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 Au pied de la croix suite

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Coco.B
Ecrivain
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MessageSujet: Au pied de la croix suite    Dim 1 Déc - 11:21

Voilà, je vous ai posté la suite de la première partie qui maintenant est entière.
Il y des problèmes de mise en forme avec les dialogues, c'est à cause d'un changement d'ordinateur, j'arrangerais ça quand la nouvelle sera terminée.
Bonne suite de lecture !



Il l'avait repoussé avec une telle violence que les personnes qui passaient au même moment
s’arrêtèrent pour observer la scène qui allait suivre. Leurs espérances de scandale ne furent pas
satisfaites.
C'était arrivé presque sans qu'il s'en rende compte. Une sorte de jalousie s'était emparée de lui. Ce
genre d'événements s'étaient pourtant déjà produit. Il s'était alors montré désagréable, et cela avait
suffit à faire fuir les indésirables de son arbre. Mais la bonne-soeur était la goutte d'eau qui avait fait
déborder le vase de sa patience. Il avait en aversion toutes formes de religions. Elles représentaient
pour lui un tel manque de raison ! Son âme de philosophe ne pouvait souffrir ce genre de choses.
Alors voir une religieuse lire les voeux, mettre ses doigts sur son ami, prier devant lui, cela l'avait
transporté dans un état second. Son geste s'était fait de lui-même.
En se tenant le visage, elle se tourna pour voir qui était responsable de cet acte odieux. Lui se sentit
un peu coupable quand il vit qu'elle saignait. Mais avant qu'il ait pu prononcer quoique ce soit ou
sortir un mouchoir, une gifle monumentale vint s'écraser sur son visage. Il hésita, sous le coup de
l'humiliation, à riposter. Il n'osa pas au vu de la douleur qui lui traversait la joue, s'attaquer à cet
adversaire qui, malgré l'habit, ne manquait pas de force.
Lui restait bouche-bée, elle, avait sorti son mouchoir de tissu et épongeait sa plaie à la tête. Et ils
restaient l'un en face de l'autre, abasourdis par ce soudain excès de violence. Leurs regards ne
s'étaient encore même pas croisés, ils restaient les yeux baissés. Lui se sentait rabaissé et coupable
d'avoir frappé quelqu'un à cause d'un arbre. Elle restait dans l'incompréhension et s'en voulait
d'avoir répondu à la violence par la violence. Cela allait à l'encontre de tout ce qu'elle avait apprit et
de tout ce qu'elle admirait dans la religion.
Et ils restaient l'un en face de l'autre, abasourdis par ce soudain excès de violence.

« Je suis désolée...

· Pardon ?

· Je dis, je suis désolée de vous avoir giflé.

· Vous n'y êtes pas allé de main morte en plus ! Mais c'est à moi de m'excuser, je n'aurais pas du
vous pousser, surtout avec une telle violence.

· Si vous l'avez fait c'est que vous deviez avoir une bonne raison...

· Pour une personne qui vient quasiment de se faire ouvrir le crâne, vous êtes bien indulgente.

· C'est ma condition qui veut ça. Ma condition me demandait aussi de tendre la joue droite et je
ne l'ai pas fait.

· Personne ne pourrait tendre la joue droite. Surtout après une agression si soudaine et injustifiée.

· Si, justement, nous les serviteurs de Dieu.

· Serviteurs ? Moi j'appelle ça de l'esclavage !

· Pourquoi donc ?

· Vous faites voeux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance. Vous restez enfermées toute votre vie
dans un couvent. Vous ne faites rien que prier. Vous allez même jusqu'à vous infliger des
châtiments corporels au nom d'un Dieu dont l'existence n'est même pas avérée. Et tout ça dans quel
espoir ? Celui d'avoir une belle vie après la mort, alors même que, l'existence de cette vie, au même
titre que celle de votre Dieu, n'est pas prouvée. C'est une perte de temps, voilà tout.

· Vous nous dépeignez comme des personnes poussées par l'intérêt. Nous ne faisons rien de tout
ce que vous avez dit dans l'unique espoir d'une vie au paradis après la mort. Nous le faisons parce
que nous nous y sentons irrésistiblement appelés. Parce que nous sentons que c'est notre destin.

· Vous parlez comme Jeanne d'Arc.

· Je parle comme Jeanne d'Arc car elle n'a pas été la seule à être appelée auprès du Seigneur.
Beaucoup d'entre nous le sont.

· Oui mais pas toutes...

· Que croyez-vous ? Le temps où l'on enfermait les jeunes filles au couvent pour d'autres raisons
que la foi est révolu ! Aujourd'hui il est toujours question d'un choix mûrement réfléchi.

Il rit

· Je vous fais rire ?

· Oui un peu. Vous faîtes un peu illuminée.

· Et bien... Peut-être que je le suis un peu ! Vous auriez l'heure ?

· Il est moins le quart.

