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 Le chemin.

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Lisa




MessageSujet: Le chemin.   Mar 1 Juin - 21:03

Il se retrouvait seul, sa compagne n’était plus là. Cela faisait quelques temps que la communication était devenu difficile entre-eux.
Mais, depuis la disparition de Marie : il n’y avait plus d’explications possibles, d’ajustements, son absence l’avait cristallisée, momifiée, il n’y avait plus de dialogue, de compréhension possible.
Et pourtant, il sentait toujours sa présence dans cette maison.
Ce qui expliquait son incapacité à déménager.

Pour réfléchir, il allait très souvent s’installer dans le grenier sur la liseuse de Marie. Il essayait de comprendre. Elle lui avait sûrement caché quelque chose. Mais quoi ?
Le problème surtout, c’était, cette impression, que leur histoire n’était pas terminée, la sensation étrange que les réponses à ses questions n’étaient pas trouvées. Pourquoi cette rencontre ? Pour finir si brutalement ! Quel est sens à tout cela, y avait-il un sens? Le mot laissé par Marie sur la table n’était pas explicite.

Il tournait en rond dans cette maison, lisait ses livres, ses annotations, cherchait dans tous les recoins et cachettes de cette bâtisse. Il essayait de retrouver son cheminement en lisant les passages soulignés par Marie. Mais rien, ne faisait sens pour lui. Il y avait bien une thématique autour de l’écriture et des non-dits mais cela ne l’aidait pas à comprendre, ce qui n’avait pas été dit.

Ils avaient choisi, cette maison ensemble. Pour elle, elle représentait un havre de paix, loin du monde. Pour lui, une maison ancienne à faire revivre.
Au départ, quand ils étaient arrivés dans cette maison, il n’y avait pas d’eau courante, seulement une citerne dans une cour triangulaire. Ils avaient du installer l’eau, le chauffage central car le poêle à bois ne suffisait pas à chauffer. Refaire l’électricité.
Vincent avait passé beaucoup de temps à restaurer. Marie l’avait aidé au début…Mais elle avait très vite abandonné car la seule pièce, qui l’intéressait vraiment, c’était le grenier. Quand elle avait visité la maison, elle avait tout de suite vu ce qu’elle ferait de cette pièce. Elle l’avait bien sûr transformé en bibliothèque. Des livres, beaucoup de livres, une liseuse, de la lumière, une petite table pour poser sa tasse de thé, cela lui suffisait. Elle pouvait passer des heures dans ce lieu. Marie se sentait comme une fée qui avait transformé cette pièce sombre et poussiéreuse en un lieu de paradis pour elle. Un lieu hors du monde pour oublier, s’échapper de la réalité.
Marie ne pouvait vivre que dans cette solitude totale, dans un calme absolu. Lui, une fois les travaux terminés, il étouffait, mais n’osait le lui dire, car il sentait qu’elle avait un besoin vital de s’isoler.
Il se souvenait de ces discussions sans fin où chacun restait dans sa perception du monde, où chacun voulait persuader l’autre. Il avait l’impression qu’elle n’aimait que ses livres et son compagnon. Mais l’aimait-elle vraiment ? Ou plutôt n’était-il pas le seul lien qui l’ancrait dans le réel ?

Quatre ans de vie commune pourtant rien n’aurait du les rapprocher.
Vincent était né dans une famille nombreuse où tout était sujet à conflit. Beaucoup de bruit, de cris, ce qui n’empêchait pas une profonde solidarité à l’extérieur. Mais rien n’était évident à l’intérieur. Chacun devait prendre sa place et cela se passait avec beaucoup de heurts.
Marie, elle, était née dans une famille qui n’en était pas vraiment une, puisqu’elle avait vécu toute sa jeunesse seule avec sa mère. Pas de conflit possible car la moindre divergence était dramatique, inconcevable pour sa mère. Elles ne pouvaient qu’être du même avis, ou bien elles n’en parlaient pas, elles gommaient leurs différences même sur des sujets bénins. La mère de Marie avait besoin d’être rassuré en permanence sur la qualité de leurs relations. Elle avait été enchanté de mettre au monde une fille et elle avait tout fait pour lui créer un monde sans surprise. Un véritable cocon où tout tournait autour d’elle.

