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 Anthologie

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Henri de Walrins
Ecrivain
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MessageSujet: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:33

Citation :
Avant tout, une réponse a la question "pourquoi ce titre". A mes yeux, parce que ces textes/cette suite de texte, assez proche je l'espère, des nouvelles, se veut comme une variation autour d'un thème (que je vous laisse trouver).
Ensuite, un avertissement. Ne vous attendez pas a trouver des jolies histoires, avec des poney qui pètent des arc en ciel et des bisounours à foison, sous ma plume. Si vous êtes choqués rapidement, si vous n'avez aucune accointance avec certaines peintures (très?) sombres de notre monde, passez votre chemin, certains textes étant volontairement "dérangeants".

En vous remerciant de votre lecture (et si vous trouvez qu'un autre lieu serait plus adéquat, faites signes/déplacez)

H

Récapitulatif des textes

-Un homme si bien
-Nankin (accord parental indispensable)
-Au cirque
-Ce doux visage
-Daguerréotype
-Une Confession
-Le Temps des Troubles


Un homme si bien

Une chape de plomb s’était abattue sur la ville depuis quelques semaines déjà. Là où se trouvait la folie enivrée des bars, l’excitation des boîtes de nuit, ne restait plus qu’une sensation palpable de peur. Un maniaque, quelque part, se baladait en liberté, et plusieurs femmes s’étaient déjà retrouvées sous son couperet. Violées, égorgées, voire pire. Il n’en avait pas fallu plus pour que la presse commence à faire ses choux gras sur un descendant de Jack l’éventreur, et pour que les policiers s’arrachent les cheveux à chercher qui pouvait être ce sadique qui les tenait encore en échec.

Cette nuit là était particulière. Un brouillard sinistre s’était installé en plus du silence glacial, seul élément qui ne semblait pas effrayé par le tueur, et toutes les rues et ruelles de la ville s’étaient remplies en un temps record d’une brume pâle et livide. Quiconque doué en météorologie aurait impliqué ce phénomène à la proximité de la rivière, qui coupait la ville en deux, mais les rares fous encore dehors n’étaient ou pas, ou plus en état d’arriver à ce genre d’observation. La seule conclusion qui s’imposait à tous, c’était que l’ambiance était particulièrement de mise pour une mise en scène macabre et scabreuse, comme dans un vieux film en noir et blanc.

Une forme blonde, cependant, semblait inconsciente du danger qui rodait, ou croyait en sa bonne étoile pour la protéger des mauvaises rencontres. Elle aurait pu encore plus forcer le destin, et commencer à fredonner l’antre du roi sous la montagne, mais un semblant de décence, ou peut être de peur, l’empêchait de fanfaronner à sa guise en ce soir sinistre. Et puis, elle avait l’impression que quelqu’un l’observait.
Pressant l’allure, elle crut entendre un pas distinct derrière le claquement sonore de ses talons. Elle accéléra encore, courant aussi vite que lui permettait sa petite jupe et ses escarpins, mais toujours, derrière elle, elle sentait une forme sombre qui suait la violence et le vice. Et qui était bien décidée à ne pas la laisser filer.

Elle courut, courut, tournant au hasard, regardant plus derrière elle que devant, mais elle n’y voyait rien. Les lueurs blafardes des lampadaires peinaient à éclairer plus loin que les ampoules elles-mêmes, et sa route était pavée de nuit. Soudain, alors qu’elle commençait à se sentir défaillir, elle se heurta violemment contre quelque chose. Ou quelqu’un, vu la consistance. Elle eut à peine le temps de pousser un début de hurlement qu’une main énorme lui obstrua la bouche.
Ils étaient trois, trois jeunes hommes visiblement ivres, et qui même sobres n’auraient pas été de bonne fréquentation. Sans doute avaient-ils songé à commettre quelques larcins en profitant des éléments, mais hommes comme femmes avaient déserté les rues de la ville, et ils devaient rentrer chez eux, bredouilles, quand le ciel leur avait envoyé cet ange blond. Rapidement, leurs intentions firent jour clairement. Ils avaient une proie de choix, dont ils pourraient profiter longuement, avant de l’abandonner comme une énième victime du tueur du crépuscule.

Un homme avait tout vu. D’un recoin de la ruelle, et malgré les ténèbres ambiantes, il avait remarqué, et surtout entendu, la femme. La mauvaise compagnie, bien que cachée dans l’obscurité, ne faisait aucun doute, et le danger était palpable. Pourtant, pourtant… Il ne se sentait pas d’abandonner celle qui l’avait rapidement frôlée tout à l’heure aux mains de sinistres individus.
Il avait eu, longtemps avant, des bases dans la manière de se battre, et il priait de toutes ses forces en s’avançant vers les plaintes étouffées de la malheureuse que ces reliquats fussent suffisants pour se débarrasser du ou des agresseurs. Il ne fut, en tout cas, pas le plus surpris du lot quand il arriva sur les trois hommes et la jeune femme. Ceux-ci, en effet, la ceinturaient fermement, et l’un d’eux avait déjà abaissé sa braguette dans l’optique de se payer sur la bête. Promptement, cependant, il fut arrêté par un coup de poing à la base du crâne, qui le laissa plus étonné que sonné.

La femme sentit une poigne ferme se refermer sur sa main tandis qu’un souffle, une présence, venait à son secours. Rapidement, elle se cramponna à cette forme qu’elle n’arrivait pas à distinguer clairement, et calqua son pas sur le sien. Les trois autres, en effet, s’étaient déjà lancés à leur poursuite, et leurs vociférations se répercutaient en écho sur les murs des ruelles de la ville obscure. Soudain, après deux, cinq ou peut être dix minutes de course effrénée, l’homme et la femme débouchèrent dans un lieu plus large. C’était une place, tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Le salut, sans doute, vu que la brume était ici plus ténue que dans le reste de la cité. Ou alors l’enfer, car les trois voyous les avaient finalement rattrapés.

Un rictus bien visible passa sur le visage de celui qui avait été frappé. Non pas que sa blessure le fasse souffrir, mais quelqu’un avait mis à mal son autorité. En face, l’homme, presque résigné, tentait tant bien que mal de faire obstacle entre la blonde et ses agresseurs. Enfin, quel obstacle, vu qu’il venait de voir briller à la flamme incane des réverbères la lame glacée d’un couteau. Il y aurait donc, ce soir, encore une femme attribuée au fantôme des nuits de la ville, et un héros anonyme de plus au panthéon des bons idiots. Mais, alors que tout semblait désormais perdu, l’arrivée d’une forme sombre providentielle sema le trouble parmi mes assaillants. Une voiture, une victoire deus ex machina, comme dans les plus mauvaises pièces de théâtre. Tandis que les trois autres s’enfuyaient, l’homme fit tout son possible pour convaincre le chauffeur de les charger, lui et la damoiselle, afin de les conduire le plus vite possible en lieu sûr.

Les néons livides du poste de police distillaient une lumière sale, réfléchie par un linoléum hors d’âge, mais en cela rassurante qu’elle émanait d’une autorité sans doute dévouée à la protection du public. L’homme et la femme profitèrent de cette soudaine clarté pour s’observer, se juger, chose qu’ils n’avaient pu faire avant, alors même qu’ils avaient été côte à côte plus d’une heure durant.
Il n’aurait pas su dire s'il devait la qualifier de ronde ou de généreuse. En tout cas, ses formes, rehaussées par un petit ensemble noir, faisaient d’elle l’équivalent d’un canon ancien de beauté. Son visage simple et clair, couronné d’une cascade de cheveux blonds cendrés, seuls éléments qu’il avait pu distinguer clairement dans la nuit, étaient sertis de deux yeux d’une couleur étrange, peut-être vairons, et soulignés d’une bouche amarante. La peur résiduelle qui se lisait encore dans ses trais achevait de la faire paraître belle mais décalée, comme une version adulte et moderne d’un petit chaperon rouge perdu dans la ville.

Elle, de son coté, avait trouvé un adjectif pour le qualifier assez vite. Banal. Il n’était ni réellement grand, ni vraiment mince, vêtu de vêtements bien coupés mais qui soulignaient son côté ordinaire. Sa forme de visage, sa couleur de cheveux entre le brun et le noir. Tout semblait dire qu’il était quelqu’un qui ne faisait pas de vagues, un énième monsieur tout le monde. Cependant, quelque chose dans son aura, et dans l’intensité de son regard, l’intriguait. Malgré toute la normalité qu’il voulait se donner, elle ressentait comme une onde animale, forte et musquée émanant de lui. Comme s’il était lui-même à la fois un fauve, et la cage qui le contenait.

Un préposé les appela l’un après l’autre. Longuement, l’homme puis la femme décrivirent ce qu’ils avaient vu, ou pu voir, c'est-à-dire presque rien. Les ténèbres avaient en effet couvert tous leurs agresseurs, et les rares éléments qu’ils avaient pu distinguer, en fin de soirée, étaient noyés sous des trombes de peur et de sentiments mêlés. Avec un soupir de dépit, le policier enregistra les deux dépositions, et dressa par écrit un portrait robot sommaire de jeunes hommes sans visages. Curieux, tout de même, il demanda à l’homme les raisons de sa présence seule, une nuit de brouillard, alors que les rues n’étaient pas sûres. Calmement, l’autre s’expliqua, ce qui sembla convaincre, ou du moins endormir, le greffier.