· Seigneur, je dois partir. Encore désolée pour la gifle. Au revoir. »

Il n'avait pas eu le temps de la saluer qu'elle était déjà loin et que sa silhouette disparaissait.
« Quelle drôle de fille » se dit-il, juste avant de se rappeler qu'elle était religieuse et donc anormale
par nature. Ce qui expliquait la gifle. Il regarda de nouveau sa montre, quelques secondes seulement
étaient passées, mais il se rendit lui aussi compte qu'il était temps de partir et d'aller travailler un
peu. Arrivé dans sa chambre d'étudian,t il ne pensait déjà plus à l'incident de la nonne et
l'humiliation de la gifle avait été submergée par son orgueil démesuré.
« Soeur Sainte-Ursule c'est moi, ouvrez la porte s'il vous plaît. ». La vielle et grosse
religieuse ouvrit la porte de bois aussi imposante qu'elle. Elle se glissa à l'intérieur et remit à sa
compagne ses médicaments. Cette dernière la remercia en s'inclinant légèrement et s'en alla
furtivement, dans le silence propre à son état. Elle fit le tour des couloirs afin de remettre à chacune
ce qu'elle avait demandé. Elle fini par les cuisines où Soeur Sainte-Catherine attendait avec
impatience ses poireaux. Elle rentra enfin dans sa cellule. Elle s'agenouilla et pria pour la réalisation
des voeux choisis dans l'après-midi. Au moment de se relever elle pensa cependant à une prière
qu'elle n'avait pas encore faite et prit plusieurs minutes pour la formuler et la réitérer.


On était dimanche et il décida de profiter du soleil pour aller à la plage.
C'était le dimanche de Pâques et elle se dit qu'il était tant de finir sa confession.

« Je vous écoutes ma soeur, confessez- vous.

Elle resta silencieuse

· Et bien n'avez-vous donc commis aucun péché ?

· Ma condition exige que je n'en commette point mon père. Mais j'aurais bien quelque chose à
vous dire.

· Faites donc.

· Il y a de cela une semaine, alors que l'on m'agressait, j'ai riposté.

· Votre vie était elle en danger ?

· Non.

· Votre pudeur était elle en danger?

· Non.

· Pourquoi alors avoir répondu par la violence ?

· L'humiliation je suppose. J'ai été agressée devant plusieurs personnes, par derrière, j'ai considéré
que je devais montrer que je n'étais pas du genre à me laisser faire.

· Vous êtes vous repentie de cet acte ?

· J'ai présenté des excuses à la personne et le soir j'ai prié pour elle.

· C'est tout ?

· Oui, qu'aurais-je du ou pu faire d'autre ?

· N'avez-vous jamais entendu parler de la discipline ?

· La discipline ? Pour un si petit incident ? On ne m'a jamais encouragé à en faire usage, si ce
n'est dans le cas d'un péché mortel ou quand Dieu nous aurait quitté. Les deux événements étant
généralement liés.

· Ce que vous appelez un petit incident c'est l'oubli total des paroles et conseils de notre Seigneur
Jésus-Christ. Vous userez donc de la discipline pour avoir usé de violence dans une situation qui ne
la rendait pas nécessaire.

· Mais...

· Discuteriez-vous ?! Je suis votre directeur et je vous l'ordonne.

· Bien mon père. »

La plage était d'un ennui mortel. La sable, les vagues, tout cela n'avait rien de bien intéressant. Ils
ne recelaient aucun secret comme l'Arbre à Voeux. Ils ne parlaient pas comme l'Arbre... Ou comme
cette religieuse d'ailleurs. Malgré son langage d'hallucinée, il devait admettre quelle avait quelque
chose de captivant. Depuis une semaine il n'avait plus pensé à elle, mais maintenant qu'il se la
rappelait l'envie de la revoir le brûlait. Il l'avait rencontrée un lundi, le lendemain donc. Il fallait se
préparer. Le temps qu'il ramasse toutes ses affaires, qu'il en ôte tout le sable, qu'il prenne le bus
rempli d'idiots de province, et qu'il prenne le tramway remplit de la même population, il faisait nuit
quand il arriva à sa chambre. Il ne se coucha pas, il s’affairait dans les préparations de son futur
combat contre l'obscurantisme.

Elle prit un bout de son drap et le plaça dans sa bouche pour étouffer son cri et frappa aussi fort que
sa peur le lui permettait. La discipline laissa une trace sur toute la longueur de son dos. Elle retint
ses larmes et frappa encore. Encore. Encore. Encore. Sa chair qui était restée vierge trois ans était
maintenant souillée de sang. Elle se releva difficilement et tomba sur son lit, sur le ventre. Elle
voulut se tourner mais elle craignit de tâcher le drap immaculé et qu'on découvre son geste. Elle
resta donc dans sa position, tête et larmes sur l'oreiller. Elle se promit de ne jamais plus user de
violence. On frappa à sa porte. Elle se releva avec difficulté et essuya les larmes qui coulaient
irrémédiablement sur ses joues. C'était la supérieure des novices. Elle vit ses larmes et le sang sur le
drap.
“ Allez-vous bien mon enfant ?

– Oui.

Mais la supérieure se rendit compte de son désarroi.

– Je vois que vous n'allez pas bien. Vos yeux sont gonflés et votre drap est taché de rouge.
Qu'étiez vous en train de faire ?

– J'obéissais à l'ordre de mon directeur...

– Qui était ?

– Il m'a ordonné d'user de la discipline.

– Pour quel motif ?

– Pour avoir répondu à la violence par la violence.

– Ne vous étiez-vous pas repentie de votre geste ?

– Si, j'avais présenté mes excuses à la personne et j'avais prié pour elle.

