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 "Destruction. Ou naissance. C'est pareil." / "Silence est une rime !"

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eloiR
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MessageSujet: "Destruction. Ou naissance. C'est pareil." / "Silence est une rime !"   Sam 22 Déc - 13:23

"Destruction. Ou naissance. C'est pareil."

"Ne joue pas avec ça, tu es bien trop jeune pour garder les genoux propres."

Mais je n'ai pas la même jeunesse que vous...à 8 ans j'avais déjà le goût de tous les hématomes dans ma bouche. J'avais déjà dans mes yeux ces odeurs de sang que la vie vous apporte dans ses tableaux torturés : l'Art m'avait brûlé les doigts et déposé ses cendres sous mes ongles alors que vous grattiez encore la boue aux extrémités de vos phalanges...j'ai été infirme à 10 ans. J'avais perdu le coeur enthousiaste qui bondissait dans vos poitrines. Je crachais déjà la salive d'un prématuré sur les mirages que m'apportaient vos déserts. Là. Penché dans un recoin de ma conscience. Je ne dormais plus du sommeil venimeux des enfants. Je ne voyais plus la Lune comme l'innocente femelle qui accouche tout les jours du Soleil, mais comme l'astre assassin qui le laisse disparaître dans les veines célestes, écarlates. Le soir était pour moi le théâtre d'un avortement. J'avais perdu le premier langage, celui du rêve et de ses braises réconfortantes...et j'avais gardé sur ma langue les carcasses de tous les cauchemars du monde. Mes lèvres étaient des chardons quand j'embrassais ma mère pour ne plus lui dire "je t'aime"...je ne voyais plus rien que l'invisible. La lymphe. Je voyais la sève du monde et les flaques de ses muscles. Les artères de son rire que tous les écrivains auraient voulu entendre un jours. Je me baignais dans vos organes pour y trouver vos désirs, les crustacés de vos poumons, les soupirs salés de l'espoir...je savais qu'ils disparaîtraient avec la marée - La mort - et que vous n'étiez pas ce sable qui fait les plages du paradis mais celui, mouvant, qui s'enfonce aux enfers : à 13 ans j'étais biologiste. Quand j'avais soif, je buvais la racine des nuages. Quand j'avais faim, je dévorais le sucre des volcans. J'ai été décomposé trop tôt. Trop tôt j'ai été l'otage de tous les automnes du monde. Et j'ai senti mon nombril s'étendre, s'ouvrir, se propager. Vomir cette nature qu'on m'avait donné, trop tôt. Ma peau avait été pincée, piétinée, déchirée, arrachée. Elle avait été l'humus violenté par la neige. Mon squelette était une falaise fatiguée, mes os un vertige insurmontable. Mon sang s'y heurtait en échos sombres, charriant mes lambeaux calcaires. Mon cadavre se diluait dans la mousse de mes propres écumes...j'avais eu la pupille violée par l'amour à 15 ans. Effroyables 15 ans. Déposant sur ma langue une nuit amère. - ce sera mon nouveau langage, la cale de mes pensées noircie de je l'aime. - J'ai souffert avant vous le silence d'un foetus. Mes tympans non plus craquelés de pâles conjugaisons, mais éventrés de l'infinitif. J'ai vu le visage de la vie passer dans les soupirs de l'Inconnue. La seule inconnue. - Vous je vous connais, tous. J'ai depuis longtemps apprivoisé vos masques congrus. - J'ai senti sous la violence du verbe "vivre" mes articulations se violacer. Vivre. Vivre dans ses empreintes, dans son ombre, dans la cascade de rimes qui dansent sous ses cils...voilà ce que j'ai vu tellement jeune et que vous, vous avez voulu laisser passer pour le conjuguer dans ses 14 robes. À 16 ans j'ai été un orage d'encre. J'ai eu dans mes nerfs l'électricité des regrets. Dans l'estomac les orgies pures de l'amoureux. J'avais digéré plus de saisons que vous tous. J'avais appris à sentir jusque dans les égouts de la vie. J'avais compris l'insomnie des étoiles et la lèpre de la terre. J'ai eu dans ma chair toutes ces maladies sensibles...et le souvenir du baiser des résurrections.

"J'ai eu la barbe de trois jours à la naissance."

Alors oui, j'ai vécu assez pour choisir ma vieillesse maintenant. Pour dépérir dans le chagrin d'une fleur ou pour pourir dans les intestins d'un lièvre. Pour laisser mes plaies grincer dans le brouillard de vos esprits adolescents. J'ai assez été jeune pour avoir les rides, les cernes qui me plaisent...

/

"Silence est une rime !"

- Vous parlez trop. -

"Entendez vous encore seulement les mains du poète ?"

...la peau d'orage, et dans le ventre la digestion de tous les nuages des crépuscules. Sur la langue les lueurs de l'aurore. Dans les yeux toutes les épices du monde. Et les cheveux...les cheveux de mille démons qui sentent le feu de bois. Les os liquides, et puis même ses veines qui rimes sans y paraître. Un ciel tout entier qui se noue dans ses nerfs...il a l'infini dans ses viscères. Le cerveau noyé des musiques de la nuit... - le poète est un somnambule - son visage primitif, son langage à lui, son coeur écorché par les rides qu'il a depuis qu'il est prématuré... : le sensible au creux de sa paume.

(...)

J'ai choisi, moi. J'ai choisi d'avoir la nausée quand Chostakovitch me frappe. De boire jusqu'à la lie le jus amer de Rimbaud. De me faire éventrer par Dostoïevski, laisser mon estomac pleurer. J'ai choisi d'aimer, et de me heurter au vent parce qu'il est devenu sec. J'ai choisi d'avoir mal en nageant dans la poésie, de m'éteindre sur sa lèvre décoiffée, sur son baiser impolie, qui a la maigreur d'un mythe, la fragilité d'Homère. De souffrir cette religion de sang et d'amoureux. J'ai choisi son haleine de grand écrivain. D'avoir, planté dans le front, une gargouille affreuse, hideuse, le visage d'un cauchemar d'où s'écoulent les étoiles et leur rire que je chéri tant...j'ai choisi Proust pour avoir la migraine et les poumons pleins de son encre. D'être malade, d'avoir cette lèpre qui déconstruit la morale, qui ronge le désert de vos âmes attendues, perdues. "Vous avez des doigts qu'on construit à la chaîne." Les miens, je les ai volé aux arbres, je les ai taillé dans le bois pour qu'ils aient les odeurs de toutes les saisons possibles. J'ai laissé les feuilles d'Aragon panser mes cicatrices, laver mes genoux sales. J'ai choisi d'avoir les pupilles brisées pour me porter malchance. D'avoir dans ma gorge une aubépine cruelle pour tout balbutier, pour chuchoter des épines amères, pour avoir dans chaque mot la douleur qui s'immisce.

- J'ai choisi...j'ai choisi de vivre dans les intestins du lièvre. -
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