avais pas encore lu des tes Litanies. La fantaisie, c'est comme la poésie: j'ai du mal. Le dernier paragraphe est pour moi bien trop métaphorique, on s'y perd, c'est long. Attention, je ne remets pas en cause la qualité de ton écriture. Tu sais très bien ce que j'en pense, tu fais tout sauf de la merde, et de loin.

Mais peut-être que si tu raccourcissais certains passage, on pourrait mieux s'y retrouver... Je prends la fin:

Citation :
Dans le relief de mon iris vous verrez une folle fumée de flammes de fête – brûlantes au cœur de l’esprit – former un volcan éternel aux éruptions de vivre.


Après avoir lu le reste du paragraphe, je me suis demandé: " cette phrase a-t-elle une fin ? A-t-elle seulement un sens ? " Et je suis bien conscient que tout est dans l'image, mais Mario, il faut que tu me dises ce que tu entends par une "éruption de vivre".

D'un autre côté, c'est un texte qui s'adresse avant tout à la subjectivité du lecteur, en tout cas j'espère. Il y a pas longtemps, tu le sais, je suis allé voir de l'art contemporain, et il se trouve que je me suis trouvé aussi perplexe devant ces nouvelles Litanies que devant certaines oeuvres de l'exposition. Mais encore une fois, ça vient sûrement de moi, qui ne suis déjà pas très ouvert à la poésie en général...

Du reste, j'ai remarqué un, deux passages dans lesquels la petite encre se plaît à apparenter l'oeuvre de l'auteur au génie... Razz La qualité de la forme - et sans doute du fond, qui me demeure inaccessible - pourrait peut-être le justifier. Mais nous sommes tous des génies, dès lors que nous sommes en fac.
Hermiooone ! I love you

Pour finir, sache que j'aime quand même. Ce serait mentir de dire que tout est totalement incohérent et nul. D'ailleurs, rien n'est nul, quasi-tout est bien écrit.

C'est ce que j'avais à en dire, peut-être que tu vas pouvoir m'éclairer !
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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 29 Nov - 13:50

Merci d'avoir pris le temps de relire. Tu sais que j'attends toujours ton avis avec impatience.




Zalarzane a écrit:


Citation :
Dans le relief de mon iris vous verrez une folle fumée de flammes de fête – brûlantes au cœur de l’esprit – former un volcan éternel aux éruptions de vivre.


Après avoir lu le reste du paragraphe, je me suis demandé: " cette phrase a-t-elle une fin ? A-t-elle seulement un sens ? " Et je suis bien conscient que tout est dans l'image, mais Mario, il faut que tu me dises ce que tu entends par une "éruption de vivre".


Je suis d'accord avec la longueur de la phrase, j'ai pourtant essayé de la rythmer pour faire passer la pilule. Concernant les éruptions de vivre, le sens me parait net. La vie qui se projette telles des éruptions volcaniques, incontrôlables et magnifiques - dangereuses, aussi.



Zalarzane a écrit:
Il y a pas longtemps, tu le sais, je suis allé voir de l'art contemporain, et il se trouve que je me suis trouvé aussi perplexe devant ces nouvelles Litanies que devant certaines oeuvres de l'exposition. Mais encore une fois, ça vient sûrement de moi, qui ne suis déjà pas très ouvert à la poésie en général...



Comparer ça à l'art comptant pour rien, j'suis quand même un peu vexé. Surtout que je n'ai pas la prétention de faire de l'art.
Et tu n'as rien compris aux toiles de ton musée car tu n'es pas un artisse *sourire idiot*



Zalarzane a écrit:
Du reste, j'ai remarqué un, deux passages dans lesquels la petite encre se plaît à apparenter l'oeuvre de l'auteur au génie...


Mais j'suis un génie, bien sûr !
Ahem, plus sérieusement, ce sont les Litanies d'une Encre. J'écris souvent en m'imaginant que c'est la même encre pour tous les auteurs, que ce soit Balzac, Shakespeare, ou Anna Gavalda. Je crois savoir de quelles parties tu fais mention, mais dans ce cas là, ça désigne surtout un autre que moi, ça désigne tous les auteurs. J'ai voulu écrire les Litanies d'une Encre universelle, qui a été celle de Rimbaud et qui est encore celle de Houellebecq...y'a plus d'auteurs vraiment concernés par cette encre. J'essaye, par là, d'arriver à un de mes buts que je me fixe depuis que j'ai commencé à écrire : trouver une écriture dépersonnalisée, impersonnelle (je ne dirai pas désincarnée, mais l'idée est là). L'idée m'est venue lorsque j'ai songé à un futur d'écrivain, quand je voulais sortir un livre sans mon nom dessus, le livre d'une encre, simplement (c'est encore un projet s'il m'arrive de sortir une bouse).
Dès lors, tu as peut-être noté les génies, mais tu as dû oublier les écrivains ratés dont l'encre fait aussi mention.



J'espère avoir répondu à tes interrogations. Avada In'ch Allah !
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Euphémia
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Mar 29 Nov - 21:20

J'ai lu mais je ne me suis pas imprégnée à fond de tes textes encrés, l'écriture c'est comme une œuvre symphonique , il ne faut pas être dérangé par les bruits extérieurs qui déconcentrent, on apprécie ainsi beaucoup moins bien l'œuvre.
Alors patience, je repasserai mais continue à faire couler ton encre, elle m'est sympathique Smile
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Lun 23 Jan - 19:38

J'ai enfin lu tes litanies d'une encre. D'une traite, sans arrêt ni coupure, comme pour garder en vie l'harmonie de la gestuelle textuelle, de la danse lexicale.
J'ai rêvé.
Je me lancerais peut-être dans un commentaire plus précis, si l'occasion et le temps s'y prête.
Merci de nous avoir fait partagé ton texte.

_________________

Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 2 Mar - 1:56

Ajout des parties IX et X.
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The shadow
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 2 Mar - 23:32

Je ne sais pas si bon signe ou non mais je croyais que le texte avait déjà touché à sa fin.
Je le voyais bien finir sur "Dans le relief de mon iris vous verrez une folle fumée de flammes de fête – brûlantes au cœur de l’esprit – former un volcan éternel aux éruptions de vivre. "
Je voyais bien le message final, un appel à profiter de l'instant, de l'inattendu et des détails dont sont fait nos existences.

En tout cas le prolongement du texte est une agréable surprise.
Je commenterais. Pour l'instant je laisse murir ma réflexion.


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Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Mario
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 2 Mar - 23:33

Les litanies n'ont pas de fin prévue.
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The shadow
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Ven 2 Mar - 23:37

J'avoue que je n'y avais pas pensé, mais cela ne me surprend pas tellement. J'ai même l'intuition de la logique.

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Litanies d'une encre   Jeu 27 Sep - 22:05

Ajout de deux nouvelles parties, et du premier Bestiaire d'images.



Les passages en italique sont de Deedlit.
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