– Et c'en était bien assez. Votre directeur de conscience n'avait pas à vous demander de vous
châtier corporellement. Vous auriez du venir me consulter mon enfant.

– J'avais trop honte ma mère, et trop peur...

– Peur de quoi ?

– De votre jugement.

– Dieu est miséricordieux et il est de mon devoir de l'être aussi, je vous aurais pardonnée
sachant que Lui l'aurait fait aussi. De plus, nous avons toutes notre caractère, et le cloître ne
nous préserve pas des réactions de la nature humaine. Allons, venez nous allons vous
soigner.

Ses larmes étaient séchées et disparues.


« Vite ! ». Il sortit de l'amphithéâtre et traversa la totalité du campus au pas de course. Et, même une
fois sortit de la faculté, il ne ralentit pas. Il passa devant un fleuriste. Il ne le remarqua pas au
premier abord, mais il s'arrêta finalement et fit demi-tour. Sur la devanture s'étalaient un nombre
incalculable de plantes vertes, roses, bleues, rouges, et bien d'autres couleurs qu'il n'aurait su
définir. Il n'avait aucune idée de quelles fleurs Une rose ? Non trop significatif... Une orchidée ?
N'était-ce pas un peu... Un peu quoi d'ailleurs ?! Qu'est-ce qu'il en savait ! Il y avait un tel choix, et
aucun ne lui semblait approprié. Au loin la cloche de la cathédrale sonnait pile. Il allait être en
retard et il ne pouvait se le permettre, il lui fallait faire un choix. Il le fit.
Les médicaments pour Soeur Sainte-Ursule. Fait. Acheter les légumes. Fait. Récupérer
le voile de Soeur Sainte-Suzanne chez la couturière. Fait. Elle hésita entre rentrer au couvent et
retourner au jardin. Elle craignait de croiser ce garçon ; Il n'y avait pourtant aucune raison pour cela,
mis à part le fait qu'il l'avait agressé sans raison apparente. Mais, pourquoi l'avait-il ainsi poussée ?
Avec une telle violence... La curiosité eu raison du reste et elle se précipita comme à son habitude
au jardin. Peut-être avec un peu plus d'entrain au vu des regards des passants.
La porte se dessinait devant lui. La porte se dessinait devant elle. Comme lors de leur
première rencontre, ils ne se virent pas tout d'abord. En conséquence de quoi ils se heurtèrent
violemment. Elle faillit s'étaler sur le sol sous le coup mais il rattrapa, ses bras sous son dos. Elle ne
pu retenir un cri. Elle se releva rapidement en tentant de contrôler les muscles de son visage qui
cherchait à dessiner la douleur sur sa tête angélique.

« - Vous allez bien ?

· Oui merci, j'ai... un peu mal au dos

· Décidément on ne peut pas se croiser sans qu'il y ait un blessé.

· En effet.

· Vous me paraissiez bien pressée au moment de notre carambolage.

· Vous savez, je ne suis pas aussi libre que vous. Arrive une heure où je dois retrouver ma cellule.

· Si vous êtes pressée je ne vais pas vous retenir plus longtemps...

· Oh, j'ai encore une bonne heure devant moi.

· Vous accepteriez de la passer avec moi ?

· A dire vrai je venais spécialement pour vous.

· Pour moi ? C'est autorisé par votre état ça ?

· Ne vous méprenez pas, je ne suis poussée que par la curiosité. La curiosité de savoir pourquoi
j'ai été agressée il y a une semaine.

· Oh ça... C'est un peu gênant... Disons que c'était un acte d'intolérance.

· D'intolérance ?

· Oui, j'ai toujours eu un problème avec la religion.

· C'est un peu plus qu'un problème si vous voulez mon avis...

Il rit, gêné.

· Ne le prenez pas pour vous, vous auriez été juive j'aurais fais la même chose !

· Pardon ?! Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire ?

· Roooh ! Les gens réagissent toujours mal quand je dis ça.

· Et vous n'avez jamais pensé qu'ils pouvaient avoir une bonne raison pour cela ? C'est profondément intolérant ! On ne frappe pas les gens à cause de leur religion,
que ce soit moi pour mon catholicisme ou une juive, ou un musulman ou encore un bouddhiste !

· Je n'y avais jamais fait attention...

· Et bien faites-y attention maintenant. Vous pourriez vous attirer des problèmes avec ce genre de
propos.

· Certainement... Je suis vraiment désolé, vous ne m'y reprendrez plus, c'est promis.

· J'espère. Mais, si vous abhorrez tellement les gens de religion, pourquoi m'avoir proposé de
passer mon heure libre avec vous ?

· Parce que vous me semblez une personne d'intérêt et je pense que nous pourrions avoir
d'intéressantes discussions, et peut-être devenir amis.

· Vous n'avez pas de fréquentations plus passionnantes ?

· Je n'ai pas beaucoup d'amis.

· Ah bon ? Remarquez c'est vrai que si vous êtes aussi désagréable avec les religieux que vous
l'êtes avec les gens en général, vous ne devez pas en avoir beaucoup en effet.
Il sembla se vexer.

· Oh, pardon, là c'est moi qui suis rude.

· Ce n'est pas grave. Alors, vous acceptez de discuter avec moi ?

· Ma foi pourquoi pas ! Je connais peu, malgré mes nombreuses sorties, le monde extérieur.
Vous pourriez vous aussi représenter une personne d'intérêt.

