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 Vrac

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Zalarzane
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MessageSujet: Vrac   Mer 7 Aoû - 15:14

Trois textes différents, sur plus ou moins le même thème, mais à des moments éparpillés sur l'année scolaire passée (pour les deux premiers). Faut se mettre dans la peau d'un personnage qui fait le point sur lui-même. Encore une fois, j'ai commencé, mais pas poursuivi, et là les textes parlent justement du problème qui les concerne. Un vrac dans ma tête entre le ressenti du personnage et moi-même.

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L’angoisse de la page blanche. Je ne sais pas quelle foutue connerie je suis censé griffonner. Ecrire, c’est mon seul talent. Mais je n’aboutis jamais à rien. Je me lasse, comme de tout. La différence, c’est que j’y reviens toujours. Mais je recommence, je ne finis jamais rien. Et ça c’est à l’image de ma vie. Je n’ai pas la force, ni l’envie, de terminer quoi que ce soit. Alors je commence, à demi-mot, sans conviction, jusqu’à l’épuisement hâtif de ma cartouche. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j’ai peur de ne plus savoir quoi faire après. Peut-être que j’ai peur qu’une fois terminée, mon œuvre me paraisse inaccomplie. Peut-être que j’ai peur d’avoir tout fait pour rien, peur de l’échec. Ou peut-être... qu’au contraire, j’ai peur de la réussite. Je veux que ce soit parfait, jusque dans le moindre détail, donc je ne fais rien. Je n’achève rien. Une réussite imparfaite me semble n’être qu’une demie réussite. Alors à quoi bon ? Pourquoi est-ce que je ne devrais pas me contenter de ne rien faire, et de ne jamais être déçu ? Je ne vois pas pourquoi je ne me satisfais pas de mon aboulie alors qu’elle m’est si confortable, que je m’y sens en sécurité. J’ai envie de plus que ça, mais j’ai peur d’y arriver. Je suis un putain de lâche, qui a conscience de sa propre contradiction, et qui n’est pas capable de faire autre chose que de la constater. Je suis un enfoiré de rêveur, qui ne vit rien que par procuration. Je suis monsieur tout le monde, alors que le monde devrait m’appeler « monsieur ».

________________

Je suis animé par cette putain d'énergie qui me dit que je dois me remuer. Les choses changent, bougent, et je ne veux plus en être spectateur. Je veux agir, prendre les choses en main et avancer sur la voie que je serai le seul à me tracer. Pourquoi continuer à subir, quand je peux commencer à m'engager dans ce que je jugerai le meilleur pour moi ?
 
Je ne veux plus avoir peur de me retrouver à Masque découvert, j'en ai assez de vouloir me faire accepter en niant ce que je suis, qui je suis, et ce sans même le savoir réellement. Parce qu'au fond, tous les autres sont comme moi. Tu es comme moi. Tu cherches l'approbation, non pas de toi-même, mais de ceux qui t'observent. Ce que tu n'as pas compris, c'est que l'on n'observe que soi lorsque l'on regarde un autre. Dans ses défauts, on a peur de retrouver les siens. Dans ses qualités, on espère trouver en soi quelque chose qui s'en rapproche. Pourquoi donc cette crainte de la vie, alors qu'elle ne demande qu'à être attrapée à pleines mains, croquée à pleines dents ? J'en ai assez. Je veux partir à la découverte de moi-même, des autres, de ce dont je suis capable et des limites que la nature m'imposera. Catharsis.
 
Trop longtemps je suis resté la bouche close, à regarder sans voir, à écouter sans entendre, à me ranger dans un coin tout en m'évadant par la seule force de l'imaginaire. Moyen de me reposer les méninges, pensais-je. Peux-tu lire mon esprit ? Peux-tu concevoir ce que je ressens lorsque je m'adresse à toi et que je tente de rester conventionnel, de ne pas sortir des limites que je me suis moi-même imposées pour ne pas risquer de te froisser, de perdre ton aval ? Et merde, pourquoi est-ce que tu m'effraies autant ? Pourquoi bon sang ne puis-je pas simplement te regarder dans les yeux, soutenir ton regard, et m'ouvrir à toi pour que tu puisses reconnaître que je vaux autant, sinon mieux que toi ? Est-ce que je me force à me diminuer pour rester dans les standards ? Est-ce que je suis si terrorisé par le rejet social que j'en perds le bon sens d'affirmer ce que je suis ?
 
