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 Onironefs

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Mario
Ecrivain



MessageSujet: Onironefs   Sam 13 Déc - 15:39

Quatrième partie du manifeste fantaisiste, sur le voyage.
Il reprend le titre d'un de mes poèmes, et le poème Mendiants d'Azur.


IV. Onironefs




«  Il n'y a pas assez de réel pour ma soif »

Benjamin Fondane


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


Lasses, sous l’orée du jardin
Bois divin, clairière d’herbes blanches
S’allongent l’âme et la main
L’orage s’annonce vers leur manche

Ils passent parmi les grandes migrations
L’infini comme promesse de repos
Ils captent l’énergie et les puissantes vibrations
Leurs yeux vivement calmes sont tendrement clos

Se dévoilent en furie les peintures aériennes
Dans l’entrebâillement du ciel l’aigle séduit le Soleil
Les figures de coton font salon sous le vent
Et le soir étincelle ; et la Lune luit merveille…

Les secrets sont dévoilés dans l’éclat
Des astres en fleurs, pétales de nuit
La terre est loin…les hommes ici-bas
S’endorment fous d’avoir frôlé la vie

Âmes de l’empyrée ! Âmes déshéritées !
Démunies par tous les citoyens
Voilà votre royaume, vos palais éthérés
Où la Beauté rêve et le rêve est souverain !

Libérés de la fréquentation du monde
Du corps et ses aspirations futiles
Ils respirent enfin sans leurs chaînes immondes
D’un souffle pur où la joie rutile

Les maillons, villes criardes en révolution
Brûlaient la chair la tirait à la terre
Arrachaient les ailes de l’oiseau de son
La poésie mourrait dans les rues d’enfer


Cimetière immense, les cites ensevelissent
La fusion des cœurs amoureux des astres
Le champ d’étoiles paisible s’offre aux délices
Des yeux creux d’avoir perçu les désastres

- Pars ! Pars ou reste accroché ici-bas !
Chacun a entendu cette voix de raison
- Abandonne le connu ! Abandonne-toi !
Et le dégoût et l’ailleurs ferma les maisons

- Tu seras nu dans la chair des nuées !
Tu auras froid. L’eau brisera ta chaleur !
Tu brûleras sous les zéniths d’été
Ta peau de cuivre chauffée jusqu’au cœur !

- Alors, dans une impossible perdition
Tu te découvriras en l’état tonitruant
Ta main trouvera une nouvelle condition
Pour l’humain issu du tremblement !

- Tu trembleras, dans les grondements !
L’esprit léger pris dans les tempêtes
La mort sera ton seul cheminement
Au ciel furieux tu chanteras la fête !


Les papillons répandent la rumeur
Pégases blancs aux murmures doux
Ils incantent au fond de la fraîcheur
Les siècles qui hérissent le poil des cous


Les pèlerins, tendres miséreux célestes
Marcheurs du silence, muets bavards
Écrivent pour une brillance, d’un geste
D’un vers élégant en œil de buvard

Cherchent, au bord de leurs souliers
Troués, crevés par les étoiles filantes
Les dernières âmes du sol à expier
A la lumière de la Voie Vivante

Les œuvres s’échappent en riant fort
Vers de nouveaux continents stellaires
Vagabondes immortelles que les Soleils dorent
Foudroient de mots l’ancien dictionnaire

- Mendiant, perceur de mystères
Tu n’es plus fait pour la boue
Tiens-toi droit, demeure fier,
Tiens la plume que le vent secoue,

Écris le ciel qui se donne
Par charité d’éclairs et d’orages
Le vent sonne gronde et résonne
La terre est si loin auprès des nuages…