D’un geste, enfin, un policier leur fit signe de quitter le hall désert du poste. Leur devoir était fait, ils étaient libres, la nuit de cauchemar finissait. Sortant sous un soleil sale de début de matinée, l’homme et la femme se sourirent d’une manière un peu raide, comme pour se remercier. Avant de se quitter, et de retourner chacun dans son coin à sa petite vie morne, l’homme glissa une carte à sa partenaire d’infortune. Si elle voulait, qui sait, parler, prendre un café ou ressortir de nuit en risquant moins de désagréments, elle pourrait toujours l’appeler.

Quatre jours passèrent, entrecoupés par deux soirs sans lune particulièrement mortifères. A l’aube du cinquième jour, alors qu’un nouveau cadavre s’étalait en première page de toute la presse, l’homme reçu un appel fort attendu. Elle.
Elle commençait à tétaniser, seule dans son coin, se sentant épiée tout le jour et toute la nuit durant. Elle pressentait, ou du moins supposait, que le tueur la voulait elle, particulièrement, et essayerait de se rattraper tôt ou tard sur ce qu’il n’avait pas pu faire lorsqu’elle lui avait échappé. Et, naturellement, elle avait repris contact avec quelqu’un qui avait su la protéger, comme un père peut-être. Ravis, bien qu’il essaya du mieux possible de cacher son contentement face au désarroi de la jeune femme, il parla longtemps avec elle pour la rassurer, avant de convenir carrément d’une rencontre autour d’un café, chargée de dissiper ses dernières craintes.

Y avait-il eu réellement un rendez vous pour un café ? Ni lui, ni elle, ne pouvait réellement le dire. Ho, de ce breuvage noir avait bien dû être avalé en début d’après midi, mais rapidement, la conversation avait éclipsé tout besoin de boisson. Elle, intarissable, avait enchaîné de ses problèmes actuels à sa vie de tous les jours, sollicitée il est vrai par des demandes d’aiguillage d’un auditeur visiblement suspendu à ses lèvres. Lui n’avait pas eu trop à donner de sa personne, bien qu’il se soit employé régulièrement à se mettre en avant de la manière la plus positive et la plus discrète possible. Le résultat était là : à la fin de l’après midi, il était devenu l’homme providentiel pour elle, et elle se rua dans ses avances quand il proposa de transformer l’essai ailleurs.

Les jours, les semaines qui suivirent, se firent plus calmes pour la blonde. L’homme se montrait d’un naturel attentionné, toujours à l’écoute de ses plus infimes attentions, pensant d’abord à elle qu’à lui. Il semblait, de son côté, particulièrement ravis d’une telle évolution, et elle aurait pu jurer avoir entendu sa bête intérieure ronronner d’aise quand elle se blottissait dans ses bras en fin de soirée, avide d’amour et de protection.
Parallèlement, les nuits de la ville s’étaient faites plus calmes. Les agressions du maniaque de la nuit s’étaient faites plus rares, plus brouillonnes, comme s’il s’agissait d’un imitateur, ou que le tueur finissait par lâcher prise et abandonner son macabre sacerdoce. Rapidement, la police se mit à la recherche des causes d’une telle modification. Quels évènements pouvaient forcer un tel monstre à raccrocher son couteau au clou ?

La jeune femme fut, un soir, rappelée par le commissariat de quartier. Ils voulaient ré entendre le récit de sa soirée d’enfer, afin de recouper, recompiler, rechercher éventuellement un élément qui leur aurait échappé, quelque part, dans le récit, et qui expliquerait la raréfaction des attaques depuis la tragique nuit que celle-ci avait évitée. Diligemment, elle se rendit donc dès le lendemain à ce nouvel interrogatoire, sous la garde rapprochée de son chevalier servant. Qui sait si, étant partie prenante dans cette soirée, les greffiers ne voudraient pas lui poser des questions à lui aussi ?

Le hall au linoléum sale, qui avait pourtant semblé si accueillant quelques soirs plus tôt, était devenu un vrai chemin de croix pour l’homme. Chaque fonctionnaire qui passait, chaque regard qui lui était porté, lui semblait accusateur. « Coupable, Coupable ! », semblaient crier chacun de ses hommes à son encontre. Mais coupable de quoi ?
Désireux d’abréger son supplice, il sortit rapidement du poste de police et s’alluma une cigarette en attendant sa blonde. Celle-ci ne tarda pas à sortir, un instant paniquée d’avoir perdu la trace de l’homme, et le réprimanda d’un ton enfantin. D’un sourire sans joie, il accueillit ses remontrances, avant d’y couper court d’un baiser. Il n’avait, après tout, aucune raison de s’en faire.

Ils avaient continué leur petite vie, amoureusement monotone, lorsque la sonnette de son appartement la brisa. Il était alors en train de préparer un repas pour leur petite soirée à deux, tandis qu’elle somnolait, telle une petite fille fatiguée, dans son vieux canapé défoncé. Prestement, il partit observer son visiteur par le judas : un policier, en uniforme de service.
Son cœur fit un bon dans sa poitrine en réalisant que ses inquiétudes étaient fondées. Ils avaient conclu, décrété, que les pistes de l’assassin menaient à lui. Et ils venaient porter un coup d’arrêt à son petit moment de bonheur avec une femme

Calmement, alors que le représentant de l’ordre sonnait clairement une seconde fois, il retourna à la cuisine déposer le matériel qu’il avait gardé sur lui, couteau et tablier entre autres. Passant ensuite rapidement par le salon, il s’arrêta au dessus de sa blonde qui reposait là, et l’embrassa tendrement sur son front pâle et frais. Non, il ne pouvait finalement pas les laisser agir ainsi.
D’un pas rapide et décidé, il se rendit enfin une nouvelle fois à la porte. L’autre, derrière l’œil de verre, commençait à s’impatienter, tapotant nerveusement sur sa manche d’uniforme. Mais le bruit de la clé dans la serrure, suivit de l’homme qui lui ouvrit, mit un terme à son attende.

-Puis-je vous aider, monsieur l’agent ?


Dernière édition par Henri de Walrins le Jeu 8 Sep - 12:18, édité 2 fois
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:34

Nankin

Ils avançaient dans le feu et la peur. Les japonais, sans coup férir, s’étaient rendus maître de la capitale chinoise en moins de deux semaines. Les réjouissances allaient pouvoir désormais commencer.
Rarement armée moderne s’était montrée si cruelle. Concours de massacres, viols de tout ce qui pouvait être sexuellement attrayant, décapitation, pendaison des victimes avec leurs propres viscères. Chacun voulait apporter sa pierre à l’édifice de cruauté, désireux d’exorciser ses propres douleurs subies depuis Shanghai, et aidé par les directives officielles du haut commandement.

Shotaro était soldat de l’armée impériale. Un japonais parmi tant d’autres, ni plus mauvais, ni meilleur que la majorité. Il s’était pourtant distingué au cours des batailles précédentes, et la bande coupée d’une étoile qui s’étendait sur ses épaules était un gage de plus de sa fidélité envers son empereur dieu.
Le caporal Shotaro, donc, était dans ce qui ressemblait à une permission dans ce qui était dix jours plus tôt la capitale chinoise. Mais la ville complète était son bordel, son troquet et sa conquête.

Il avait passé une partie de sa matinée à piller, en compagnie de quelques camarades, plusieurs demeures un peu bourgeoises dont les habitants dormaient de leur dernier sommeil dans la cour intérieur, quand il la repéra. C’était, à première vue, une petite fille de bonne famille qui s’était cachée pour échapper au massacre, et elle ne devait pas avoir plus de dix ou douze ans à voir sa taille.
L’esprit joueur, le petit caporal s’approcha donc innocemment du meuble où elle était cachée, puis, d’un coup sec, le fit bouger pour révéler sa future proie. Celle-ci, poussant un petit cri de souris, se glissa entre les jambes du soldat japonais, et commença à courir vers un salut plus qu’hypothétique.

Shotaro aurait pu rajouter au cliché de la scène en partant d’un grand rire sadique, mais il était sûr de sa supériorité raciale et personnelle, aussi se contenta-t-il de rester presque de marbre en sortant son arme de service. La gamine avait à peine couru quatre mètres qu’une détonation la cloua sur place, brisant sa rotule gauche et coupant nette sa fuite.
Elle chût lourdement, tandis que le japonais, toujours aussi impassible, rangeait son arme. Elle sanglotait quand il fut à coté d’elle, et de grosses larmes coulaient sur son visage lorsqu’il la retourna, face à lui, pour admirer sa prise. Quelle déception ! Il avait cru tomber sur une jeune chinoise de bonne famille, fragile et facile à briser. Et elle n’était, visiblement, qu’une jeune servante.

Il la viola quand même, par dépit et par habitude. Des larmes de peur, et peut être de honte, coulaient sur les joues salies de la jeune fille alors qu’il arrachait consciencieusement ses vêtements. Un hurlement de douleur vint le contenter quand il la pénétra pour la première fois, suivit par des sanglots qu’il s’essaya de faire stopper en la cognant au visage. En quelques rapides mouvements, il était venu entre ses reins, tandis que la chinoise ne réagissait presque plus, seulement soulevée par quelques soubresauts nerveux.
Il avait fait son travail, ce pour quoi on l’avait élevé et ce qu’on lui avait inculqué lors de son éducation. Il s’était imposé sur un élément d’une peuplade barbare, et il ne lui restait plus qu’à finir ce qu’il avait commencé. Sortant sa baïonnette, il s’apprêtait à égorger sa jeune victime quand celle-ci lui lança un regard presque de défi qu’il n’avait jamais vu chez aucune des femmes qu’il avait brisées avant. Un instant interdit, il retrouva vite sa contenance et essaya, en battant la chinoise, de faire disparaître cette tentative d’insubordination. Las.

