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 Aurélius

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Princesse Alice

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MessageSujet: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:18

I.
La vie est un rêve. J’ai du, comme tous, traverser ce seuil de chair qui nous plonge dans un univers où l’air irrite nos branchies. J’ai du pleurer à chaudes larmes, mais je ne m’en souviens plus. Certains disent avoir en mémoire le jour de leur naissance, ce n’est pas mon cas.
Je n’ai pour souvenir que bribes et images de mon enfance, lesquelles restent recouvertes du doute.
Certaines sont si belles et propres qu’elles sembleraient sorties d’un tableau de Dali ou de textes desquels je me nourris. Mensonge.
Ah ! J’aurais aimé extirper Etéocle de sa cité maudite, m’ébattre avec lui mais il n’existe pas !
La mort dans l’âme. J’ai commencé à écrire mon Aurélia ; et ce, sur les conseils du même docteur que Nerval.
Ma tête à toujours été en proie aux divagations. Le prénom que je porte atteste ma destinée : « Pauvre Alice, elle rêve éveillée. ».

Aurélius avait des boucles brunes et cette grande bouche comme celle des enfers. Il avait aussi de si longues jambes que tous mes efforts pour l’attraper dans sa course furent vains. Et j’ai pleuré quand j’ai vu, au loin, ses yeux qui m’appelaient.

Tous mes délires sur les astres, m’allaient enfin être utiles. Je réussis à me persuader que son image était un artefact ; qu’au fond, il ne devait pas être aussi beau, qu’il devait y avoir une fréquence qui, puisque je l’apercevais encore, faisait que je le trouvasse comme un peu beau car figé dans mon regard.

Oh ! Quand je pense à tous ces regards qui s’entrecroisent. Autant de faisceaux, comme cette lumière qui embrasse la poussière, autant de faisceaux que d’œil qui s’avalent les uns les autres dans l’unique but de voir cet Aurélius qui vous embrasse lui-aussi de son regard, dans l’unique but d’écrire moi-aussi mon Aurélia, de les dire ces grains que sont les choses, ces grains qui s’impriment au plus profond de nous-mêmes, parce que peut-être, elles sont un peu de nous-mêmes. Ce moment où la chose figée peut devenir belle.

A cet instant, je marchais le long de l’allée qu’emprunte le tout récent tramway de la ville. Ils avaient posé une pelouse toute verte, il manquait un carré sur le bord droit. J’ai de suite pensé qu’il se pourrait, qu’ayant espionné mes pensées, les Dieux Antiques avaient fait « table rase » de mon cas, m’éliminant de leur droite, me laissant la boue pour pâturage. J’entendis une clochette. Je me souvins d’une amie qui me disait : « Cette clochette, tu ne l’entends qu’aux portes du trésor. »… Je me mis à hurler. Un wagon vint étouffer mon cri, ses mille yeux m’observaient dans ma gloire, en l’anéantissant. Car il n’est pas de gloire dans la découverte, il est juste plaisir dérisoire : « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. ». J’eus envi de pleurer, d’arrêter mon Aurélius, même si je n’étais pas en train de l’écrire au moment où cette histoire m’est tombée dessus, j’ai vraiment tout voulu arrêter. Mais j’ai pensé à ma sœur qui en m’attendant avait certainement déjà ajusté tous ses napperons, pour elle aussi obtenir via le faisceau de ses yeux cette symétrie leurrancielle car impossible. Descartes l’a écrit, je lui fais confiance, l’image du faisceau est toujours inversée dans nos têtes. J’ai hurlé pour qu’elle m’entende, pour qu’elle arrête, qu’elle ne touche à rien. Et alors que je courrai, un autre wagon croisa ma route, je ne vis qu’un seul œil, le sien.

« Aurélius ! » A-t-il pu comprendre que je devais la sauver. Enfin, pour moi, il était perdu, parmi les autres.