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


retour sur les fleuves du nouveau monde
roucoulant sous les rocailles vocales des nègres
les fêtes paysannes ponctuées par les jeunes filles de paille
être un épouvantail de l'amour
au milieu d'un monde bruyant qui s'endort
le nez chargé de sueurs dans un decrescendo qui lève les rêves paisibles
des marchands de sable s'enfouissent dans les dunes bleutées
une fumée langoureuse parcourt la surface de tous les visages
puisque partout l'homme ressemble à l'homme
ce qui devrait nous laisser immobiles
heureux
au bonheur de l'ennui

les folles escales ont cloué le Christ qui se balance à la proue
figure bénite entre toutes les rades
qui regarde les rires se déployer dans la graisse des cuisses
d'un guitariste sale et un accordéon pouffant la misère
se rendre malades d'ivresse sur chaque quai
est une nécessité
notre prière fantôme
pour ne pas sombrer définitivement comme ces oiseaux du large
qui suivent le chalut
la folie de l'Océan Vainqueur, celui qu'on salue secrètement
Seigneur de la Terre, nous te saluons bien bas !
quand nous passons nos soirées seules près de la barre
à se repérer au clignotement timide des phares du ciel intime qui vogue
les premiers cortèges de dauphins sautent dans la houle
leur manière à eux de nous dire que rien n'est à nous
tout ça n'est qu'un jeu
lâché dans l'écume

Il y a encore sur la plage vaseuse au clair de Lune
le cri des oiseaux qui remuent la nuit
en réponse aux cris d'espoir des clandestins
les errants des mers inquiètes





Il a fallu quelquefois souffrir sur les îles désertes
où l'horizon devient l'ennemi et l'ami
le sable et la pluie achèvent l'enterrement
les crustacés piquent les pieds dans le sommeil
les poissons donnent à vomir des arêtes coincées dans la gorge
le corps sursaute, s'étouffe et accepte de se rendre
d'abandonner sur les rivages vierges de la création


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


la vie parmi les marchands ambulants des ports
les zones en duty free des aéroports
on m'a dit nomade, moi, sédentaire du ciel
on m'a dit perdu au ciel
émerveillé par la beauté de la hauteur
j'ai voulu collectionner les nuages comme des papillons sous verre
dans une boîte à cieux qui contiendrait les lois de l'univers
mes yeux-épuisettes infatigables quand roule le Soleil à l'horizon
que le monde rougit rosit de se présenter si beau
instantané
j'en ai lâché, des larmes d'émotion, transporté par la simplicité
la grandeur d'une Nature qui nous fait tout ré-inventer
par compassion

je me suis fait traqueur d'étoiles, chasseur de cumulus
dans les trains serpentant parmi les faiblesses terriennes
jusqu'à ressentir le délice d'un torticolis
colérique
les pieds sur terre, toujours, mais la tête plongée dans les orbites
et j'ai entendu une chanson
une mélodie planétaire imitant le chant des grands cétacés
qui transperce le liquide silencieux et le calme des étendues marines


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


- Pourquoi partir ?
- Pour assouvir mes impatiences mortelles…
les yeux blêmissent comme des lunaisons fatales
le trajet continue hors du temps pour mieux le faire briller
vers des pays innomés, des villes à la chair tendue comme le tambour de la troupe
anonymes, des chemins aléatoires
bordures de lampadaires posés à la surface de l'océan des âmes
une autoroute de barques flottantes, silencieusement, parmi les lucioles
s'avancent sur le chemin de transhumance humaine
s'élève alors un chant temporel
que souffle un parfum
depuis la naissance du mouvement

le salut est survenu sur le bois de la planche
au moment où la noyade a étouffé nos raisons routinières
nos quotidiens incendiés, les horaires furent terrassés
d'un manque de bulles d'air pur en survol
elles éclatent au frisson de la fatigue de la page blanche
la tête sortie enfin d'une eau nouvelle
purifiée dans un sel qui a la saveur du ciel
le corps commence à palpiter comme un nouveau-né
les yeux chargés d'un ancien monde encore vivace entre les cils
fixant au loin les prochains rivages
ils s'engagent déjà en pleine conscience
vers l'estuaire du rêve

prendre la revanche des terres promises
se confronter aux frontières du réel
pour conclure le rond
finir la boucle de vie
recommencer, repartir toujours
se maintenir en suspension totale
dans une poésie de l'entre-deux pages
dans un voyage au sein d'une vallée secrète
car le terminus se doit d'être un paradis privé
nouveau et pourrissant

Dire qu'il demeure un mal encore obsessionnel
une finitude dans l'entendement si limité pour nos visions
lorsque l'esprit retourné s'englobe dans le désespoir des réalismes oculaires
et que la volonté de bouger entièrement s'enfonce
aux horizons sinistres, assombris d'amertume
pour quitter exactement la vie dans la mort...