La jeunesse de Vincent avait été radicalement différente : il y avait toujours beaucoup de monde chez lui. Quand, il avait rencontré Marie, Vincent avait cru de façon complètement illusoire que cette vie avec Marie allait le pacifier. Qu’il allait enfin s’ancrer, se retrouver. Le fait de vivre dans sa jeunesse dans un lieu exigu sans jamais se retrouver seul ou presque, lui donnait l’impression d’être dispersé, multiple.
C’est d’abord grâce à la lecture puis à ses études qu’il avait pu s’échapper et se construire différemment de ses frères et sœurs. C’est le seul à avoir été passionné par l’étude des langues. La langue espagnole au début, la langue de son père pour essayer de renouer avec ses origines. On ne parlait jamais de l’Espagne. Le sujet était trop douloureux. Puis, par opposition pour se démarquer davantage, le russe. C’est grâce à cette langue qu’il avait rencontré Marie. Elle donnait un cours de littérature slave à la fac. C’était sa langue maternelle, la langue de sa mère et sûrement celle de son père mais Marie ne l’avait jamais su. Sa mère refusait de répondre à ses questions. Très vite, elle avait compris qu’il était inutile d’insister. C’était un sujet tabou. Par contre, sa mère racontait beaucoup de récits liés à son passé en Russie. Marie avait été bercé par l’imaginaire russe.

Leur façon de communiquer étant radicalement différente, leur rencontre n’avait pas été évidente au départ.
Marie était extrêmement froide, elle mettait beaucoup de distances entre elle et les autres, par peur. Elle n’avait pas appris à communiquer. Sa mère lui avait transmis ses peurs du monde extérieur. Ainsi quand quelqu’un s’approchait d’elle son premier réflexe était de se replier. Il lui fallait beaucoup de temps pour établir une relation. Il lui était très difficile d’avoir une discussion superficielle : elle en était pratiquement incapable. Vincent, lui était beaucoup plus communicatif, en tout cas en apparence ; car sur des dehors très expansifs il livrait très peu de lui même.

Un jour où il était le plus en désespérance, il entendit un bruit comme si un rôdeur tournait en rond autour de la maison.
Il eut aussitôt l’intuition qu’il allait trouver les réponses à ces questions. Ce rôdeur ne pouvait pas être n’importe qui. Qui pouvait venir là à cette heure ? Pour accéder à la maison, il fallait suivre un chemin mal goudronné long de trois kilomètres.

Marie au bout de quelques années, avait enfin réalisé que cela ne lui suffisait plus et pourtant elle avait vraiment essayé d’oublier, de s’extraire de la réalité.
Pour elle, la décision n’avait pas été facile. Partir, oui, mais, même si elle le souhaitait, elle appréhendait. Après, la communication téléphonique, pendant plusieurs jours, elle n’avait pas su se décider. La peur la paralysait. A certain moment, elle se sentait incapable de relever le défi.
Un matin, en se levant, sa décision fut prise. Oui, elle était capable, elle se sentait forte. Le fait de lire, de s’immerger dans la lecture lui avait fait petit à petit prendre conscience, qu’elle avait arrêté de vivre.
Plus, elle avait essayé d’oublier le passé, plus elle se sentait impuissante à bouger. Elle s’était endormi. Comme si prendre des décisions, seule, c’était trop dangereux, pour elle. Quand elle était petite elle s’était laissé porter. Sa mère décidait pour elle, elle était la plus forte, celle qui savait. Petit à petit, elle avait su se détacher, prendre sa vie en main. Elle avait choisi de faire des études littéraires, de devenir traductrice, de s’installer seule, d’élever, seule son enfant car le père était trop loin de ses convictions intimes.
Jusqu'à la mort de sa fille…
Comme si les décisions prises avaient abouti à cette disparition, comme si elle en était responsable.
Et à nouveau, elle s’étaient débrouillée pour ne pas réfléchir : s’installer avec Vincent, prendre le moins de décisions possibles, dormir le plus possible, s’oublier dans la lecture. Ne plus vivre que par procuration.

Elle avait donc, caché à Vincent une partie de sa vie. Elle lui avait parlé de son enfance pas du reste…
Elle avait eu une petite fille..
Jusqu’a ce jour, trois mois après la naissance, où une fièvre l’avait décidé à appeler le médecin. Le médecin était inquiet : la petite fille était trop pâle. A partir de ce moment là, la vie de sa fille lui avait échappé : hospitalisation, verdict de la leucémie, traitement, effet secondaires des médicaments, nouveau traitement, entraînant d’autres effets secondaires…Jusqu’à l’overdose de valium administré par un interne de garde.

L’épreuve avait tellement ébranlé Marie qu’elle avait décidé d’oublier, de ne plus y penser et de tout effacer.
Elle avait donc essayé de se reconstruire, elle avait changé de ville, de fac. C’est là qu’elle avait rencontré Vincent. Et, elle n’avait rien dit pour oublier définitivement comme si rien ne s’était passé. Elle ne se sentait pas le droit de parler, d’exprimer sa souffrance. Quand elle était petite, sa mère ne supportait pas l’idée que Marie pouvait être à certains moment triste car elle avait l’impression qu’elle avait tout fait pour elle et qu’une souffrance même minime était synonyme d’échec. Marie ne pouvait qu’aller bien. Et les rares fois où elle avait abordé avec Vincent un sujet proche, porteur d’émotion, il avait éludé par la plaisanterie. Pour lui aussi, dire aux autres, ses propres failles, était quelque chose qui ne se faisait pas.