Quand j’arrivai chez ma sœur, j’observai immédiatement ses dentelles, une était légèrement en décalé avec sa voisine. Alors je me mis à rire et elle m’invita à déguster des biscuits salés, très agréables moments où je n’ai qu’à écouter sans penser.
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Princesse Alice

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MessageSujet: Re: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:19

II.
Des semaines étaient passées depuis ma dernière confrontation avec Aurélius. La force de son signal allait en s’amenuisant. J’avais dépassé cette idée de faisceaux à laquelle je m’étais fiée dans un premier temps. La fréquence visuelle n’est qu’une partie émergée de l’iceberg : nous aurions au-delà de nos cinq sens communs un sixième lié au magnétisme. Le magnétisme serait une onde englobante et vivifiante qui pour moi est à l’image du soleil. Je l’ai déjà ressentie. Il vous secoue, vous et ce qui vous entoure, il arrête votre pensée pour que vous ne vous intéressez qu’à lui. A lui et pas à Aurélius. Voilà mon erreur, je n’avais pas mis assez d’intérêt dans mon amour. Non, je m’intéressais à autre chose. Au mystère de l’éclipse rétinienne. « Regarde-le Alice, regarde-le bien en face et tu le verras, toi-aussi, le soleil noir. ». Je l’ai vu et j’ai pleuré, presque heureuse mais triste, j’étais marquée du sceau des maudits.

J’ai oublié l’amour pour moi aussi croquer au savoir qui, comme dans un mythe ancien ou dans un jeu de fête foraine, se dérobe à chaque assaut. Il est à mon esprit comme ses fièvres de l’Afrique profonde. Ils se roulent par terre, pleurent en tapant des poings, vraiment. « J’aimerai tant comprendre. ». J’ai voulu relire tous les textes sacrés mais je n’en connaissais pas la langue, les traductions ont du tout effacer. Je flottais dans les airs, les temps et contretemps et n’arrivais à me fixer sur une idée concrète. Je décidais alors d’aller visiter une tante, à la campagne.

La première chose qu’elle me dit fut : « Où as-tu mis ton ami ? ». Elle dut lire l’angoisse sur mon visage. Elle ajouta : « Je vais te montrer ta chambre. ». Reléguée à gauche, je faillis directement sauter par la fenêtre. Mais tout en me laissant, elle eut la convenance de me dire : « Il était gay. ».
J’étais face à cette fenêtre. Une campagne, non, une maison, elle me regardait, une grande bouche, des orbites quadrilatères, une belle frange fauve et des mains pelées, leurs doigts levés au ciel s’écaillaient en nuances grises, bleues, blanches. Elle me suppliait. J’imbriquais mon visage dans le sien pour mieux en saisir l’émotion. Lorsqu’elle me tira la langue, je la vis ramasser mes petits cailloux blancs. Comment retrouverais-je ma route ? Comment ai-je pu penser que la retraite me serait profitable ? Désormais, c’est moi qui suis perdue ! Mais je ne précipiterai pas ma chute.

En détournant mon regard, je tombai nez à nez avec un portrait encadré d’un joli bois doré : une femme douce et, en un instant, je l’aimais pour toujours.

Elle ressemblait à ma mère, mais avec des yeux bleus. Dans son air, je sentais bien qu’elle voulait me dire quelque chose, je m’assis donc devant elle pour attendre le message. Des heures passèrent. Je sentais mes membres se raidir à chaque minute employée, je sombrais dans un abyme, où le moindre frémissement dans l’atmosphère est perçu comme le glas du destin.

« Alice ! », ma tante m’invitait au salon, pour discuter.

Nous échangions quelques remarques sur la météo, quand elle me sortit un album de photographies. Je regardais les images qui allaient rester de moi. Plus les pages tournaient, plus je redoutais le moment où Aurélius allait apparaître. Si mes cuisses avaient du soutenir le reste de mon corps, j’eus été écroulée.

Il était si jeune, nos mains se cherchaient sans cesse pour mieux nous assembler. Nous avions juré sur la colline aux pieds d’arbres centenaires que nous ne nous séparerions jamais. Nous avions chacun bu de nos mensonges.

«Dis-moi, j’ai lu ton manuscrit, et… »

Mais comment avait-elle osé ? Je ne pouvais pas entendre la suite.

« Tu es toujours en pleurs et tu ris bêtement, puis tout le monde a une grande bouche, et quel rapport avec la table d’émeraude, non franchement, et puis ce style emmêlé… non arrête. »

Je bougeais la tête, comme si j’essayais discrètement de me déboucher les oreilles ; mais mes yeux avaient toujours l’air ahuri.