Je suis certain d'une chose: ça, je l'ai perdu. L'ai-je seulement saisi un jour ? Je n'en sais rien. Aussi loin que je m'en souvienne, je ne parviens pas à mettre le doigt sur le sentiment que j'avais lorsque ton regard ne produisait sur moi que l'enthousiasme de pouvoir tisser un nouveau lien. C'est ce qu'on appelle l'innocence. Mon problème, c'est que je l'ai gardée trop longtemps pour me la voir arrachée trop brusquement. Le pire de cette équation, c'est que je suis persuadé que l'origine de la cruauté qui me la retirée, n'est rien d'autre qu'une innocence différente.
 
Tu ne te rends pas compte que tu transformes un individu lorsque tu te trouves en groupe. Tu as simplement la chance de te trouver du bon côté de la barrière sociale. Et ça change tout. Il n'y a pas ni regrets, ni remords, tu te dis que ce n'est pas si grave et que je m'en remettrai. Dans le meilleur des cas tu ne considères même pas l'impact que tu peux avoir sur moi, ni les conséquences qui en découleront. Je n'existe pas, je suis nié. C'est le nœud du problème.
 
Je suis heurté, brisé, malmené, et tu ne me reconnais pas le droit de m'y opposer, parce que tu ne me reconnais même pas le droit d'exister. Et lorsque je tente, dans un soubresaut d'énergie, de me révolter, tu t'en sers pour réduire les éclats de verre en morceaux plus petits encore. Il ne me reste alors plus rien à faire, plus rien à dire. Commence l'inévitable repli sur soi. Puisque tu me nies, c'est parce que je n'existe manifestement pas. Je me ferme, pour la simple et bonne raison qu'il n'y a rien à dévoiler, rien à montrer. Il n'y a rien du tout. A part la crainte inconsciente de me voir retirer jusqu'à ce rien du tout qui me caractérise. C'est la déconstruction identitaire, je me réfugie dans ce qui permet d'oublier. L'opium. Selon mon milieu et mes moyens, ce sera le jeu vidéo, l'alcool, la foi outrancière, la lame du rasoir. L'autodestruction de ce moi dont je suis convaincu qu'il n'existe déjà plus.
Puis on prend peu à peu conscience qu'on peut exister autrement. Parce qu'on en a marre de la néantisation. Il y a un problème qu'il suffit de contourner, puisqu'on ne peut pas le résoudre. Tu ne me permets pas d'exister, alors c'est un autre qui existera à ma place. Et tu n'y verras que du feu. Se met en place le début d'un jeu de rôle suicidaire qui gouvernera ma vie pour éviter que tu n'en aies le monopole. Très vite, je constate que les débuts sont imparfaits. J'obtiens des résultats, mais je ne fais pas encore très attention à ce qui sort de ma bouche. Je tâtonne, je cherche les limites que tu m'imposes d'un droit qui ne te revient pas. Et peu à peu, ces limites deviennent miennes, parce que je me les appropries, ou du moins parce que j'ai l'illusion de me les approprier. Puisque je suis intelligent, je parviens même à les repousser ou à les remodeler. Mais malheureusement ça ne suffit pas, parce tu veilles au grain. Tu m'as collé l'étiquette, tu as mis tant d'ardeur à y graver "néant", qu'il serait fort dommage que je l'arrache. Tu pressens mes manœuvres les plus audacieuses et tu les étouffes dans l'œuf. Il ne me reste plus qu'à comprendre que le détour que j'emprunte n'est pas le bon. J'en cherche un autre. Tout ça m'est imposé, je ne choisis rien. Et je m'accoutume à l'absence de libre-arbitre. Je suis parce que je ne choisis pas. Et cette maxime devient ma norme.
 
Alors je trouve la solution. Je me fais muet, tout simplement. Miracle, tout ce temps tu cherchais à faire taire ma voix, et voilà que tu y parviens. Mais tu n'en as pas la moindre satisfaction, parce que rien n'a changé pour toi: je n'existe pas. Mais dans mon inexistence,  tu consens enfin à me reconnaître. Pourquoi ? Car j'ai saisi qu'il faut plaire, et que plaire, c'est se taire. Tout le plaisir est pour moi, parce que je sens que je peux recommencer à exister. Je suis satisfait de l'insatisfaction ! J'ai été cantonné, réduit, compressé à l'extrême limite. Il me paraît salutaire d'être enfin reconnu par toi, au prix de ce sacrifice. Je souffle, et je m'accoutume peu à peu à cette découverte incroyable. J'en détermine les tenants, et les aboutissants. L'âge venant, je suis un peu plus malin, un peu plus futé encore qu'auparavant. Ce que je voulais que tu perçoives sans te douter de rien, tu commences à en faire une évidence. Je tire désormais les ficelles, même s'il ne s'agit pas des bonnes. Pourtant les choses s'améliorent pour moi. Je passe d'une déconstruction personnelle à une construction impersonnelle. Mais je suis pris à mon propre piège, je fais d'une évidence une duperie que je m'impose. Je m'en fous, tu plonges avec moi !
 