Grâce à ses lectures, elle avait fini par comprendre que se cacher à soi même ses émotions ne servaient à rien. Elles réapparaissaient sous une autre forme : la fatigue récurrente, la mélancolie … Très souvent, elle avait été surprise de la violence des émotions qu’elle ressentait par personnages littéraires interposés ou quand au détour d’une conversation, elle sentait en elle une grande colère. Elle avait donc, petit à petit, appris à accepter les périodes de tristesse ce qui lui permettait de renouer avec le plaisir de vivre à d’autres moments.

Pendant quelques années, cette vie avec Vincent lui avait parfaitement convenu. Mais, petit à petit, leur relation s’étiolait. Le fait de s’interdire de communiquer véritablement avait amoindri leurs relation. Elle devenait sans objet.
Chacun de son côté, sentait qu’il fallait prendre une décision. Jusqu’au jour, où elle avait reçu le coup de téléphone d’une amie qui lui proposait de reprendre son poste à la fac.

Une fois la décision prise, elle s’installa dans l’appartement qu’elle avait quitté pour s’installer avec Vincent.
Elle ne lui avait rien dit car la peur de s’expliquer la paralysait. Elle avait l’impression que Vincent n’était pas prêt à l’entendre.
A nouveau, elle se sentait responsable de ses actes et ne voulait plus être dépendante de quelqu’un d’autre.

Un jour, elle rencontra un ami commun, qui lui expliqua la détresse de Vincent.
Elle eut la tentation d’oublier, de nier la souffrance de Vincent mais à nouveau elle s’abrutissait dans la préparation de ses cours, dans la lecture, dans le sommeil…

Comme elle se sentait incapable d’aller le voir, elle décida de lui écrire.
Cette lettre qu’elle pensait être courte au départ lui pris beaucoup plus de temps car elle pris conscience que le fait d’écrire lui permettait de prendre du recul, de comprendre son cheminement et d’éclaircir son avenir.

A la fin de la lettre , elle lui proposa une relation radicalement différente.

Elle ne pouvait pas s’expliquer pourquoi mais elle n’avait pas envie que cette lettre lui arrive par la poste. Elle ne savait pas comment elle allait lui faire parvenir.
Par quelqu’un mais par qui et pourquoi ? Allait-elle lui apporter ?

Elle arrêta sa voiture au bout du chemin qui menait à la maison. Elle avait trois kilomètres à faire à pied, elle avait l’impression que ce temps lui était nécessaire pour avoir le courage de rencontrer Vincent. Elle marcha lentement, le soir petit à petit tombait.
Quand, elle arriva devant la maison, elle en fit le tour. Les volets étaient fermés, la voiture de Vincent était là.
Elle n’arrivait pas à se décider, la peur d’avancer et d’agir était toujours là. Elle avait envie lâchement de reculer, de faire demi-tour et de mettre la lettre dans la boîte à lettre au bout du chemin.
Tout d’un coup, la porte s’ouvrit, c’était Vincent qui avait entendu un bruit.
Leurs regards se rencontrèrent. Sans un mot, il disparu en laissant la porte ouverte. Elle entra et lui tendit la lettre. Vincent s’installa près de la cheminée.

Après avoir lu, sans avoir à réfléchir, il sut ce qu’il allait faire.


Lisa.
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Amnael
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MessageSujet: Re: Le chemin.   Mar 1 Juin - 21:17

Je n'ai pas tout lu par manque de temps mais je le ferai dès que possible. Sur ce que j'ai lu ça n'a pas l'air mal. Un détail me choque tout de même un peu : il s'agit d'une nouvelle naturaliste et l'on n'a pas de description des personnages (Marie, Vincent). A moins que cela n'arrive plus tard dans le récit et que je n'ai pas encore eu le temps de le lire.

Si ce n'est ce détail, ça a l'air prometteur ; j'ai hâte de lire la suite.

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Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai inventé du début à la fin
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Liam Daläa
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MessageSujet: Re: Le chemin.   Mar 1 Juin - 21:23

A la limite il n'y avait pas beaucoup de choix.... Je crois que il n'y a pas de catégorie créée qui corresponde mieux.
Et la description n'est pas le seul critère du naturalisme.

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Je m'appelle Invité comme tous le monde.

Erik Satie



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Dernière édition par Liam Daläa le Mer 16 Juin - 20:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le chemin.   Mar 1 Juin - 21:28

Non, c'est tout à fait naturaliste, il me semblait juste que le naturaliste qui ne décrit pas un personnage ce n'est pas vraiment naturaliste. Mais bon après tout ça reste une fiction, les personnages ne sont pas réels bien qu'il peuvent être inspirés. Bon je jugerai plus tard quand j'aurai tout lu ^^

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MessageSujet: Re: Le chemin.   

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