J’étais outrée de son acte, pris mon carnet et partis.
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MessageSujet: Re: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:21

III.
Je me retrouvais dans la rue, face à cette maison : son parterre luisait de mon gravier ou je la voyais luisante, de mon gravier. Tout y était. Je reconnaissais le moindre amalgame de quartz fondu à différente température, avec différents autres atomes qui lui offre une différente couleur, un différent brillant, différent poids, différente cassure, usure…

En m’approchant du portail, je vis un sloughi et un dogue qui discutaient à propos d’une calcédoine. Le sloughi l’adorait. Le dogue se moquait : « La calcédoine, c’est comme si tu ajoutais de la pâte d’amande dans du miel ! ».

Un filet de bave s’écoulait de ma bouche.

Le sloughi répliquait : « La pâte d’amande apporte au miel un lissé qui me semble lui offrir la consistance manquante. »

Je ne pu m’empêcher de leur dire : « Fut un temps, ailleurs, j’eus gouté un miel pur qui semblait déjà garni de mille saveurs. ». Mais au moment de passer le seuil, je tombai lamentablement, j’en eus les mains toutes écorchées.

Les deux chiens se proposèrent pour désinfecter mes plaies. Et tandis que confiante, je les laissais me bercer de leurs gestes tendres, chacun d’eux se nourrissait de mes blessures.

L’un murmurait à l’autre : « Elle est à moi, regarde ses longs bras fins. ».

Et l’autre lui disait : « Non, elle est à moi, regarde bien sa mâchoire. ».

Le piège se refermait, comme si au fil de ma respiration les éléments les plus éloignés de mon environnement entraient en moi-même pour ne donner à vue que les éléments actant de mon angoisse.

Je criai : « Télémaque ! Télémaque ! ». Et à la simple prononciation de ce prénom divin, les deux chiens dégarpirent.

Je répétai : « Télémaque ! Télémaque ! Télémaque ! ». Et il arrima. On aurait cru les David des Augustins de Toulouse, en un seul, chocolat et vanille, je n’avais jamais su lequel choisir ; ainsi, il a résolu mon indécision. Ce pied d’enfant posé sur la tête du monstre. Ce visage d’enfant posé sur un corps d’adolescent.

Moi : Bonjour !

Télémaque : Vous êtes folle et il se pourrait que…

Moi : Euh, attend, je ne sais pas, mais que veux-tu ? Je t’appelle tu arrives, ok ; tu me dis que je suis folle, ok ; mais le « il se pourrait que », non ! J’ai des trucs à écrire mon gars, je le sens, tu vas monopoliser le sujet et je va disparaître avec le tien.

Télémaque : Je écris ?

Moi : Oui, j’essais. Ah, on verra bien… As-tu vu les deux chiens ? Tu sais, il existe un jeu… celui qui fait pleurer l’autre en premier sans le toucher. Je suis nulle, je n’aime pas faire pleurer les gens, je suis trop gentille. Ceux qui sont doués me fascinent, j’aime bien les analyser. D’après toi, faut-il croire les psychanalystes ?... Je ne t’entends pas pourrais-tu parler un peu plus fort ?

Télémaque : Je suis virtuel, tu dois développer à ma place.

Moi : Mais moi aussi je suis virtuelle.

Télémaque : Oui mais toi tu vis, moi je suis une statue.

Moi : C’est pas faux. Mais pourquoi tu me parles… Tu veux m’analyser ? C’est ton désir ?

Télémaque : Mais je suis virtuel ! C’est toi qui veux que je t’analyse !

Moi : Mais si tu es virtuel, comment veux-tu m’analyser ? Et je n’ai pas d’argent à te donner. Tu sais quoi ? J’ai envie de rire. Je ne peux pas devenir la mère de tous : c’est dur à gérer les Thébaïdes.

Oui, parfois je me vois comme ce monstre roulé sous le pied d’un enfant. Et j’ai toujours pensé que pour se battre avec un monstre, il fallait être soi-même un monstre. Et à mon avis, pour le maîtriser, récupérer sa tête : il faut s’être, au moins une fois, battu contre soi-même, il faut s’être fait son propre scalp, l’avoir exhiber, cet ex, rien à voir avec soi-même ; non, mieux vaut être fier de ses ex.

Oui, je dois être folle ; mais je perfectionne mes techniques, je suis censée avoir encore du temps.

Le temps a ses raisons que la raison ignore.
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MessageSujet: Re: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:24

IV.
Il se mit à pleuvoir des pastèques, coupées en pyramides : il ne manquait plus qu’à ouvrir la bouche, dommage qu’elles aient tant d’œil, ce serait bien plus agréable. De l’eau douce et sucrée. De larmes et de sang mêlée.