· Au fait, pour sceller mes excuses, je vous ai acheté un petit quelque chose

Il lui tendit la rose.

· Ma parole, mais il faut tout vous apprendre !

· Pourquoi ?

· Je suis une nonne, pas votre petite-amie. M'offrir une rose... c'est totalement déplacé !

· Ah bon ?

· Bien sûr ! Vous me voyez sincèrement arriver au couvent avec une rose ? On ne me laissera
plus jamais en sortir. On croirait que j'ai brisé mes voeux.

- J'avais cru que cela ferait joli dans votre cellule...

· Dans ma cellule, justement. Si l'on appelle cela comme ça c'est pour une raison. Ce n'est pas fait
pour nous être agréable mais pour être en accord avec notre voeux de pauvreté. Nous ne pouvons y
mettre que des objets pieux, rien de plus. Et nous n'avons d'ailleurs pas besoin de plus que nos
idoles pour notre bonheur.

· Vous devez me prendre pour un idiot...

· Un peu, mais je ne me permettrais pas de l'exprimer clairement.

· Vous êtes étonnante.

· Vous trouvez ? Qu'est ce qui vous fait dire ça ?

· J'ai toujours imaginé les gens de religion comme des personnes à l'esprit étroit, intolérants,
moralisateurs. Vous ne me semblez pas du tout être de ce genre là, vous avez une gentillesse et une
indulgence que je n'aurais jamais pu imaginer.

· Le temps du Jansénisme est révolu. La religion est surtout une question d'amour. Dieu est
miséricordieux avec ses enfants, il est prêt au pardon. Et nous, ses représentantes sur cette terre,
nous nous devons de l'être aussi. Je vous accorde ma gentillesse et mon indulgence parce que je
vous crois plus perdu que méchant. Vous avez besoin d'apprendre à connaître les autres et à les
aimer, et de voir qu'ils ne demandent qu'à vous aimer en retour. Je peux vous enseigner tout cela.

· Alors que vous ne côtoyez l'extérieur qu'une fois par semaine, que vous avez des barreaux à vos
fenêtres, vous voulez m'apprendre à connaître les autres et à les aimer ? Parce que quand je vois ce
genres de choses, j'ai du mal à croire que l'amour mutuel entre les hommes soit possible. Vous
aimez ceux qui vous enferment dans ce couvent ?

· Mais j'ai choisi cette situation, cet enfermement. Ceux qui m'enferment comme vous dites ne
sont que des guides, si ils voient que le cloître n'est pas pour moi, ils m'en écarteront. Je n'ai pas
encore fait mes voeux définitifs.

· On ne vous a pas encouragé à rentrer au couvent ? A formuler vos premiers voeux ?

· Si bien sûr, mes parents voyant mon intérêt pour l'état religieux m'ont vivement encouragé à
prendre le voile et à me tenir à mon engagement.

· Donc on vous y a poussée.

· Je l'aurais fait quand bien même mes parents ne l'auraient pas vu d'un bon oeil !

· Vous n'avez jamais douté ? Jamais regretté votre choix ?

· Jamais.

· Jamais ?

· Jamais.

· Très bien je n'ai rien dit alors.

Ils restèrent silencieux.

· Vous avez l'heure ?

· Moins le quart.

· Seigneur, il faut que je parte. Profitez de la semaine pour vous ouvrir aux autres, et vous verrez
qui de nous deux a raison. Au revoir. »

Encore une fois il ne pu la saluer en retour. Elle venait de disparaître derrière la grille. Alors lui
aussi rentra, il avait d'autres leçons à revoir. Il avait oublié son combat contre l'obscurantisme.
Comme à son habitude elle fit le tour des cellules et fini par la cuisine pour délivrer à
Sainte-Catherine les artichauts qu'elle lui avait demandé. Puis elle alla dans la sienne. Elle
s'agenouilla et chercha dans sa poche les voeux pour lesquels elle devait prier. Mais sa poche était
vide. Elle avait tant discuté avec ce jeune-homme qu'elle en avait oublié l'Arbre à Voeux.
Finalement elle se dit que ce fameux jeune-homme avait bien besoin que l'on pria longuement pour
lui. Elle fut tant inspirée qu'elle n’entendit pas la cloche annonçant le dîner sonner et que ce fut
Sainte-Ursule qui du la sortir de sa transe pour la prévenir que le repas était servi.