Il commença à l’insulter, cognant de plus en plus fort, mais les tuméfactions sur son visage ne semblaient pas lui faire d’effet. Dans un ultime accès de rage, enfin, il plongea sa lame au fond des entrailles de la fille. Une expression de surprise, sans doute au contact du métal froid, traversa alors le visage impassible, donnant enfin sa dose de plaisir à Shotaro.
Il la regarda convulser sur le sol, quelques larmes creusant encore des sillons dans la crasse de son visage de perle. Il finissait par trouver le spectacle ravissant, les successions de couleur passant des cheveux ailes de corbeau à la peau pâle, puis à la fleur rouge qui éclosait au ventre de la jeune fille. Celle-ci, finalement effrayée, essaya un instant de se contorsionner sur le sol, sans doute pour s’enfuir, mais la mort la figea dans son mouvement. Le marionnettiste avait finalement tranché tous ses fils de poupée de chiffon.

La vie continua pour le brave petit soldat. Chaque jour apportait son lot d’exaction, de divertissement dans ce club de vacances décadent. Cependant, il ne pouvait, de temps à autres, s’empêcher de penser à la réaction qu’avait eue sa petite victime de ce soir-là, là où tant d’autres s’étaient contentées d’être brisées, et d’éprouver une forte frustration de n’avoir pas pu casser l’enfant autrement que dans la mort.
Il se distrayait avec quelques uns de ses collègues lors d’une séance d’empalement lorsqu’il crut apercevoir un spectre. Le même visage, les mêmes yeux noirs, la même gamine. Mais comment ? Il était pourtant persuadé de l’avoir éliminée, là-bas, quelque part dans les beaux quartiers.

Prétextant une envie passagère à soulager sur quelque chinoise, envie quelque peu raillée par ses camarades qui lui rappelèrent sa fiancée au pays, il faussa compagnie à ses compagnons, et se rendit, mi-marchant, mi-courant, là où il avait vu la fille pour la dernière fois. L’odeur des charniers commençait à se répandre dans cette partie de la ville, malgré les nuits froides d’octobre, mais il finissait par s’y habituer. Toute la ville sentait les différentes fragrances de la mort, de l’appétissante senteur du porc rôti des corps brûlés à la puanteur aigre douce des noyés en décomposition. Et elle, sa petite victime, y contribuait.
Son cadavre était là, toujours désarticulé sur le sol de la salle pillée. Il n’avait pas pu la voir plus tôt dans la ville, ou alors il n’aurait pu la reconnaître : les rats s’étaient abondamment servis dans ses parties charnues, joues en premier, son teint avait viré à l’opale, et nombres d’asticots livides grouillaient dans les endroits d’où il avait fait couler le sang. Mais rien sur ces yeux noirs et accusateurs. Soulagé, quoi qu’étonné, il s’assit un instant sur une chaise qui avait miraculeusement échappé au bris pendant le pillage, et contempla pensivement son œuvre. Quel démon étrange avait fait que ces yeux dérangeants n’aient pas été souillés, et continuaient de l’accuser par delà la mort ?

Un craquement le tira de sa rêverie. Quelqu’un d’autre était là, à l’affût, dans une pièce adjacente. Tous ses sens aux aguets, il saisit son arme et glissa aussi silencieusement que possible vers cet ennemi invisible. Il le sentait, juste là, à quelques pas de lui, derrière cet angle qui le cachait à sa vue. Bandant tout ses muscles, il se lança en avant, et tira vers cette forme qui bougeait.
Deux choses avaient touché Shotaro alors qu’il se ruait dans la pièce hostile. Tout d’abord, une balle, dans une jambe, tirée par cette personne qui était venue pour lui. Mais aussi par la ressemblance de cette personne avec la morte de l’autre salle, sa morte. Une sœur, sensiblement du même âge, lui signifia soudain son cerveau. La chinoise devait avoir une jumelle.

Ses yeux. Encore et toujours les mêmes yeux le fixaient, alors que la mort se préparait déjà à envahir la gamine. Des yeux qui le hantaient et qui lui donnaient irrésistiblement envie de la briser, elle, là ou il n’avait pu avoir sa sœur. Mais il devait réussir rapidement ce travail d’orfèvre, car une tache de sang se répandait sur la poitrine droite de celle-ci.
Il la traîna, par les cheveux, jusque dans la salle où se décomposait l’autre chinoise. Quel plus beau spectacle que de finir une œuvre là où elle avait été commencée. Mais, pour son plus grand déplaisir, l’autre restait muette. Pas de supplique, pas de sanglots, pas même de réaction devant le cadavre.

Il tenta les mêmes méthodes qu’avec l’autre, sans plus de résultats. Alors il se décida à utiliser sa baïonnette, qui avait déjà fait flancher une seconde la première sœur. Mais il n’allait pas la tuer tout de suite. Lui écartant violemment les jambes, il décida de plonger son couteau de fortune là où lui-même se trouvait peu de temps avant, histoire de briser rapidement par la douleur celle que même la mort ne faisait pas flancher. Mais alors qu’il venait à peine d’enfoncer la lame une fois, la fille, se débattant ardemment, lui colla un coup de pied en plein visage qui le sonna l’espace de quelques secondes.
Il avait vite retrouvé sa combativité, mais son adversaire était déjà sur lui, avec la même arme qu’il venait d’employer contre elle. En un instant, elle avait tranché sa virilité, des bourses à la verge, provoquant chez lui un hurlement de goret qu’on châtre. Désespérément, Shotaro essaya de retenir cette part de lui qui chutait dangereusement vers le sol, mais quelque chose l’en empêcha. La petite fille, encore une fois.

Elle lui avait ouvert le ventre d’est en ouest, sans doute toujours avec la baïonnette, et un jus brunâtre s’en écoulait abondamment. Il allait mourir, victime d’un sous-homme, pire, d’une rognure de sous-homme. Son nom, son honneur de japonais seraient ternis à jamais par cette infamie.
Cherchant des yeux son bourreau, pour ne pas mourir seul, il la trouva couchée à côté de sa sœur jumelle, fauchée par son effort physique. Par delà la mort, deux paires d’yeux le regardaient. Deux paires d’yeux que le temps lui-même ne pourrait effacer de son esprit.
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:37

Interlude : au Cirque


« Le cirque ! Le cirque est en ville ! »

Les enfants du village accouraient à la seule évocation de ce nom magique, porteur de rires, d’émerveillements et d’exotisme. Déjà, une foule compacte se dressait sur la route de terre battue, gênant la progression des nombreux chariots.
Nains et monstres, animaux exceptionnels venus des confins de l’empire, prestidigitateurs et clown, tous étaient venus prêcher dans cet espace rural les nouvelles et les merveilles du monde. Conquise, la populace les escorta vers un vaste champ clôt qui avait été évacué aux premières rumeurs. Le cirque était en ville.

Rapidement, toutes les petites mains des forains se mirent au travail. La ménagerie fut posée et sécurisée, les chevaux détachés, les gradins et piquets assemblés. En moins d’une demi journée, la toile du chapiteau était montée, et les places pour la représentation vendues. C’était le premier soir du cirque en ville, et tous les habitants des alentours semblaient déjà vouloir faire la première, comme si la fin du monde arrivait le lendemain.

Aux alentours de vingt heures, alors que la nuit commençait à étendre son manteau outremer sur les cieux, le sol grouillait d’activité. Des musiciens avaient en effet commencé à jouer une fanfare, dont les notes se perdaient dans l’éther, et qui semblait produire un effet pareil au flûtiste sur les rats de Hamelin. Un flot continu d’hommes, de femmes et d’enfants se pressait sous la fine tente de toile, pour assister à ce qui promettait d’être le plus grand divertissement jamais conté de mémoire d’homme dans la région.

Toute la nuit durant, jongleurs et saltimbanques, fauves et herbivores, nains et ballerines se succédèrent. Tout le public tremblait comme un seul homme devant la témérité du dresseur d’ours et de lions, riait aux facéties de l’auguste Gilberto, retenait son souffle devant les pirouettes aériennes de la funambule. Enfin, une dernière ovation, puis un tonnerre d’applaudissements, vinrent clore la prestation des derniers artistes. Monsieur Loyal, modeste, salua pour ses employés, et libéra les habitants du village du chapiteau pour qu’ils aillent vanter par monts et par vaux les merveilles de son cirque.

Une bonne partie des acteurs avait été ensuite, une fois leurs tours finis, se mêler à la foule dans la taverne du village. Le cirque était en ville, il fallait donc en profiter pour faire bonne impression, accepter les libations et les compliments des habitants. Pourtant, et bien que son absence ne fut pas trop remarquée devant le charivari qui animait la campagne, un invité de marque manquait à l’appel des gais lurons. Le vieux clown n’était pas là.

Gilberto trimballait sa vieille carcasse entre les baraques désertées du cirque. Il était loin, le clown comique, qui inspirait la joie de vivre et la bonne humeur à des générations de spectateurs. Une pluie fine qui commençait à tomber acheva de transformer l’auguste en clown triste, métamorphosant son maquillage en un masque grotesque. Temps rêvé pour une ultime pitrerie, avant de quitter la piste, non ?

