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 Zellige

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Mario
Ecrivain
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MessageSujet: Zellige   Jeu 26 Fév - 17:33

Le temps file au rythme balancé du fauteuil
aux clignements des yeux des blouses
immaculées, outils argentés, odeur étrange de silence blanchi
d'un monde nettoyé

c'est Artaud qui gueule dans l'oreille
de fuir loin, très loin, loin des yeux-fusils derrière la science
vers les contrées des expériences
Bukowski là-bas qui frappe sa femme d'un coup de pied
qui insulte qui boit qui tape comme un fou sur sa machine d'enfer
Verlaine enchaîné, les cris spiritueux contre les parois
les vers chantants quand chanter diminue l'intensité des plaintes
la prière en alcool pour hydrater la solitude
Rimbaud engagé dans l'armée hollandaise
la mère Rimbe qui court sur les routes postales à la recherche de son gosse
elle me fait penser, obsessionnellement
que je n'ai jamais appelé ma mère par son prénom
Fondane erratique sur les océans des âmes sacrifiées
à propos de passeports et de pays mobile, un pays de vagues, un monde sur la houle
les apatrides sans retour
Mallarmé malmené par ses élèves, faisant quelque vengeance
à quelque siècle d'intervalle par la poésie
Vian sur un air de trompette embellit les histoires tristes
Daumal et Gilbert-Lecomte qui se donnent entièrement, complètement pour la poésie, jusqu'au bout d'un jeu qui fauche tout le monde plus au moins tôt
Pessoa et ses doubles qui cherchent, annoncent, racontent et renversent les convenances de soi-même sur leurs passages
Calaferte et les femmes, l'amour sexuel, le sexe sans amour, ou l'amour qui s'ignore dans le giron des femmes.
Les poètes communistes qui pensent aux lendemains heureux, dans le fantasme idéologique écarté du réel, l'imagination sincère, le despotisme d'espérance.
Corbière, Laforgue, Cros, oubliés dans ce que la postérité starise de poètes, mais solistes fameux, dans le silence des étagères peu fréquentées
Alors que le Chat Noir argote encore entre deux absinthes...
tant d'autres ont participé à l'effort de guerre
car il s'agit d'un combat contre soi-même et contre le temps
lancer la machine à tapoter et avancer avancer
dans un no man's land de malchance, sables mouvants furieux
l'enlisement préférable à l'inaction


et tous les yeux qui regardent la forge en feu brûler
des milliers de soleils en attente de la suite du feuilleton
saison 2 à suivre, budget à négocier pour scénario original

Le temps file entre les vitres
qui composent comme une scène de théâtre
l'expérience amène les curieux visiteurs
on est au zoo, humaine prison, barreaux grignotés
par les paroles folles, rires interdits, tremblements inspirés
dans le remuement des chairs et des choses
deux mâchoires attisent la lave dans la quiétude de la folie douce. 







qu'est-ce qu'une ville ? interroge-t-il
dans un corps de visages, un corps difforme d'éléments humains
une ville est une autoroute déserte qui s'effondre sur le bord des mers
une assemblée d'uniformes terrassée par l'expérience, la nouveauté
un ramassis de pleutres au combat
un péplum glorieux pour une plèbe affamée, crasseuse, sans foi
sans morale, survivant par quelques héros
c'est une bande de chats dormant dans les ruelles
des poubelles qui flambent
des jeunesses qui vieillessent se croyant intemporelles
des réveils qui ne sonnent pas au fond des cages autorisées
des regards qui traînent, qui se suivent, qui échangent, qui jugent, se jaugent, se perdent, attendent, prétendent, convainquent, dansent, se frôlent, se cherchent, s'adorent, se séduisent, s'allument ou s'éteignent, parcourent, contemplent
et tous les autres verbes, la plupart sûrement
une ville c'est un cri de femme, un soupir de voiture qui surgissent dans la nuit
deux visages connus depuis toujours, dans l'accompagnement des lampadaires
les quartiers se parlent depuis leurs belvédères
en morse jusqu'aux étoiles
il y a les raclements de pieds tendus, les transports, les promenades
le balancement des feuilles sous le vent fou des saisons
les pensées échouées sur les trottoirs au fil de l'événement perpétuel
mordues par un chien qui porte un manteau
et puis il y a la ville secrète, qui se donne qu'aux pas de celui qui se perd
qui sent le bois fumé, le bois brûlé, l'odeur de l'écorce chaude
la ville qui parle par ses murs, la ville qui peint, qui exprime, qui ressent
le pavé comme une page, un livre, un mot, le pavé comme bavard
la ville s'étend dans le froid des hameaux cachés, les lampes éclairent le brouillard glacial, et elle ressemble à un tableau de Van Gogh
les hommes deviennent des chagalls, les musiques des conversations s'harmonisent quelquefois
dans la couleur fraîche des cigarettes
une ville tourne comme un vynile, une crêpe au sel de mer, à la fleur
elle parfume l'esprit, elle chante sa rugosité, elle attrape le ciel
quand les enfants lèvent au ciel quelques doigts malins
les éclats de rire se perdent dans les détours des boulevards
dans le parc cyclopéen des feux des immeubles des caméras
qu'est-ce qu'une ville ? demande-t-il de nouveau

tout le monde, l'individu, les familles, les amis, les verres, les poèmes...
et quelquefois chacun d'entre eux forme avec mes frontières
un corps de visages difformes
la réalité est une possession commune
jusqu'au moment où je ne m'appartiens plus

où ma conscience est une conscience autre
neutre, nouvelle et pourtant mienne
une conscience différente, plus vieille, multi-séculaire
un agrégat de consciences, un amas de vies virtualisantes
qui embrase des fils de laine sur les routes de l'histoire, mes histoires fameuses


où les voix résonnent encore de temps en temps dans la ville silencieuse
au bon souvenir des échoppes lointaines.
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