La vie continuait son cours entre la faculté et la petite chambre d'étudiant. Cette vie cependant avait
changée. A cause, ou grâce à cette religieuse. Depuis quelques jours, il ne sortait plus le premier de
l'amphithéâtre et il n'en sortait plus seul. Il avait découvert que certains de ses camarades étaient
bien moins bêtes qu'il ne l'avait imaginé. Se souvenant de la phrase de la religieuse, il avait
commencé à parler avec eux presque naturellement. Comme si c'était ce qu'il avait toujours voulu
faire. Bien sur, ce ne fut pas simple. Les premiers jours il n'obtenait pas de réponses, et tous les
élèves qu'il avait tenté d'aborder l'avaient soigneusement évité. Il s'était construit une réputation
d’asocial aussi épaisse qu'une carapace et aussi difficile à briser. Son geste pour se rapprocher de
ses camarades semblait hypocrite aux yeux de tous ceux de sa classe. Mais il se ressouvint tous les
matins du conseil de la nonne et il persévéra jusqu'à trouver des personnes prêtent à lui donner une
chance de prouver que sa réputation était bâtie sur de simples spéculations. Il les trouva en les
personnes de trois étudiants passionnants et dont la pensée était intarissable. Et, si les premiers soirs
ils s'étaient quittés à la sortie du campus, ce soir-là ils ne s'arrêtaient plus et étaient en route vers le
bar des étudiants. Il se rendait compte à présent de ce qu'avait voulu lui enseigner et de ce qu'avait
voulu faire pour lui la religieuse. Il voyait que l'isolement n'était pas tant un mal qu'un bien et que
seul le partage apportait un réel bonheur. Il lui semblait qu'en quelques jours il était passé du
garçon cynique à l'étudiant heureux, épanouit, et apprécié auprès de plus en plus de ses camarades.
Sortir de l'isolement était la meilleure chose qui lui soit arrivée, et il lui fallait persévérer pour
élargir son champ de connaissances humaines et donc intellectuelles. Soudain, il pensa à la
religieuse et ses compagnes, vivant recluses. Où était leur bonheur ? Il fut bien vite rattrapé par les
vagues de la conversation et complètement submergé.
Depuis sa dernière rencontre avec le jeune-homme, elle ne cessait de se poser des
questions. Elle ne cessait de repenser au jour où elle avait annoncé à ses parents son désir d'entrer
dans les ordres. Elle tentait de se rappeler les paroles de sa mère, celles de son père. Elle en
identifiait chaque mot, se demandant si ils avaient fait des sous-entendus pour la pousser à prendre
le voile. Et plus elle y pensait plus il lui semblait que ça avait été le cas. Elle avait un comportement
quasi-paranoïaque. Même les soeurs, ses camarades novices, la mère supérieure, lui semblaient
s'être associées pour la pousser vers un destin qui n'était peut-être pas le sien. Parallèlement, elle
tournait et retournait dans sa tête les souvenirs de ce fameux dimanche ensoleillé de son enfance.
Elle revoyait le Christ accroché sur sa croix, éclairé dans un cliché lumineux par les vitraux colorés
de la petite église de village. Elle sentait à nouveau l'odeur des cierges et de la vieille Bible qui
avaient emplie ses narines. Elle entendait encore le chant des paroissiens résonner dans sa poitrine.
Elle se souvenait de cet appel irrésistible, de cette sensation que tous et tout étaient reliés au
Seigneur. Et, avec tout cela tournant dans sa tête de religieuse, elle ne savait plus où elle en était.
Elle décida donc d'aller chercher conseil chez celle qui l'avait aidé quelques jours auparavant : la
mère supérieure. Elle sortit de sa cellule et se rendit dans celle de sa Mère. Elle frappa deux petits
coups à la porte en bois et entra.

“ - Bonjour ma Mère, j'espère que je ne vous dérange pas...

– Pas le moins du monde, asseyez-vous mon enfant.

Elle s'assit.

– Qu'y a t-il, vous avez l'air troublée mon enfant.

– C'est le cas ma Mère. Les doutes tournent dans ma tête et forment un noeud que je ne peux
démêler. Aussi viens-je vous demander votre aide.

– Parlez, je vous écoutes. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.
– Voilà, mes voeux provisoires approchent et je n'ai de cesse de me demander si l'état religieux
est fait pour moi, et si on ne m'y a pas poussé plus que de coutume, si on ne me mène pas à
un destin qui ne serait pas le mien.

– Je comprends, ce genre de doutes sont tout à fait naturels. Il ne faut pas vous en alarmer.
Vous êtes sur le point de passer une étape importante de votre vie de religieuse.

– Croyez-vous ? Plus j'y pense et plus j'ai le sentiment que je ne serais pas heureuse dans le
cloître, que je ferais, même, une mauvaise religieuse.

– Vous ferez certes une mauvaise religieuse en étant malheureuse au couvent. Mais je ne
pense pas que vous le serez. Depuis que vous avez tapé à notre porte avec votre joie et votre
sourire, je n'ai jamais vu votre expression changer, mis à part ces derniers jours. Toutes vos
soeurs vous le diront : vous effectuez vos tâches avec plus de zèle qu'aucune d'entre nous,
vous levez vos mains plus haut lors de la prière, vous rendez la foi à vos camarades de
noviciat. Vous êtes une religieuse née, à tel point que vous deviendrez supérieure bien avant
l'âge, j'en mettrais ma main au feu.

– Mais ces doutes, ne font-ils pas de moi une mauvaise religieuse ? Ne suis-je pas en train de
remettre en doute le jugement de Dieu ?

– Je vous l'ai dit, ces doutes sont tout à fait normaux, quand à Dieu, c'est justement lui qui les
met sur votre passage pour vous tester. Et vous passerez ce test avec brio j'en suis certaine.
Priez, ne vous souciez pas de ce que votre esprit vous crie. Priez et vous verrez que vous
êtes l'une des meilleures religieuses que ce couvent a vu. Allez ma fille, Dieu comme il vous
apporte les obstacle vous apportera aussi la force qu'il vous manque.

– Et, quand est-il de mes sorties hebdomadaires ? Pensez-vous que c'est une bonne idée de
côtoyer l'extérieur dans ma situation actuelle ?