Son errance le rapprocha des cages et de leurs pensionnaires laissés là par leurs dresseurs. Il avait toujours aimé les animaux plus que les hommes, rêvant, parfois, de remiser ses oripeaux pour partir vivre comme un quelconque ours dans quelque montagne. Pourtant dans cette cage-là se trouvaient deux bêtes qu’il chérissait profondément, et qu’il n’aurait pu abandonner.
Les lionnes. Deux animaux féroces assoiffés de sang, comme on l’expliquait au public. Deux grosses chattes, câlines, joueuses et sensuelles. De vraies femmes, indomptables et sauvages. Alenah et Seï, les deux femmes de Gilberto.

Les lionnes avaient senti le clown, et commençaient à ronronner, là, sur leur paille détrempée. Elles connaissaient leur maître, leur compagnon d’errance, de misère et de fatigue. L’auguste triste était toujours là pour les satisfaire, les flatter. Ce soir encore, en se glissant tant bien que mal dans le réduit exigu, Gilberto leur gratta machinalement la tête quand elles vinrent se frotter contre ses jambes.

Le clown se rappelait d’un proverbe, mais, approximativement. On préfère toujours partir entouré de ceux qu’on aime ou de ceux qui nous aiment. Enfin, une phrase un peu dans ce style-là. Quel meilleur endroit alors pour la révérence d’un show qui avait trop duré ?
Le bloc de la serrure faisait un parfait point d’appui pour ce qu’il avait à faire. Défaisant une partie de son costume, de toute façon trop grand pour lui, il en extirpa une paire de bretelles hors d’âge. Elles avaient sans doute vécu plus que leur actuel propriétaire, mais seraient amplement suffisantes.

Visiblement inquiète, Alenah vint se blottir contre son ami de toujours. Le clown la gratifia d’un sourire triste, et d’un baiser entre les deux oreilles en signe d’adieu. Seï ne fut pas en reste, recevant son lot de présents de départs. Puis, après une ultime pirouette, pied de nez du clown devant l’éternel du cirque, Gilberto se laissa tomber en avant, la porte laissée ouverte derrière lui.

Il reposait là, sans vie, les genoux à moitié fléchis. Les bretelles autour de son cou avaient tenus, le clown était pendu. Epouvantail comique à destination des petits et des grands, habité par l’esprit du cirque jusque dans la position de sa mort. Mais Gilberto était enfin libre.
Alors que les lionnes quittaient la paille, découvrant la campagne domptée d’un lieu qu’elles n’auraient jamais dû voir, elles passèrent toutes deux à côté du cadavre de l’auguste. Peut-être sentaient-elles, par un quelconque hasard, qu’elles reverraient bientôt leur amant attentionné. Puis, sans faire plus de bruit que des chats, elles disparurent dans la nuit.

L’âme du cirque n’était, désormais, plus en ville.
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:38

Ce doux visage

L’écologie… C’est un peu comme le sel, le sucre, voire l’alcool : à petite dose, c’est quelque chose de plutôt fun, ou qui donne du goût, mais ça devient rapidement chiant. Voire mortel. Notez que j’aurais pu comparer ça à de la compote de pruneaux, mais, j’avouerais que le côté poétique ressortait moins d’une telle phrase.
Mortel, donc. Pourquoi cela ? Disons qu’on avait beau prôner le bio, le vert, et autres, on avait toujours des groupes d’illuminés pour qui ce n’était pas suffisant. Illuminés qui ont fini par foutre un beau bordel. Ne me demandez pas comment, je n’en sais rien. Mais on a fini par se récupérer des « morts vivants » en grosse quantité sur la figure.

Enfin. Pour l’heure, nous leur avons échappé, elle et moi. Elle ? C’est Rose. Pour faire simple, elle partage ma vie depuis quelques temps. Moi ? Appelez moi… Pierre, même si, au final, qu’est-ce que ça vous apporte de nous connaître ?
Depuis le départ de cette saloperie, nous avons pris le parti de prendre la route. Le choix était risqué, mais ne pas bouger l’est tout autant, enfin il me semble. Mais, pour l’heure, nous n’avons pas de problème à déplorer : les stations service que nous croisons ont quasiment toutes des provisions, que ce soit d’essence ou de nourriture, et ces « choses » ne sont pas légions dans les zones désertées que constituent les routes de grande circulation. Quelques véhicules accidentés, de temps à autres, sur le bas côté. Rien de plus.

Il fait nuit, en ce moment. Rose se repose à côté de moi, calmement, sans un bruit. J’aime regarder son visage pendant son sommeil, observer ses traits fins brusquement brisés par la forme d’un nez un peu trop grand pour elle, mais qui contribue à son charme. Je ne peux m’empêcher d’esquisser une caresse vers sa peau pâle et fraîche, caresse qu’elle accueille par un léger grognement, comme si je troublais son repos.
Alors que je laisse ma main doucement glisser dans ses cheveux sombres et soyeux, mon regard se porte sur la route. Encore et toujours une étendue déserte, à perte de vue. Voilà des jours entiers que nous n’avons pas croisé de ces personnes. A vrai dire, nous ne nous en portions pas plus mal, mais la solitude, même avec un être cher, finit toujours par peser.

L’allumage d’un voyant rouge sur le tableau de bord me tira d’une torpeur qui m’avait envahie sans crier gare. L’essence, encore une fois, duale porte de notre salut et clé de notre perte. Je sortis donc à la première aire afin de faire le plein de notre petite voiture.
Le bruit de ma portière sécurisant Rose dans l’habitacle se perd dans la nuit. Et dire que je n’avais jamais trouvé aucun attrait au bruit qui nous entourait, avant de me voir face au silence ! Heureusement, le ronronnement mécanique des pompes vient vite s’ajouter aux pulsations sourdes de mon cœur et au sifflement de mes nerfs. Du bruit, de la vie. Enfin.

La station est déserte quand j’y entre. Plus personne visiblement n’ose s’y aventurer depuis les tragiques évènements qui nous ont menés à cette situation bordélique. Et puis, à quoi bon passer régler quelque chose à la caisse si la caisse est vide.
J’erre un instant dans les rayons, louant les automates qui ont eu le bonheur de me fournir un café chaud. Soudain, quelque chose qui ne devrait pas se trouver là attire mon attention. Il y a des traces de sang par terre, soit d’un quelconque pompiste, soit, pire, d’un de mes prédécesseurs. Un instant paniqué, je retiens mon souffle. Rien, seul le silence assourdissant s’impose à moi. Ils ne doivent donc plus être là. Peu rassuré pour autant, je ramasse un maigre larcin, de quoi tenir quelques temps, et me rue vers la protection précaire de ma voiture.

Rose est toujours là, calme et immobile, quand je démarre prestement le moteur. Le lieu n’est pas sûr, ces choses pourraient encore roder dans le coin. Ou, peut-être, sont-elles déjà à nos trousses, attirées par mon odeur ou les bruits que j’ai faits.
Rapidement, j’ai enfoncé l’accélérateur et enchaîné les vitesses, avalant l’asphalte de l’autoroute devant moi. Même si je sais qu’une conduite aussi rapide ne fera qu’user plus rapidement les quelques litres que je viens de pomper, je ne peux m’empêcher de vouloir mettre rapidement le plus de distance entre eux et moi. Je ne veux pas devenir comme eux, qu’ils me séparent par une non mort de ma belle et douce Rose.

Un doute soudain surgit en moi : si la station était déserte, et qu’ils y étaient passé. Où sont-ils, où ont-ils pu aller ? Alors que le doute m’envahit, devant l’évidence qui fait jour, la réponse s’impose devant moi. Ils sont là, sur la même voie que moi. Dans mes phares.
Je crois que le terme à la mode qui se trouvait dans les productions de genre à l’époque pour définir un tel rassemblement était horde, mais jamais je n’aurais imaginé qu’il soit si peu approprié. Ce n’est pas une horde, c’est une forêt, une marée de cadavres ambulants et blafards qui se dresse dans la lumière crue de mes feux de route.

J’ai écrasé le frein, et rétrogradé en marche arrière. Si vaillante soit elle, ma petite voiture ne serait jamais de taille pour passer au travers d’une telle foule. Ne pouvant détacher mes yeux de ce regroupement de morts en transit, je recule, poussant au maximum mon moteur dans cette position inconfortable. La petitesse de la route et la fascination morbide qui résulte de l’observation d’une telle meute m’interdisent de faire un demi-tour sans doute plus salvateur. Mauvaise idée.

Surgissant de nulle part, une glissière de sécurité vient m’emboutir par l’arrière. Malgré nos ceintures, Rose et moi nous cognons violemment la tête contre le tableau de bord. Bon dieu, ne pas être capable de prendre un virage à petite vitesse en marche arrière après l’avoir passé sans encombre à plus de cent kilomètres heure, quel exploit !
L’auto-flagellation, tout comme l’étourdissement, ne dure qu’un temps assez bref, mais ils ont eu le temps de s’approcher un peu plus. Etouffant un juron entre mes dents, je redémarre et tente de pousser, vers l’avant cette fois, la carcasse accidentée de ma voiture. Pourtant, quelque chose, ou quelqu’un, semble s’accrocher à nous, nous empêchant de repartir. Après un bref moment de panique, je réalise enfin l’origine du blocage. L’attache caravane, piège à pare choc, s’est transformé en piège à survivants, me solidarisant avec la lame d’acier de l’autoroute.