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


qu'avais-je encore à raconter auprès de mes semblables ?
rien, puisque j'étais promeneur
sans travail sans famille sans aucune cause à défendre
ni nation ni pays ni culture encore moins que moi-même
j'avais déjà tout récité et je ne recherchais alors que l'imagination
qui s'ouvrirait à moi comme un ciel déchiré
je n'aimais que l'instant qui me propulsait sur les digues désertées
et les plages vides des rivages de l'homme
l'instant azurée d'un ciel superbe qui s'abandonne dans la marche
quand tout s'estompe et se floute au fond du crâne
pour disparaître dans l'agitation légère de quelques tiges éparses sur le bord de la route

jamais ne s'est posée la question de la destination
la marche est plus forte que l'arrivée
le terminus a la fadeur du néant
la lâcheté nauséeuse
j'ai marché en croisant ces hommes de labeur
qui faisaient tourner la roue placée dans la cage de l'animal de compagnie
un peu trop pour mes jambes

parfois se sont approchés de moi les grands mystères
qu'aucun nihilisme ne pourra dénier
quand j'explosais le mobilier des chambres d'hôtel
nu tel le nouveau-né
fort et omniscient, dieu humain
inconscient de sa divinité
je fus dans ces moments la quintessence de l'existence
le frère des hommes astraux
la sœur des soleils
et parents de toute création
funambule écartelé par les horloges
équilibriste sur les rails en traversée des galaxies
long-courrier cosmique affamé d'avalanches de lave
en plein battement vivace de la fantaisie
dans le pur ressentiment de toutes les réalités
et j'ai compris alors le sens profond des voyages lointains
la perte de la connaissance, la fin de l'habitude
et j'ai côtoyé, et j'ai observé cet autre qui était moi sur la route
cette objectivité faite moi qui parcourait des distances impossibles
allant partout sur le globe, parce qu'elle y était encore là, il y a peu
à vol d'astres
j'ai senti de nouveau les vents
les sourires de mes familles d'accueil
la joie des dîners, les discussions dans l'obscurité des jardins éclairés à la bougie
les discrets mouvements de la faune en bordure de nos amours
et le recommencement des êtres

quand nos frères parlaient de la mort comme un nouveau départ
maintenant j'annonce la vie comme le voyage d'importance
sans départ ni arrivée prévus
pour rester le plus longtemps possible

en état de marche


Departure, bouclez vos bagages
disait la voix dans les oreilles musicales du promeneur céleste
les passagers à destination de l'Infini vers le terminal final
n'ont plus que quelques respirations d'avance…


Dernière édition par Mario le Lun 15 Déc - 11:17, édité 1 fois
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Princesse Alice




MessageSujet: Re: Onironefs   Dim 14 Déc - 17:33

Mario...

Bon quitte à me faire ban du forum Very Happy

Je vais le faire

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=7SLnC5JTWNo

djudjujul!!!!!!!!!!
'^^'


_llii iill_
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Princesse Alice




MessageSujet: Re: Onironefs   Dim 14 Déc - 17:40

C'est pas une agression, moi je kiffe, je suis hyper heureuse d'avoir des freestyles comme ça tout neuf de Jul, c'est un cadeau quoi Smile
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Onironefs   Dim 14 Déc - 20:41

Alice est bannie pendant un jour. Very Happy

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Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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Mario
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MessageSujet: Re: Onironefs   Dim 14 Déc - 21:48

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MessageSujet: Re: Onironefs   Dim 14 Déc - 22:19

^^ je la connaissais pas cette version

_________________
Quand je vois Aphrodite, je pense à « hermaphrodite » et du coup j’imagine un escargot.
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Onironefs   Jeu 1 Jan - 22:17

J'ai enfin lu le texte, il est magnifique, d'ailleurs je négocierais bien de pouvoir en utiliser quelques extraits pour un ou deux scénarios de court-métrages. (Avec le nom de l'auteur au générique.)

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Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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MessageSujet: Re: Onironefs   Aujourd'hui à 17:15

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