C'est l'arrogance timide. Je me persuade que je te suis supérieur, car je te manipule. Peu importe que je sois mon propre marionnettiste, tant que je suis aussi le tien. Mais le problème est le suivant: jamais je ne risquerais d'afficher ce sentiment de supériorité. Ce n'est pas parce que j'ai l'intuition, l'intime conviction qu'il est factice, mais parce qu'il ruinerait ce statut que j'ai si durement atteint. Le jeu de rôle continue, sous une autre forme. Je ne suis plus conscient d'agir en autre, l'autre devient part de moi-même. Je voulais mener une existence par procuration, mais je me procure une existence. Je deviens celui qui s'adapte aux circonstances, aux personnes, à toi. C'est le bal des Masques. Le bal des Anonymes. Et alors, je pense saisir le jeu social. J'arrive à me vanter de mener une existence normale parce que je suis tranquille, parce que je suis conforme. Tu ne me nies plus, je te plais. Tout est déterminé par toi, je ne maîtrise rien que le moment où je change de visage. Tous mes choix ne sont que des illusions de choix. Ils sont ma plus grande terreur. Je suis effrayé par le changement qui risque de faire voler aux éclats mon confort précaire. Comme j'ai peur de faire le moindre faux pas, je me calque sur toi. Qu'est-ce que tu attends de moi ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que penses-tu ? Des questions que je me pose sans vraiment mes les poser. Elles sont instinctives, font partie de l'interaction, du jeu, ce sont des mécanismes de protection. Je suis alors déjà perdu depuis bien longtemps. Et je m'ennuie.
 
Mais maintenant j'en ai assez. Tout ça me paraît fade, c'est à mes yeux du temps perdu. Je prends conscience de ce que je ne suis pas, sans parvenir encore à saisir ce que je suis. Il faut que je parte à ma recherche. Je n'ai plus à avoir peur de toi, tu es comme moi. A la différence que tu n'as pas traversé ce que tu m'as fait traverser. J'ai cet immense avantage que tu n'auras jamais, mais je ne te dis pas merci. Il est temps, même si ce ne sera pas facile. Bas les Masques.



 ________________


Quand j'ai écris le texte qui arrive, c'était bizarre: à 3h du matin, en pleine insomnie, des idées et des mots auxquels je pensais depuis quelques temps déjà se sont mis en place d'un coup, à la queue-leu-leu, et sont venus sans que je fasse le moindre effort pour y songer. Exactement de la même façon que s'ils m'avaient été dictés, je me suis juste senti obligé de les coucher sur un papier pour pas les oublier, un peu comme si j'étais simplement un vecteur. C'est court et ce n'est important que pour moi, mais je le poste quand même.



On vit dans un monde fondamentalement faux, où dès lors que l’on donne le terme « hypocrisie » on se trouve à mille lieues du sens que l’on se prétend vouloir lui attribuer, puisque l’on parle en fait de tact. On confond franchise avec agressivité, et l’on voit dans la neutralité une faiblesse, voire le potentiel d’une trahison. La gentillesse est perçue comme une malveillance, la bonté et la compassion sont vues comme des impostures. L’amour est, bien paradoxalement, à la fois exacerbé et réduit à la banale émotion, au petit affect. La réserve est prise à tort pour de la froideur, de l’inaccessibilité, ou même de l’hostilité, là où l’on interprète l’exubérance et le martellement des idées comme les expressions manifestes du vrai et de l’agréable. Etre authentique, pris dans un tel décalage entre sens et langage, requiert une force exceptionnelle, et relève alors ou de l’exploit, ou de l’innocence absolue, de sorte que l’on finisse peu à peu et malgré soi par valider ces allégations erronées.