Ils ne sont plus qu’a une petite dizaine de mètres de moi quand je sors de la voiture, laissant échapper une flopée de « putain » entre panique et colère. Rapidement, j’extrais Rose de son côté, et la porte à bout de bras. La pauvre semble encore sonnée du choc avec la glissière.
Un duel usant d’endurance et de vitesse s’engage alors avec eux. Tandis qu’ils avancent d’un pas égal, sans ressentir de besoin de repos ou de sommeil, je suis éreinté par la fatigue de plusieurs jours de route. Et puis, je porte un fardeau qu’eux n’ont pas, et que je ne peux abandonner.

Alors qu’ils finissent par s’approcher, tandis qu’une aurore brumeuse et rougeoyante se lève à l’horizon, je décide de jouer une dernière carte, peut-être chance de salut temporaire. Aussi souplement que possible, je saute par-dessus la rambarde de sécurité, vers l’extérieur de la route, et la campagne environnante.
Les ronces qui parsèment le talus me déchirent la chair tandis que je glisse dedans, protégeant tant bien que mal celle que je tiens dans mes bras. Les autres, de là haut, m’ont regardé faire, avec toujours la même lueur vide dans le regard. Ils ne mettront pas longtemps avant de faire pareil, pourvu que j’aie pu trouver un moyen de nous tirer de ce merdier !

Escaladant avec peine la pente du fossé qui délimite le bas de la glissade, je me retrouve nez à nez avec une réponse sournoise du destin à mon encontre. Une clôture de fer, surmontée d’une légère dentelle de barbelé, sans doute conçue a la base pour empêcher les suicides sur autoroute.
Des larmes de frustration et de douleur coulent tandis que je continue à trottiner en boitant vers une échappatoire que je n’espère plus, le long de la clôture. Pourquoi, pourquoi moi ! Suis-je vraiment pire qu’un autre pour mériter une fin aussi peu sympathique ?

Un trou dans le petit chemin d’entretien qui longe l’autoroute, et je m’effondre. Rose roule, toujours inerte, à quelque distance de moi. Je n’en peux plus, je dois l’abandonner. Pardonne-moi s’il te plait.
Tant bien que mal, je rampe jusqu’à elle, et effleure une dernière fois son visage à la fraîcheur et la pureté que je ne reverrai sans doute plus, puis, ne pouvant me réduire à un tel adieu, j’écrase violemment ma bouche sur ses lèvres carnées.

Etrangement, alors qu’ils ne sont plus qu’à quelques mètres de nous, je sens soudain Rose s’animer sous mes adieux. Elle, pourtant si pâle et de plus en plus éteinte les derniers jours semble avoir retrouvé une vigueur disparue.
Alors que j’essaye de lui dire, une dernière fois avant de partir, que je tiens beaucoup à elle, son étreinte se fait plus ferme, plus violente. Et, dans un ultime élan de passion, je la laisse se repaître à mon cou.

On ne peut retenir la mort éternellement.
Il faudra bien, un jour, que nous l’acceptions
Mais il serait dommage de la laisser venir sans avoir rien tenté
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:41

Daguerréotype

Il regardait le ciel, couché tranquillement dans l’herbe haute et tiède de ce début d’après-midi. Un demi sourire se dessinait doucement sur son visage, tandis qu’il essayait de rechercher des formes ressemblantes à sa muse dans les nuages blancs qui s’effilochaient dans les cieux azurés.
Un instant crispé sur un objet qu’il tenait dans sa main droite, il le serra fortement, avant de le libérer dans un mouvement presque mécanique des doigts. Le petit écrin révéla un portrait couleur de plomb, un daguerréotype, représentant une jeune femme à la chevelure d’étoile.



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Elle était là, belle, impériale, devant lui, comme à son habitude. Plus qu’une habitude, même, c’était une façon d’être, naturelle, qui se dégageait d’elle. Elle était reine en sa demeure, et tenait à le faire savoir à quiconque, qu’importe les convenances du protocole qui lui imposait de rester en dehors de toute vie, exceptée mondaine.
Lui l’observait, se gavant de ses airs hautains et mutins comme s’il s’était agi de quelque ambroisie précieuse. Il n’avait d’ailleurs d’autres occupations que de la servir, étant rentré dans ses gens de maison pour quelque obscure histoire d’honneur et de dette envers son père. Mais il ne s’en plaignait en rien, usant de son office pour se repaître de ses fragrances et de sa vision à longueur de journée.

Il n’avait, en soit, rien d’un page. Né dans quelque bonne famille, son esprit aventureux l’avait poussé très jeune à entreprendre toutes sortes de choses folles et saugrenues. Chasses, campagnes militaires, pamphlets… C’étaient d’ailleurs ces derniers qui lui avaient été fatals, causant chez lui ruine et dépression. Il avait fallu d’un juge, d’un seul homme en fait, pour que tout son monde soit réduit à néant.
S’il en avait voulu, un temps, à ses bourreaux avisés de l’avoir ainsi châtié, il avait finit par abandonner tout espoir et toute envie de revanche. Non qu’il n’eût l’âme d’un Dantès, mais, force lui fût de constater avec un certain recul quelque bien fondé aux actions coercitives dont il avait fait les frais.

Il avait, par ailleurs, trouvé une forme d’asile chez un de ses vieux amis, un original vivant en reclus dans un vieux château hanté par mille vents glacés. Celui-ci, en remerciements de quelques temps jadis, lui offrait gîtes et couverts contre quelques menues actions. De bourgeois, il était devenu domestique. Et pourtant, pour certaines raisons, il préférait son nouveau statut à son ancien rang.
La principale s’appelait d’un nom solaire au matin pur, et irradiait, comme son nom la prédestinait sans doute, l’ancien castel de sa présence. Elle était une jeune fille d’à peine une vingtaine de printemps, aux boucles de blé et au teint de lait. L’égale d’une idole païenne de quelque lointaine contrée à ses yeux.

Dire qu’il l’avait aimée au premier regard était un euphémisme éhonté. Il s’était sentit pâlir sous son regard, défaillir face à sa voix, trembler d’aise à ses ordres. Pour autant, et alors que son père était mort la laissant seule maîtresse, il ne lui avait au grand jamais révélé les errements de son âme. Non pas, une fois encore, qu’il fût lâche, mais il méprisait les formes viles et basses d’amour. Elle était bien plus pour lui, et mère et fille, et sœur et amante. Et il ne lui serait jamais venu à l’idée de trahir la fidélité totale qu’il lui portait pour assouvir quelques tourments charnels.


https://www.youtube.com/watch?v=oCwEuls4otk

Il vaquait à ses occupations quotidiennes dans la vaste demeure ce jour encore quand elle entra en trombe dans ses appartements. Lui jetant un regard lourd de sens, comme s’il n’aurait pas dû se trouver en cet endroit, alors qu’il était de son devoir de veiller à la bonne tenue du manoir, elle partit se barricader dans sa grande chambre tendue de velours mauves. Mademoiselle était de méchante humeur ce jour encore, mais pour rien au monde elle n’aurait daigné faire savoir les origines de ses troubles. Bien qu’il fût son serviteur depuis de longues années, elle gardait toujours une part de mystère qui, soit le comblait d’aise, soit lui offrait les pires tourments. Une crucifixion n’aurait été qu’un doux repos à ses yeux aux vues de ce qu’il endurait à son contact.

Il avait remarqué toutefois un geste inhabituel dans les mouvements imprévus mais prévisibles de sa muse. Sa main avait, en une fraction de seconde, déposé un étrange objet sur une commode en bois brun se trouvant là. S’approchant, il découvrit une chaîne d’argent au bout de laquelle se trouvait un médaillon du même métal. En l’examinant, ses doigts mobilisèrent quelque mécanisme, qui révéla le cœur de l’écrin ainsi disposé. Le visage de sa belle maîtresse, un daguerréotype, l’invention à la mode. Une relique consacrée au culte de celle-ci.

Il se posa après coup la question cruciale : pourquoi avait-il fait cela ? Il n’avait en effet rien trouvé de mieux que de subtiliser l’objet, pourtant un rien voyant. Mademoiselle était de toute les façons trop tête en l’air pour se souvenir, quand elle reviendrait mieux disposée, où elle avait laissé ce petit portrait.

https://www.youtube.com/watch?v=LUVt6MqrWgk

La disparition du médaillon eue sur la demoiselle un effet insoupçonné. Il était habitué à la voir pimpante et souriante, ou secrète et renfrognée. Mais elle semblait constamment inquiète, emplie de doutes, fragile. Elle l’avait bien sûr questionné afin de savoir s'il avait vu, ou trouvé son portrait, mais ses réponses négatives semblaient l’avoir plongée dans un désarroi encore plus profond. Qui semblait les miner également tous les deux.

Il avait bien songé, un moment, à lui rendre ou lui faire retrouver le daguerréotype, mais le petit écrin d’argent semblait exercer sur lui une fascination au-delà de tout ce qui était envisageable. C’était une partie d’elle, qu’il tenait en son pouvoir, et grâce à laquelle il pourrait garder un ascendant sur sa belle maîtresse.