– Cela fait, je pense, partie du test. Vous devez être capable de gérer vos responsabilité
quelque soit l'état de votre foi. De plus, même si nous nous destinons au cloître, nous ne
devons pas oublié que le monde tourne, et nous nous devons de tourner avec lui au moins un
petit peu. Je ne vous relève donc pas de vos responsabilités, allez."

Elle parti, presque entièrement rassurée. Elle suivit le conseil de la supérieure et pria, longtemps,
avec ferveur, jusqu'à l'office du soir où la encore elle fit preuve d'une grande énergie et d'une grande
envie dans la prière. Aux yeux de ses soeurs, jamais elle ne parue si proche du Seigneur.


Le lundi qu'elle redoutait tant arriva. Elle se devait d'obéir et de suivre ses responsabilités. Alors, à
contre coeur, elle sortit. Les courses comme toujours ne lui prirent que la moitié du temps qui lui
était imparti. Elle pensa tout d'abord à rentrer au couvent, mais elle se rendit compte que cela
dérogerait à son habitude et que la supérieure lui en ferait la remarque. Elle se devait donc de rester
dans ce monde qui tournait, et peut-être finalement, en avait elle envie. Cependant il lui paru sage
de ne pas se rendre au jardin des plantes. Elle se décida donc pour le centre ville, il y avait
longtemps qu'elle n'avait pas foulé le pavé de la rue de l'université. Là encore son pas fut vif et elle
fut bien vite sous la porte qui définissait l'entrée du centre. En réalité cette porte était juste à côté du
couvent qui formait un des remparts du quartier. Elle s'amusa de cet acte manqué, et continua son
chemin. La rue formait une pente rude et son habit était un four. Four dont elle ne pouvait pas
décemment se débarrasser. Alors qu'elle marchait elle croisait tous les étudiants dont la journée se
terminait. Les uns, sérieux se pressaient dans l'espoir de travailler, les autres se pressaient aux tables
des bars qui emplissaient la rue. C'était celle qu'elle préférait car elle était la plus pleine de vie. Pour
une personne qui vivait cloîtrée la plupart du temps, une telle énergie était un phénomène
magnifique à observer. Et, dans cette effervescence, elle se mit à se demander si le jeune-homme
qu'elle avait croisé à deux reprises ne s'y trouvait pas. Et, comme si les forces supérieures l'avait
entendue, il apparut dans la foule, entouré de trois autres jeunes-hommes. A cette vue, elle fut
immensément heureuse. Il avait suivi son enseignement. Mais il ne fallait pas qu'il la voit, au risque
qu'il quitte ses amis. Une rue s'offrait sur sa droite, elle bifurqua.
Un nouveau lundi se déroulait sans qu'il y prête attention. Ses études et ses nouveaux
amis lui prenaient tellement de temps qu'il ne savait plus quel jour ou quelle heure on était. Il
agissait machinalement. Son réveil sonnait, il effectuait sa toilette matinale, partait pour la faculté.
La cloche de la faculté sonnait, il changeait de salle ainsi de suite jusqu'à ce que la journée se
termine. Ensuite il suivait machinalement ses trois camarades vers un bar, un café, un restaurant ou
une fête. Cela faisait quatre jours qu'il n'avait pas retrouvé sa chambre avant trois heures du matin et
même la fatigue, il ne la ressentait plus. L’effervescence créée par la vue de nouveaux visages, par
le déroulement de nouvelles conversations en avait fait un être capable ,semblait-il,de résister au
temps. Ainsi, ils se dirigeaient ensemble vers un café de la rue de l'université. C'était une rue qu'il
avait longtemps détesté parce qu'il y avait trop d'étudiants à son goût. Mais à présent il l'aimait pour
la même raison qu'il l'avait abhorré. Une masse s’étendait devant lui, une masse de jeunes gens, de
jeunes étudiants. Dans cette foule de personnes du même âge, de la même condition, son oeil détecta
tout de suite l'habit noir surmonté de blanc, et, il se souvint que l'on était lundi, il se souvint de la
religieuse à qui il devait sa présence dans cette rue. La forme noire et blanche bifurqua vers la
droite.
Elle se sentit suivie. Le quartier était pourtant sur, elle n'avait rien à craindre. Mais un sentiment
d'inquiétude l'envahi et elle accéléra le pas. La personne qui se trouvait derrière elle – celle qui lui
semblait la suivre – en fit de même. Avec son habit elle ne pouvait courir et l'ombre fut bientôt à
quelques centimètres d'elle. Sa main toucha son épaule. Elle cria.

« - Mais qu'est ce qui vous prend de crier comme ça !?

– Oh mon Dieu c'est vous ? Vous m'avez fait une peur bleue ! Pourquoi m'avoir suivi ? Il
fallait rester avec vos amis !

– Mais alors vous m'avez vu ?

– Oui.

– Pourquoi avoir changé de direction en ce cas ?

– Pour ne pas vous déranger. Je doute que votre réputation s'arrange si on vous voit discuter
avec une religieuse. Je ne voulais pas gâché ce moment.

– Mais au contraire, c'est grâce à vous que je peux vivre ce moment !

– Grâce à moi ?

– Oui, j'ai suivi votre conseil, et j'ai compris ce que vous vouliez me dire.

– J'en suis heureuse alors.

– Et vous, comment allez-vous ?

– Bien merci.

