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 dame en mauve adieu 2

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jeanflon




MessageSujet: dame en mauve adieu 2   Mar 14 Jan - 13:51



Adieu 2




Il dépose son revolver devant lui en caresse la crosse de nacre.

Le timbre du téléphone le fit sursauter mais il n’étendit pas le bras pour décrocher. Son répondeur se mit en route pour l’éternel message priant, l’intrus, de bien vouloir laisser ses coordonnées etc. et, n’oubliant pas de remercier pour le final. Du raffinement ! Il avait du raffinement en tout.
Il écouta la bande « Shame » qu’il avait mise justement dans l’enregistreur Il adorait écouter et réécouter les airs qu’il aimait. La musique hurlait ; il se trouvait dans un vacarme, dans un grondement qui était sien. Le tumulte dans la pièce était sien.
Le silence. Anne, car c’était elle, s’arrêta de parler. Toujours cette manie de raconter sa vie au répondeur. Il fit une pause, un temps mort passa, il prit le combiné et, à contrecœur ressona Anne
Il raconta son bras cassé, sa solitude. «  Merci de m’avoir appelé «  Jeta-t-il, mi-figue, mi-raisin. « Je t’ai téléphoné deux fois » Précisa-t-elle. Il lui lança, sarcastique. Justement, deux fois en cinq semaines ! Dans le fond il s’en foutait, c’était pour le principe ; il entendait bien ne pas passer pour la cinquième roue du char. Elle parla de son loyer qui augmentait de 50% Elle le savait depuis le weekend- end passé Tiens, Elle téléphonait Il souriait, se marrait de la coïncidence. Anne ne pouvait l’entretenir que de ses dettes Il ne sait pourquoi mais il exultait. Elle voulait la vie de Cocagne ? Qu’elle assume donc. L’argent ne fait pas le bonheur ; assure-t-on. Apparemment ce n’est pas vrai. Il trouvait que, pour un couple si heureux, ils sortaient tout le temps, pour tout et pour rien ils étaient dehors. Que cachait donc cette frénésie de bruit, de monde ? Et si en plus ils se trouvaient à cours d’argent… Il secoua la tête en souriant. Un couple qui ne peut rester seul n’a-t-il pas mal quelque part ? Il se posait la question mais en toute quiétude dans un détachement parfait. Anne lui dit qu’elle resonnera demain, s’assure qu’il serait bien là. Il dit « Oui » Il ne décrochera pas. Il était fatigué. Il attendit patiemment que le clapotis de l’autre côté cesse Enfin Anne raccrocha
Il soupira d’aise se rassit et prit la lettre de l’Aimée qu’il relut :