Avant cependant qu’il ait pu en faire quoi que ce soit, une petite part de sa conscience le freinant toujours à agir contre celle qu’il aimait, elle avait disparu, laissant la grande demeure irrémédiablement vide. Il l’avait un temps cherchée, sans jamais réellement tenter de la retrouver, sachant pertinemment ce qu’il découvrirait. Il lui avait volé son âme, qui continuerait de rester à ses cotés, éternellement, piégée dans la photographie.


https://www.youtube.com/watch?v=7iC5L79J9dc

Il avait continué son rôle, majordome ou quel qu’il fut, veillant sur la grande maisonnée en se berçant de l’illusion qu’un jour, sa Dame reviendrait. Il savait toutefois que tout espoir devait être abandonné, qu’il l’avait tuée, sans doute, et que son corps reposait quelque part dehors, loin de toute sépulture chrétienne. Chaque jour, il se jurait de partir une fois encore à sa recherche. Et chaque jour, il se trouvait une excuse quelconque pour ne pas sortir du grand castel. Telle pièce avait besoin d’un nettoyage, telle autre d’un rafraîchissement des tentures. Et bientôt tel valet aurait besoin d’une corde et d’un cercueil.

Il devait être dans les quatre ou cinq heures du matin quand il se réveilla en sursaut dans sa petite chambre sous les combles. L’aurore poignait à peine à travers ses persiennes, mais il savait qu’il devait sortir en cette naissance de jour brumeux. Il avait, encore une fois, rêvé d’elle, mais sa présence avait été telle dans ses songes oniriques qu’il ne pouvait décemment plus se chercher d’excuses pour ne pas partir la chercher.
Il jeta une pelisse sur ses épaules, et parti à travers champs et bois en direction de quelque dépendance éloignée du domaine. Peut-être, par chance, s’était-elle retirée en sécurité dans un quelconque relais de chasse lui appartenant. Dans le cas contraire, la région regorgeait de puisards et d’avens qui pourraient amplement offrir une sépulture à un second cadavre.

Il s’était arrêté, à quelques lieux des premiers contreforts rocheux qui marquaient la frontière de la propriété, pour se reposer. Non pas qu’il fut très âgé, ou très affaibli, il n’avait après tout qu’une petite dizaine d’années de plus que Mademoiselle, mais sa longue captivité volontaire lui avait fait perdre tout sens de l’effort au grand air. Alors qu’il relaçait ses brodequins, afin de se préparer au mieux à l’escalade d’une légère pente, il entendit des bruissements dans les feuillages, derrière lui. Un instant heureux, il omit de sortir le pistolet dont il s’était muni en partant de la demeure. Une erreur fatale.


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Il regardait le ciel, couché tranquillement dans l’herbe haute et tiède de ce début d’après-midi. Un demi sourire se dessinait doucement sur son visage de plus en plus pâle, tandis qu’un œillet rouge naissait au centre de sa poitrine.
Un instant crispé sur le daguerréotype qui n’avait pas quitté un instant du voyage sa main droite, il finit par l’entrouvrir, d’un mouvement mainte fois accompli des doigts. Le petit cénotaphe d’argent s’épanouit, révélant le portrait mainte fois chéri, et libérant enfin l’âme trop longtemps prisonnière de sa maîtresse.
Les yeux de plus en plus clos, il ne remarqua pas un instant la personne qui lui avait tiré dessus. Il était lui aussi enfin libre, libre de la retrouver, quelque part dans l’Ether infini.
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 10:43

Une Confession

-Pardonnez-moi, mon père, car j’ai péché.

Un grand homme en noir, sec, le cheveu blond et aux petites lunettes d’acier, était agenouillé dans le confessionnal, face à la grille qui filtrait ses paroles et tamisait les absolutions que le Seigneur lui accorderait. Il devinait, sans la voir, la forme sombre de celui qui allait lui prêter une oreille distante mais attentive pour voir l’énumération de ses fautes, bavures et autres impénitences.

-C’était la nuit dernière, vers la mi nuit. Alors que je passais simplement non loin des portes en bois de l’église, j’y vis briller comme une lumière étrange, comme si milles cierges étaient restés à brûler à l’intérieur.
Lorsque je suis entré, j’y ai trouvé une femme superbe, qui brillait d’un éclat pur, comme un ange. L’onde de ses cheveux d’ébène coulait sur ses épaules, comme Marie Madeleine, soulignant son teint doré et son sourire d’albâtre…


L’homme se laissa aller à un soupir d’aise, aussitôt réprimé devant la solennité du lieu où il se trouve.

-Pardonnez-moi, mon père, parce que j’ai subi le péché d’envie face à cette femme, cette tentatrice, dans ma chair. J’aurais dû savoir que pareille présence dans un tel lieu, à une telle heure de la nuit, ne pouvait être que quelque méchant démon voire revenant venu troubler et souiller la sainte chapelle de notre Seigneur Jésus-Christ.

Un instant de pause. L’homme, déjà décharné, s’est recroquevillé sur lui-même, comme prêt à s’auto-flageller dans un but expiatoire. De longues secondes, interminables comme des heures, s’égrènent dans ce lieu d’écoute et de recueillement, seulement interrompues çà et là par les craquements du bois mainte fois mis à l’épreuve.

-Accordez-moi votre pardon, mon père, car j’ai entaché notre église. Je savais – il ne fallait qu’un regard pour savoir après tout – que cette femme, chose plutôt, n’était pas humaine. Mais, pour autant, je n’ai rien pu lui refuser, ni même songer à lui opposer une quelconque résistance, dés que j’ai vu son sourire enjôleur et pourtant si pur et béni…

Nouvelle respiration, le croyant prenant enfin son élan pour accoucher de sa forfaiture avec sa putain de Babylone. Il jette toutefois rapidement un coup d’œil entre les croisillons de son box afin d’éventuellement jauger les réactions de son interlocuteur. Las, l’autre est toujours hors de vue.

-Nous avons… J’ai souillé l’enceinte bénie de l’église. Face à la chaire, sur l’autel, sur les froides dalles de pierre, même, j’ai baisé son corps immatériel. Un succube, voila ce que ce devait être, venu me tenter, mettre à l’épreuve ma dévotion envers le très haut. Et je n’ai pas résisté, j’ai laissé mes mains courir ses formes fantomatiques, mes lèvres étreindre ses lèvres irréelles, comme dans un rêve… ou un cauchemar.

Un râle s’extirpe des poumons du confessé. Même si l’absolution lui était donnée, il ne pourrait jamais oublier cette nuit à la fois troublante, dérangeante et absolument divine. D’ailleurs, le péché de luxure qui tendait la toile sombre de son entrejambe criait à la face du monde que, qui que fut la femme, elle l’avait définitivement fait tomber en son pouvoir.

-Vous voulez savoir, mon père, ce que je retiens le plus de cette nuit étrange ? Le regard accusateur de la Vierge, de son alcôve, au petit matin. Tout, dans l’église, était chamboulé, parfois couvert de cire. Et Elle, elle me regardait de haut, me jugeant pour un moment de faiblesse, alors que même son fils a cédé un instant aux sirènes du Démon. Je blasphèmerais sans doute mon père, mais, qui est-elle cette salope pour nous donner des leçons ?

Alors qu’il s’était attendu à des reproches venant de son confesseur, l’homme en noir fut cloué sur place par un rire dément qui semblait venir de l’ensemble du confessionnal. Quelqu’un, ici-bas, riait comme un possédé de ses malheurs. Ou de ses doutes fondés sur la religion.
Un instant interdit, il finit par aviser, voyant le souffle lui manquer, que les éclats de voix provenaient de ses propres poumons. Intrigué, il tira sur les croisillons de bois et fit jouer la trappe du confessionnal. Il était vide.

Après de longues minutes à se recueillir, demander pardon, et enfin s’absoudre lui-même de ses péchés, le jeune curé retourna à ses occupations. Il avait encore du ménage à faire, pour remettre l’église dans l’état où elle était avant ses escapades de la nuit passée. Et, peut-être, songea-t-il en fixant la statuaire de Marie, aurait-il d’autres occasions de demander pardon aux Matines du lendemain.
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The shadow
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 17:30

Citation :
Ne vous attendez pas a trouver des jolies histoires, avec des poney qui pètent des arc en ciel et des bisounours à foison, sous ma plume.

Des poneys qui pètent des arc en ciel ? Suspect
ça me fait penser que tu devrais peut être essayer une nouvelle avec des bisounours. ça commencerait en « mode bisounours » et puis ça finirait à la H, en orgie géante ou un bon massacre bien sanglant ^^


C'est sûr que tes nouvelles ne sont pas des plus "sweet" (je trouvais pas d'autre mot, au moins on comprends l'idée). Tous les fantasmes/pulsions/interdits y passent. Mais t'arrive à suggérer certains trucs avec une certaine maitrise et c'est très agréable. C'est assez subtil parfois, comme pour la première nouvelle qui peut avoir deux interprétations sur la fin. Sur Nankin également, même si pour le coup c'est carrément macabre.

Une remarque par contre pour le Cirque, je trouve que c'est dommage, l'ambiguïté ne dure pas assez. Je serais resté dans la suggestion jusqu'au bout, j'aurais laissé le lecteur dans le doute concernant la relation entre le clown et les lionnes, jusqu'à la fin (Peut être sentaient elles, par un quelconque hasard, qu’elles reverraient bientôt leur amant attentionné. ) ce devrait être enfin la réponse aux questions du lecteur, le mot "amant".
Du coup j'aurais enlevé quelques trucs dans ce paragraphe:
Les lionnes. Deux animaux féroces assoiffés de sang, comme on l’expliquait au public. Deux grosses chattes, câlines, joueuses et sensuelles. De vrais femmes, indomptables et sauvages. Alenah et Seï, les deux femmes de Gilberto.