– J'en suis heureux alors.

– Allons, retournez à vos amis, je vais rentrer.

– Vous êtes sure que vous ne voulez pas je vous tienne compagnie ? Il n'est pas encore moins
le quart...

– Non, je suis sans importance, allons, partez.

– Très bien. Merci encore. Oh, mais avant que j’oublie, nous nous verrons lundi au jardin ?

– Oui, va pour lundi au jardin. Et de rien, c'est normal. Je suis heureuse que la parole du
Seigneur ai pu vous aider."

Il ne releva pas cette dernière phrase, il avait déjà tourné les talons. Elle se retrouva seule dans la
ruelle. Finalement elle rentrerait avant l'heure. Elle verrait bien ce que la supérieure dirait.


Les quelques jours qui la séparait de ses voeux provisoires étaient tous passés, les uns après les
autres, plus ou moins vite et emplis de plus ou moins d'angoisse et de doutes. La nuit elle avait prié
et avait peu dormi. Le matin quatre des ses soeurs entrèrent dans sa cellule pour l'habiller. Ce serait
la seconde fois qu'elle formulerait ces voeux après quoi elle resterait deux ans au couvent avant de
les renouveler, définitivement. Toutes la cérémonie de préparation se déroula dans un calme
solennel conférant à l'instant une importance exagérée. Après tout, elle avait revêtit les mêmes
vêtements, s'avancerait de la même façon vers l'autel, répondrait au mêmes questions que la
dernière fois. Une fois qu'elle fut vêtue, ses soeurs la laissèrent pour qu'elle puisse prier. Elle l'avait
fait toute la nuit et cela était suffisant. Alors, se laissant allée à ses pensées elle s'accouda à la
fenêtre comme dans ces vieux tableaux, et regarda en bas le monde se dérouler, les hommes et les
femmes se presser, s'embrasser, discuter. Cela lui parut passionnant et elle fut totalement absorbée.
C'est une apostrophe qui la sortit de sa transe. En bas, sous sa fenêtre, l'étudiant la regardait et lui
faisait un signe de la main.

« Bonjour ! Lui cria-t-il

– Bonjour !

– Comment allez-vous ?

– Bien, je me prépare pour mes voeux provisoires. Et vous ?

– Bien merci. Vos voeux provisoires ?

– Oui, c'est à dire que j'ai fini mon noviciat et que... Oubliez, ce serait bien trop long à vous
expliquer.

– J'ai tout mon temps !

– Ça ne vous intéresserez pas ! Dit-elle en riant

– Oui, vous avez peut-être raison.

Ils ne s'étaient pas rendus compte qu'ils hurlaient littéralement leurs réponses car lui se trouvait cinq
mètres plus bas qu'elle et que des barreaux séparaient le couvent de l'extérieur. Le bruit alarma ses
soeurs qui accoururent. Ils discutaient toujours quand elles entrèrent en trombe. Elle se sentit tirée
vers l'arrière, et l'une des nonnes se pencha pour voir ce que c'était. Cette dernière eut à peine le
temps d'apercevoir le jeune-homme, mais cela lui avait suffit pour se faire des idées. Après tout, à
l'intérieur comme dans le couvent, un garçon sous la fenêtre d'une jeune fille s'interprétait de la
même manière. On lui jeta des regards en coin mais on ne fit pas de remarques. On l'empoigna
cependant avec plus de force que nécessaire pour la mener à la chapelle. Là, elle prononça ses
voeux, on applaudit solennellement, et elle retourna s'enfermer dans sa cellule. Deux ans de plus
pour cette religieuse parfaite.


Ayant effectué ses voeux provisoires, elle était sous les ordres d'une nouvelle supérieure.
Contrairement à la précédente, celle-ci était réputée comme appartenant à une religion plus ferme et
plus extrémiste. Elle cautionnait et encourageait vivement l'usage de la discipline malgré ce qui
avait été décidé là-dessus au Vatican. Il n'était ainsi pas rare qu'une des soeurs sous ses ordres se
trouva punie sévèrement et violemment pour une faute minime voire parfois inexistante. Et
justement, cette supérieure l'avait fait appelée dans sa cellule...

« - Vous vouliez me parler ma Mère ?

· Oui mon enfant. Entrez, entrez donc. On m'a parlé du jeune-homme.

· Pardon ?

· A votre fenêtre. Ne faites pas l'innocente.

· C'est donc de cela que vous vouliez me parler ?! Mais je l'avoue entièrement, car il n'y a rien
d’ambiguë là-dedans ! Voilà l'histoire : Cet homme et moi avions eu quelques... arguments un jour.
Depuis nous nous croisons souvent lors de mes « tournées » du lundi. Nous sommes devenus bons
amis.
Mais, qui vous en a parlé ?

· Deux de vos camarades en charge de vous mener à la chapelle le jour du renouvellement de vos
voeux vous ont entendu hurler dans votre cellule et ont vu cet homme au pied de votre cellule. Elles
furent sages de s'inquiéter et de me prévenir. Vous allez vous perdre mon enfant !

· Mais enfin, qu'allez-vous imaginer ?! Quoique ce soit, je peux vous assurer que c'est faux. Je
n'ai rien à me reprocher !

· Si c'est le cas, pourquoi avoir usé de la discipline ?