Je n’aurai jamais le temps de monter un château, j’entrai dans cette maison, pris place au grenier, devant la petite lucarne. Il devait venir, je tiendrai le siège.

Je vis plus de spectre qu’il n’en vit à ma propre fenêtre. Mais qui étaient-ils ? Les spectres ont une âme, c’est véridique. La nucléarité de l’âme, c’est ça ?

Et dire que certains vivent mal le chaos… un peu de joie, un peu de peine, et voilà : je repartais dans la rue.

Des enfants lisaient en cœur un poème sacré. Ils ne s’accordaient pas, un maître échevelé s’agitait. Quand il me vit, il se mit dans l’idée que j’allai pouvoir l’aider. Je me dis que peut-être ça m’aiderait, ai pensé à mes anciens disciples et ai accepté.
Je le signalai d’abord mon autorité et en suite, leur expliquais que je ne pouvais leur servir d’exemple.

Ils me chantèrent une petite mélodie, celle que l’on chante pour nos mères. Il pleuvait des pastèques sans pépins, jusqu’à ce que le maître vint mettre fin à la cérémonie. J’applaudissais. C’était bien.

Alors que je partis, le maître me rappelait :
- Et ben alors ?
- Mais ? Elle était pas bonne celle-là ?
- Mais ! C’est pas celle-là que je voulais !
- Mais !? Je ne suis qu’une !
- Mais !? Je la sais !
- Et ben alors ?

Je ne comprenais pas et je me demande même si lui avait compris. Je changeai de trottoir et à ma grande surprise la même école était en place, j’entendais des enfants chuchoter. J’y entrai comme dans une église. Le même maître me regardait légèrement agacé. Je pris l’assaut de ce perchoir avec le petit escalier. J’étais LE spectateur, je faisais de grands gestes amples, le poing sur le torse ; je mimais Augustin, quand une poussière se coinça dans ma gorge, en grande poitrinaire j’ex-haltais ma colère. Moi aussi j’aurais volontiers flirté le dimanche, si j’avais été à la messe. Et aux os de pastèque qu’il y avait sur le sol, je compris qu’il avait plu, pas de pépins. Les auraient-ils avalés ?

Un enfant me montra du doigt. Je l’interpelais :
- Viens, et explique-toi.

Il ne voulait rien me dire. Par pudeur ? Serait-ce possible ? Suis-je en plein rêve ?
Je me roulais en boule à la paroi de la balustrade, pour dormir.

Je vis la verge et le calice, superposés à l’infini. Le récipice (un dirait le récit-pisse) sans fond ni bord et le faisceau, apposé, qui fait sceau. Je n’ai pas vu d’arbre de vie ou de totem, je dirai : bicolore autant qu’unicode autant que le tout d’un rien, que le rien d’un tout. Un faisceau sans limite où il n’y aurait qu’une poussière (il nous faut qu’il y ait quelque chose et même ceux qui ne pensent pas pensent). Poussière qui observée de face donne l’impression qu’elle pourrait se décupler à l’infini, devant et derrière elle, devenant elle aussi un faisceau. Ah ! Ils le verront leur totem ceux qui me regarderont… Je vis un serpent qui se mordait la queue. Un œil qui me fixait.


« Je délire. Il me faut du réel. »
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MessageSujet: Re: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:24

V.
« Ce que femme veut, Dieu le veut. »
« La femme se remarque par sa beauté et l’homme par son esprit. »

Je ne commenterai pas.

Il me faudrait dormir, pour que de ta vie vienne mon songe. Regarde Aurélius, c’est à toi que je parle. Regarde ce que j’ai fait de ton fantôme, mais il me faut arrêter, ce serait sans fin. J’ai quelques cadavres à l’œil. Je ne peux pas t’utiliser indéfiniment.

J’étais dans le salon familial, nous discutions au sujet de la poule et de l’œuf. La grande question fondamentale. Mon unique sœur s’exclama :
-Je suis sûre que c’est Alice qui a fait l’œuf !

Oh ! La belle farce !

Je pensai : « Mais comment peut-on stratifier le présent ? »

J’entendis : « Alice… Alice !... Arrête ! »
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MessageSujet: Re: Aurélius   Sam 14 Déc - 12:25

Smile
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