Autre point positif, on a au fil des textes de petites remarques discrètes qui témoignent d'une certaine vision de l'existence, comme cette phrase que j'apprécie particulièrement:
C’était le premier soir du cirque en ville, et tous les habitants des alentours semblaient déjà vouloir faire la première, comme si la fin du monde arrivait le lendemain.
Enfin le style n'est pas dépourvu de tout romantisme ou de toute poésie; notamment dans les descriptions des femmes. Même la nouvelle des zombies l'est totalement même si le décalage avec l'ambiance apocalyptique est flagrant. La nouvelle la plus représentative de ça reste bien sûr Dagguerréotype ce qui explique d'ailleurs, entre autre, que ce soit ma préférée.


C'est bien écrit, ça traine pas en longueur. Bref, merci pour ces lectures.
Et j'attends la suite avec un mélange de curiosité et de méfiance.

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Sam 3 Sep - 23:01

Me connaissant, c'est très normal que tu te méfies de la suite. Après, je ne me suis pas non plus donné comme idée de faire du trash à toutes les sauces (de un, beaucoup de ces textes n'étant pas "trash", et de deux, la variation ne se basant pas là dessus), même si, tu le sais, j'en suis parfaitement capable (hum...)

Concernant "le cirque", elle a été un peu pondue "a l'arrach". Mon idée était de faire une petite histoire causant un chouia de zoophilie, de cirque et avec un "happy end" a ma façon (vu qu'aucun de mes personnages n'en sort "indemne"...). Normal peut etre qu'elle soit si... moyenne (sur les cinq premières, c'est la seule écrite à partir d'une idée "vierge")

Concernant la vision de l'existence, oui, il me semble "normal" que ce qui sort de ma plume reflète un peu ce que je penses. Même avec toute la virtuosité du monde, je ne peux totalement falsifier mes lignes de forces profondes. Après, la phrase que tu donnes en exemple n'est pas (et de loin) la plus représentative à mes yeux. Quoi que, peut être, par un glissement freudien...

Concernant les femmes, elles sont toutes (ou presque, Nankin faisant exception) tirées de personnages réels. Descriptions plus ou moins sommaires, mais en même temps je me plais à ne dresser que des grandes lignes pour laisser plus de latitude au lecteur. Après, Daguerréotype a ceci en plus qu'elle est partiellement "autobiographique"

Au plaisir en tout cas d'avoir eu un avis

P.S: les textes délirants avec des bizounours, c'est plus a Mario qu'il faut demander ca. J'ai souvenir d'une histoire de télétubbies...
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Mario
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MessageSujet: Re: Anthologie   Dim 4 Sep - 12:45

Alors, alors...


Je ne ferai pas de commentaire sur le style, te connaissant depuis assez longtemps pour en avoir discuté longuement...Plutôt sur les thèmes, on l'on te retrouve tout à fait. Entre la noirceur et un romantisme souvent surprenant - les deux parfois liés ensemble.


J'aime surtout Daguerréotype, pour une raison que l'on connait tous les deux. C'est fluide et dans le rôle du "chevalier servant". Inspiration nervalienne qui se retrouve tout à fait.

Nankin me fait penser aux années Adove, va savoir pourquoi Rolling Eyes Le côté salopard militaire pris dans son propre jeu-piège. L'ennemi qui hante l'esprit, les actions peu avouables qui transforme l'homme, le pousse jusqu'à la folie. On retrouve l'ambiance conservatrice, un petit peu, ce qui fait que j'ai un petit faible, même si le texte est "dur" (on a en vu d'autres, tu me diras).

Pour le Cirque, même avis que le Shadow sur les lionnes. Leur image est dite, mais pas assez mise en avant. Quant au personnage du clown, je ne peux qu'apprécier.

La confession est pas mal. Je ne l'avais pas encore lu, ce qui fait que j'ai suivi le texte avec curiosité, et la conclusion est vraiment bonne. Texte un peu court, cela étant, mais ce n'est pas gênant. J'aime juste rajouter un peu plus de forme aux personnages, à leurs sentiments. J'aurais vu plus de détails dans la psychologie du curé, mais comme dit précédemment, ça ne heurte pas le fil du texte.


ps. J'avais oublié ce texte Teletubbies...un OMG s'impose.
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Henri de Walrins
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MessageSujet: Re: Anthologie   Dim 4 Sep - 13:41

Vais me la jouer cliché, mais "je suis trop vieux pour changer". Et puis, j'avoue bien aimer mon style (encore heureux!), et le fait qu'il soit aussi diamétralement opposé au tient n'est pas un mal. Nous avons pu alimenter en poésie d'autres forums sans avoir de point d'achoppement et de redites.

Noirceur et romantisme, oui, c'est un peu une constante. Comme disait Aragon: "il n'y a pas d'amour heureux", bien qu'ici j'y aille franco en liant amour avec mort et folie ('fin... "amour"). Je posterais ici à l'occasion mon "texte sans nom" qui a été dans un sens fondateur de ce genre de choses (bien qu'un cas à part, j'y reviendrais sans doute...)

Daguerréotype, oui, ca ne m'étonne pas qu'il vous "parle plus" à Shadow et toi, bien que personne (je dis bien personne) n'ait été chercher le sens profond de ce texte. J'attends, comme tu sais, la réponse d'un autre lecteur qui est en train de faire une thèse sur ces quelques phrases ( Rolling Eyes ). Quant à l'inspiration nervalienne, elle fut sans doute inconsciente...

Nankin, totalement, c'est un texte Cs. Avant les textes cette époque, je n'avais jamais essayé d'aller dans ce genre de voies, il est donc dans la droite ligne des écrits conservateurs. Mais oui, on a vu/écrit pire (et là, je dis "vive le RP"). A la base, texte pensé comme une variation classique sur le coté banal du mal, mais un peu transfiguré par une "lecture erronée" du final par tu sais qui. En soit, c'est pas plus mal, mais comme disait Shadow, ca surenchérit dans le glauque alors ^^

Sur la longueur de la confession, j'avoue avoir été un peu dubitatif. Il rentrait dans la limite basse que je m'étais fixée pour que le texte soit "postable", et pour autant, j'avouerais trouver qu'il lui manque peu de chose. Rien, en soit, qui offrirait un allongement substantiel (au mépris du twist final, surtout, ce que j'ai essayé de préserver le long du texte). Après, psychologie d'un curé, hum... Rolling Eyes
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Coco.B
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MessageSujet: Re: Anthologie   Dim 4 Sep - 14:44

En lisant tes textes je n'ai put m'empêcher de penser à plusieurs films (la faute à mon âme de cinéphile peut être).
la première me fait pensé aux "cheveux d'or", la seconde, ça peut paraître bizarre, à Indochine, Ce doux visage, m'a fait pensé a "Je suis une légende". Je ne suis pas sûre que tu ai fais ces textes en t'inspirant de ces films. En tout cas j'ai vraiment aimé, tu as un style qui me plait beaucoup.
J'ai aussi beaucoup aimé ta phrase sur l'écologie. Elle m'a semblée très vrai.
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http://notdead.forumactif.org
Henri de Walrins
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Anthologie   Dim 4 Sep - 15:33

Clairement (et bien qu'ici aussi, l'inspiration fut inconsciente), "The Lodger" à joué un rôle dans la présentation des rues, et les histoires de lampadaire (le film est, d'autant plus, magnifique). Mais j'avais plus pensé au moment de la relecture à "M le maudit".

"Je suis une légende", pas convaincu. Dans ce cas de figure, ce texte serait plus à rapprocher de la série de comics "The Walking Dead" que d'un film en particulier (inspiration plus ou moins consciente)
Et Indochine, malheureusement, je ne l'ai jamais vu en entier. Plus un mix entre divers matériaux de Wikipedia et "Full Metal Jacket"

En tout cas, merci de ta critique. Et merci que la phrase sur l'écologie te plaise
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Henri de Walrins
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Anthologie   Jeu 8 Sep - 12:17

Le temps des troubles

On aurait pu trouver duo plus mal assorti dans cette armée foutraque. Lui, soit disant du nom de Grantaire, mur humain aux années bien tassée lisibles dans ses rides et ses cheveux grisonnants. Elle, elle se faisait appeler Nix, et tenait plus de la poupée que de la femme, avec sa peau claire, sa taille de guêpe rehaussant des formes justement proportionnées, et surtout sa couronne de cheveux sombres impeccablement taillés. Pourtant, dans ce prélude à la guerre, sous le soleil d’Espagne, ils faisaient la paire dans chaque coup dur. L’anarchiste et l’exaltée, le vieux routard de la révolte et la convertie aux muses de la révolution.

Ils avaient reçus l’ordre, alors que les troupes de loyalistes républicains tentaient de tenir tant bien que mal, de passer à l’assaut sur une position retranchée des phalangistes. Le lieu leur avait été décrit comme un véritable bunker, gardé sans doute par quelques gentlemen de la légion condor, aussi leur avait il été fournis quelques bras supplémentaires. Rien de bien significatifs au niveau des effectifs, mais quand même de quoi faire potentiellement un coup d’éclat et marquer les esprits.

Une légère brume matinale était doucement chassée par les premiers rayons du soleil, vers six heures ce matin là, quand elle fit signe aux hommes massés autour d’elle de lancer l’assaut. Les choses s’étaient toujours déroulées comme ça, entre elle et Grantaire. Lui fonçait pour deux, elle de son coté planifiait et organisait les choses. Et, une fois encore, tout se déroula sans un seul accroc dés les premières mesures.