Mon unique amie, toi à qui je n’aurais jamais autant confié, avoué, confessé. Mon amie pas libre ; jamais libre ; Mon amie au cœur emprisonné pour jamais pourquoi vais-je vers toi dans un mouvement si naturel de l’âme ? Mes jours se succède malgré moi et sans moi. Quelle que soit ma peine du moment, je reprends la lettre ; la lis, la déchiffre mot à mot ; l’épluche, j’ânonne mon chagrin, en égrène les causes m’assurant bien d’aucun oubli, d’aucun trou, aucun Temps de pause entre deux sanglots, deux accusations
Voici ex-cathedra, mes états d’âme
La Yougoslavie me panique. 1997 année de malheur
Les réfugiés réveillent mes craintes, réveillent le Temps Ombre, le Temps du « non-être » Le Temps interdit de parole. Yougoslavie. La saison de la grande moisson de racines Arrachées les racines ; coulent le suc, le sang des individus par millier On les viole jusque dans la pensée puisqu’ils devront, désormais parler une autre langue
J’envoie mes écrits du bout des dents, du bout des doigts, du bout du cœur. M’ennuient les Maisons d’édition, M’emmerde de me vendre. Quel prix donner à mon cœur ? Chaque histoire est « moi » émietté, morcelé, parcellaire. Imagine un prix à
La Dame en Mauve ! Un prix à notre histoire ! Te représentes-tu ce sacrilège ?
Ces textes travaillés laborieusement fiévreusement ; Ces textes uniques puisque miens
Ces textes, ces pages avec lesquels je jouais à « saute ruisseau » Combien les vendrais-je ? 30 deniers ? » Il relit encore la lettre qu’il lui avait envoyée tout en en faisant un double. Toujours un double…. Il créait, façonnait, La Dame en Mauve en vivant sa propre histoire. Il provoquait l’événement pour mieux les analyser, les écrire ensuite Il en parlait autour de lui pour étoffer les personnages de sa propre histoire d’amour
Imitant cela son dieu, son maître : Diderot.
«  La Dame en Mauve que je corrige, je la tourne, la contourne, la virgule, la marque de mon sceau de mon style. Comment la vendre ? Sur quel marcher  ? » Il replia la lettre et prit son article que lui avait demandé une revue sur l’incontinence. Il avait mis le titre « Que d’eau ! Que d’eau ! » Il a envie de se mettre à hurler « Marre ! Marre  d’écrire vos conneries « Marre de me trousser comme une gourgandine pour vous plaire, plaire à la mode, à l’édition, aux magazines

Ecrire ? C’est respirer à profondes goulées ; c’est vivre et, vous m’étouffer de votre prétention littéraire Ecrire ? S’entretenir avec soi-même. Ecrire ? Duo entre l’auteur et le narrateur. Ecrire ? Se raconter à
Mi-voix, à mille voix, à haute voix. Le cœur bat ; Saigne le cœur. Le récit enfle les voiles ; Les crêpes du devenir se gonflent. Anna Karine ,Docteur Jivago, Faust sur l'écran de ma mémoire se meuvent
Il revient, malgré lui, à La Dame en Mauve
Comment ai-je pu vivre cela ? El n’avait de cesse de crocheter patiemment leur relation. Avec quelle minutie El enlevait les repères ; Avec quelle vigilance El effaçait toute trace de son passage. Jeanine ne peut pas souffrir…. Il éclata de rire  Il se souvient de cette relation « Love Phone » Avec El, tout devenait mortifère ; Lui, de son côté,   voulait ses trois cents page sur La Dame en Mauve qu’il enfantait dans la douleur. Déjà il comptait son temps par nombre de pages. Encore deux cents pages à écrire donc tenir la relation encore trois mois… Il finit par être saturé » de ses caprices qui le jetaient dans une nervosité intense. Tourbillon d’amour. Malgré lui contre lui il se laissait prendre à ses propres filets. Il aimait Il l’aimait
O mon âme tu as osé. Cerveau sillonné à la charrue de la douleur. L’amour n’est jamais qu’un Temps au subjonctif parce que toujours incertain dans le long terme. Amour « t’aime » mille mille fois rabâché. Rien ne me convainc, rien ne me convient dans cet amour que tu m’offres
Il alla, le crayon à la main, annotait en rouge dans la mage gauche toujours « gauche » les notes rectificatives.
Il devait revoir ce texte qui n’était pour l’heure qu’hémorragie d’une confiance, une pensée incontinente qui pisse le sang.
Il joua avec son revolver, en abaissa le chien et sourit tout en le déposant Je ne suis qu’à la lettre 2 Il m’en faut 500 avant…



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Gudule
Ecrivain
avatar


MessageSujet: Re: dame en mauve adieu 2   Mer 15 Jan - 22:18

Je suis fan !
le type est assez mystérieux, et je dois dire que je j'aime assez le héros cynique et légèrement désespéré (j'ai écrit pas mal de nouvelle avec ce genre de héros)

le style est bon, fluide, agréable à lire. Rien à dire.
Il y a quelque phrase qui passent assez mal, comme le "gourgandine" par exemple...
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dame en mauve adieu 2
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