 


C'était il y a un tout petit plus d'une semaine pour celui-ci, ça faisait plusieurs mois que j'avais pas écris quoi que ce soit. Et depuis, plus rien. Bien maigre.
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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Re: Vrac   Dim 11 Aoû - 11:07

Longtemps qu'on ne t'avait pas vu par ici.


1er texte : les textes parlant de la page blanche, l'angoisse de ne rien écrire, la perfection, la création...rien de bien passionnant pour quelqu'un d'autre, c'est le genre de texte qu'on écrit pour soi, sans forcément le montrer à d'autres. Sinon pour lancer une bouteille à la mer, ou pour dire qu'on n'y arrive pas. Et après ? Je ne vois pas le but, si ce n'est écrire pour se plaindre, et du coup ne pas écrire, justement.




2ème texte : thème du Masque, apparemment (pléonasme ?). J'en ai parlé un peu avec Fredo, de ce thème qui semble hanter notre génération. Le nombre de personnes qui écrivent sur ça, disant qu'on ne les connaît pas, qu'ils ne se montrent pas tels qu'ils sont...façon de se protéger, de rester mystérieux, alors qu'ils sont toujours pareils. Le Masque n'est qu'une création, bien souvent, pour se donner un genre.

Mais soit, avançons au-delà de ça. Réflexions profondes sur les apparences, les autres, d'abord. Il y avait un peu les mêmes sur Destruction Massive (ton texte, pas le site), et je te disais déjà que certaines idées semblaient sortir d'un cours de philo de terminale. Là j'ai la même impression. Les idées me semblent friables, reposant sur aucun argument sérieux outre le tutoiement, et le fait que le lecteur est manifestement ignorant d'une vérité que tu lui racontes. Ce qui est rapidement lassant.

Les interrogations du troisième paragraphe semblent s'adresser...à personne sinon toi. On sent un malaise, et on s'éloigne de l'auteur.

La destruction du narrateur. Là on s'éloigne un peu, en tant que lecteur, car on est parti pour un monologue. Longuement plaintif, avec des expressions assez étranges, qui dénote une narration pour se retrouver. J'aime bien le terme de destruction identitaire, qui est là aussi un des gros soucis de nos jeunes générations. Il faut avoir une identité, puis son identité, une originalité, pour prouver qu'on est, qu'on s'inscrit dans le réel, qu'on est fixé dans un raisonnement et une apparence qui tiennent bon. Bien sûr, puisque tout est dans l'identité, on n'est rien sans. Enlever les signes sociaux d'un gothique, et il n'est rien d'autre qu'un individu. Ce qui peut faire peur. Je ne fais pas de comparaison entre le texte et cet exemple, mais il y a des liens, des correspondances. Et merci de me rappeler mes cours de philo politique sur l'identité Smile 


La suite pourrait être rimbaldienne, dans un certain sens. On est loin du plus profond "je est un autre", mais on le pressent. C'est un processus poétique qui se fabrique, plus ou moins bien - car on sent toujours le malaise. Comme quoi la poésie n'est pas inaccessible...

Le reste serait intéressant à débattre concernant les relations en jeu de rôles. Les relations de manipulation de mj à joueurs, qui m'intéressent depuis que je suis tour à tour les deux. Sinon, je ne vois quoi ajouter. On ne sent pas proche du texte, de l'auteur, même si je te retrouve, subjectivement, dans quelques formules ou traits de caractère. Je suis curieux de connaître la motivation de ce texte, du reste.

L'esprit de l'auteur me semble aussi un peu présomptueux, un peu comme ces joueurs d'échecs qui pensent faire la meilleure stratégie, sans voir que leur adversaire peut faire mat en cinq coups. C'est ce que je reproche à l'écriture à la première personne, entre autres : on raconte ce qu'on veut. Joint le tutoiement, et l'on devient ce qu'on veut. C'est ce que veut le narrateur, remarque, non ? Wink



Troisième texte :  rien à dire, si ce n'est que je ne suis globalement pas d'accord. Sur la compassion, du reste, j'ai lu un paragraphe très intéressant de Nietzche dans l'Antéchrist, qui dit que la compassion issue du christianisme avait participé au déclin de l'occident. Je pense te le faire lire lors de notre prochain Coche.



Globalement, un trait commun entre les textes. On sent un malaise, un vide, l'auteur s'est trompé de chemin et tente de se retrouver. Ce qui peut expliquer l'angoisse de la page blanche ?
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Vrac
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