Il avait fait sauter immédiatement quelques bombes qu’il avait fabriqué avec amour, héritage d’une jeunesse entre Apaches et anars, et semait déjà la confusion, si ce n’était la mort, dans les rangs d’en face. C’était son plan, ses manières de faire, à elle. Mais au final, ça lui plaisait pas mal, même s’il préférait lui-même les armes blanches de toutes catégories. Un petit coté original, hors des codes actuels de la guerre. Anarchique donc.

Ils rentrèrent tous, toutes armes dehors, dans les corridors de béton de l’installation. Chacun nettoyait les recoins qu’il avait à portée, essayant de dénicher toute source d’ennui avant qu’elle ne le devienne. Grantaire, logiquement, ouvrait la marche, suivit dans l’ombre par Nix. Et leur boulot semblait, comme il aurait dit, se passer sur du velours. Pas encore de mercenaires à l’horizon, rien. Une promenade de santé derrière les lignes adverses.

C’est là que tout avait commencé à partir sérieusement en sucette. Sortant de nulle part, des miliciens en cuir noir avaient commencés à mitrailler leurs hommes. Ce qui n’avait pas manqué de déclencher un début de panique chez ces derniers, emplis de bonne volonté mais peu habitués réellement au feu de l’action. Voyant la mission tourner court, il avait essayé de reculer avec le plus de sang froid possible, emportant autant d’ennemi dans la tombe qu’il le pouvait si il devait y passer, tout en protégeant sa collègue derrière lui. Mais, malgré ses précautions, lors qu’il fut de retour à l’air libre, il eu la mauvaise surprise de se voir jouer le même tour qu’Orphée. Elle, Nix, n’était plus là, sans doute laissée derrière alors qu’il avait tout fait pour la garder avec lui.

Sa première réaction fut de vouloir y retourner. Ruant pour retourner dans cet enfer, plein d’espoir de pouvoir encore la sauver, il fut malheureusement retenu tant bien que mal par les autres soldats survivants. Les républicains ne pouvaient se permettre de perdre, coup sur coup, deux membres de choc comme elle et lui, quitte à abandonner quelqu’un qui pouvait être encore sauvé. Sa seconde réaction, alors qu’il se laissait traîner complètement abasourdi par ses compagnons d’infortune, fut plus logiquement selon son tempérament la violence. Il avait tout fait pour la sortir de là, c’était les autres qui dans leur précipitation l’avait abandonnée. Et sans doute tuée, mais il refusait d’arriver jusqu’à cette idée.

La petite troupe, et son leader en particulier, fut passée en revus par un quelconque officier à leur retour au camps. Sans doute quelques remarques acides furent émises à l’égard du comportement de Grantaire. Il n’y répliqua pas, pas d’un seul mot. Seul sa main droite exécuta un geste de révolte, d’un seul doigt qui signifia à l’officier sa volonté de démissionner. Il se serait volontiers battu, sans doute, s’il n’avait pas encore cru qu’une possibilité existait de sauver Nix. Mais le résultat était là, par son insubordination. Il était libre d’aller se faire pendre ailleurs.

On pense souvent qu’un chien sans maître est quelque peu fou, indiscipliné et hors de contrôle. Grantaire, cette nuit là, prouva l’agencement contraire. Oh, fou, il devait quand même l’être, pour revenir chercher sa Mélinée dans les griffes de l’ennemi. Mais au moins, il aurait la satisfaction alors de mourir à ses coté, en cas d’échec.

Deux gardes, allemands sans doute à voir leurs trais peu méditerranéens, avaient été placés pour garder l’entrée du Bunker, fusil mitrailleur en bandoulière. Deux gardes qui furent vite de l’ordre du passé. Le premier s’écroula rapidement, avec un sifflement écœurant sortant de sa gorge tranchée, sans même s’être rendu compte de rien. Le second aussi fit long feu : le couteau de l’anarchiste l’avait fauché au vol, dans le visage, faisant taire un de ses yeux pâles pour l’éternité.

Sans un bruit, il pénétra le ventre de béton et d’acier, fauchant sur son passage autant d’homme que possibles. Il savait donner la mort silencieusement, se faire oublier, malgré son imposante carrure. Dix années d’entraînement à Cayenne lui avaient finalement été utiles, à louvoyer entre les coups et les bêtes. Grantaire, ou l’ange de la mort. Et peut être même, songea t’il un instant, que s’il avait pris les rênes face à elle dés le départ, avec ses méthodes à l’ancienne, il ne serait pas là à la chercher en cette heure nocturne.

La recherche proprement dite ne dura pas longtemps. Elle était là, prostrée mais s’accrochant encore à la vie, dans une salle du premier niveau du complexe. Elle l’avait sans doute attendue, pour le voir une dernière fois. Bien qu’endurci, bien qu’habitué à côtoyer et donner la mort, Grantaire ne put réprimer un frisson qui lui traversa l’échine. Elle si fière, si belle, si parfaite à ses yeux, comme elle faisait fragile ! Et comme ses grands yeux noisette, pourtant brûlant éternellement d’une flamme de révolte et d’espoir, semblaient ternes ! Les autres, phalangistes, nazis, militaires, avaient sans doute tentés de la briser, de la souiller avant la mort. Et son corps portait les profondes stigmates d’une torture tant physique que mentale.

Il sentit la petite douce main glacée s’agiter un instant sur les callosités de la sienne, tandis qu’ils se cherchaient tous les deux des yeux. Puis, sans un mot, mais dans ce qui ressembla malgré la douleur en une ébauche de sourire, il la vit partir devant lui. Sa muse, sa complice, la seule femme sans doute qu’il ait un jour réellement aimé venait de l’abandonner. Il écrasa ses lèvres de sa bouche, tentant avec l’énergie du désespoir de la ramener à la vie. Las. Grantaire n’avait plus d’Enjolras.

Les dernières scènes de la nuit s’étaient passées comme un enchaînement de rêves. Il s’était vu la pleurer, sans doute la première fois depuis sa naissance où son visage banal était déformé par les larmes, puis se résoudre à sortir de l’installation qui commençait à puer la mort et le désespoir. Il l’avait chargé sur son dos, la ceinturant tant bien que mal avec sa chemise, et avait marché vers l’air extérieur. En abandonnant toute notion de silence, de discrétion, et d’infiltration.

A dire vrai, il avait commencé à hurler. De douleur, de colère, de remords. Il ne savait pas vraiment. Ses poumons lui faisaient mal, son crâne menaçait d’exploser. Il se sentait à la fois plein de sentiments contradictoires, et étrangement vidé. Sa lumière d’hiver n’était plus, à quoi bon encore lutter contre sa vieille collègue de Camarde ?

Ses vagissement avaient du tirer les derniers défenseurs du fortin du sommeil. Il s’était vite retrouvé presque acculé, face à une rangée de fusils. Oh, il eut été seul, il n’aurait pas hésité à foncer dans le tas, essayer d’en entraîner plus d’un au sol avant de tomber. Mais il voulait la sortir de l’enfer, définitivement, et trouver le repos près d’elle, sur une terre déserte mais moins vicié que ces lieux. Alors qu’un grand type sec aboyait un ordre dans une langue sonnant comme un coup de fouet, Grantaire révéla dans la lumière blafarde des lampes du bunker son petit présent pour la postérité : une ceinture de bombe. Il était abattu, eux s’écroulaient. Un plan simple, mais redoutablement efficace.

Les autres reculèrent, alors qu’il saisissait pour l’exemple une grenade. Sans dire un mot, brandissant seulement son sauf conduit explosif, il continua sans s’arrêter ni se retourner son chemin vers la sortie. Il était déjà passé par là, à peine quelques heures plus tôt. Seulement, il sentait cette fois sur les épaules le faible poids mort que représentait Nix. C’était finit, enfin.

La sombre clarté du ciel nocturne le frappa soudain, à travers une ouverture dans le béton. Déposant doucement le cadavre de la jeune fille à l’air libre, comme quelqu’objet précieux, il fit face à ses némésis. Il s’attendait à trouver des monstres, il ne vit que des hommes, certains aux trais aussi tirés que lui. Des hommes qu’il fit taire, éternellement, d’un simple mouvement du doigt. Alors que la goupille de la Mils teintait au sol, un mur de feu cueillait l’ensemble des ennemis d’un soir, emportant avec lui les murs du bunker qu’il avait préparé à sa fin.

Il aurait du mourir. C’est ce que son âme lui criait, quand il se réveilla. Il aurait du, mais quelque chose l’avait encore épargné. Le fait qu’une balle lui avait fait jeter sa grenade avait sans doute quelque chose à voir dedans, comme ses bâtons de dynamite détrempés et moisis qu’il avait autour du thorax. Son âme, il le savait, était morte, mais seul son bras droit semblait avoir suivi le chemin tracé par celle-ci. Sans doute quelque malédiction des cieux qui s’acharnait sur lui.

Faisant face au soleil brûlant du plein midi, il trouva, non loin de lui, le cadavre de sa belle. Elle semblait aussi frêle et pâle que lorsqu’il l’avait retrouvé, peut être seulement couverte de poussière de béton en plus. Mais, pour la première fois, il sembla retrouver dans ses trais fins et longilignes une impression de satisfaction. Elle l’avait sans doute vu, de là haut si les fous avaient un paradis, et apprécié son entière dévotion. Et, par delà les limbes de l’Achéron, lui disait un mot. Merci.
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