· Mon directeur m'avait ordonné d'en faire usage pour avoir frappé en retour ce jeune-homme qui
m'avait agressée. Cela s'est donc produit des semaines avant l'événement qui nous préoccupe
aujourd'hui. J'ai d'ailleurs voulu protester mais il m'a fait taire. Je ne pouvais lui désobéir. Je me suis
donc macérée, mais je considère que c'était une injustice, de même que mon ancienne supérieure.

· Vous osez remettre en cause le jugement de votre directeur. N'oubliez pas que vous avez fait
voeux d'obéissance à Notre Seigneur mais aussi à lui. Et à moi aussi bien entendu c'est pour cela que
vous obéirez à la sentence à laquelle je vais vous condamner.

· C'est justement parce que j'ai fait ce voeux que je me suis macérée comme ordonné. De quelle
sentence parlez vous ?

· Ce soir vous serez exorcisée.

· Et pour quelle raison ?

· Le Diable vous habite, c'est une certitude.

· Ne pensez-vous pas que vous exagérez ? Pour un si petit incident ? Je n'ai pas blasphémé, je n'ai
pas jeté mon rosaire ou mon crucifix, je rentre dans la chapelle sans crainte... Je ne me sens pas
habitée par le Malin.

· On ne le sent jamais mon enfant !

· Mais enfin, il n'y aucune preuve de ce que vous avancez, mon comportement est irréprochable,
ma supérieure a du vous le dire !

· Vous me devez obéissance, je ne devrais pas avoir à vous le répéter. Vous ne remettrez donc pas
en cause mon jugement et vous obéirez. Et, pour avoir osez me contredire je vous condamne à la
discipline chaque jour pour deux semaines.

· Bien ma mère. »

Elle allait se retirer quand la supérieure la retint

« - Et bien sur vous êtes relevée de vos fonctions à l'extérieur. Votre esprit n'a pas besoin des
instigations du monde extérieur. »


« Désolé, je dois partir, mais on se retrouve ce soir. ». Ils se saluèrent et il partit en courant. On était
lundi. Il passa devant le fleuriste mais ne s'arrêta pas, il avait compris la leçon. Et il pressa encore le
pas pour en apprendre une autre qui, il l'espérait, lui apporterait autant de joie que la précédente. Il
s'engouffra dans l'entrée du jardin. Au passage il bouscula un vieil homme. Si auparavant il n'aurait
pas aidé ce dernier à se remettre sur ses jambes, cette fois-ci il s'arrêta, s'excusa vivement, et ne
repartit qu'un fois que l'octogénaire lui eut assuré trois fois qu'il allait bien. Après cela il reprit son
sprint dans le jardin pour la trouver. Il aperçu bien vite son habit : son voile recouvrant ses cheveux
qu'il imaginait longs et blonds, la jupe longue qui cachait des jambes qu'il voyait fines mais galbées,
et de grosses chaussures qui devaient cacher des pieds d'une infinie délicatesse. Pendant qu'il se
figurait le corps de la religieuse, il s'était approché d'elle. Il lui posa une main sur l'épaule.
Soeur Sainte-Agathe fit un bond et poussa un cri strident au contact du jeune-homme. Il s'était
apparemment trompé de bonne-soeur. Il fallait admettre que de dos elles se ressemblaient toutes.

« -Je suis désolé de vous avoir fait peur, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre.

· Je m'en doute. Celle que vous cherchez n'est pas ici.

· Comment pouvez-vous savoir qui je cherche?

· Parce qu'il n'y a qu'une seule religieuse dans toute cette ville qui vient ici tous les lundis. Ou
devrais-je dire « qui venait ».

Il s'affole.

· Pourquoi dites-vous cela ? Quelque chose lui est arrivé ?

· Oui, quelque chose de grave. Mais bien inoffensif de votre point de vue de païen.

· C'est à dire ?

· Elle s'est perdue. Elle s'est laissée aller aux instigations de Satan.

Il rit .

· Ne riez pas, sa situation est grave.

· Comme vous l'avez si bien fait remarquer, cela me semble bien inoffensif.

· Pourtant vous devriez prendre cela au sérieux car c'est votre faute.

· Ma faute ?

· Oui, vous l'avez attirée, vous avez envahi son esprit et l'avez éloignée de Notre Seigneur.

· Et par quel charme ai-je accompli une telle chose ?

· Je suis certaine que vous l'avez séduite. Vous êtes venu jusque sous sa fenêtre pour lui chanter
la sérénade.

· Oui en effet. Mais nous n'avons fait que discuter.

Sainte-Agathe resta pantoise.

· Mais... Vous l'avez fait rire !

· C'est un crime ?

· Nous ne sommes pas censées nous divertir.

· Vous êtes ridicule. Elle n'allait pas s'empêcher de rire tout de même. Je doute que Dieu se vexe
parce qu'une de ses servantes a rit une fois devant le comportement d'un imbécile comme moi.
D'ailleurs je doute qu'entre religieuses vous ne riez jamais !

Sainte-Agathe ne savait plus quoi dire mais s'énerva un peu plus.

· Pensez ce que vous voulez, toujours est-il que l'on m'a envoyée pour vous dire que vous ne la
reverrez pas. Elle est dorénavant consignée au couvent. Sa supérieure et son directeur ont conclu
que l'extérieur représentait trop de tentation pour elle.

· Quoi?! Vous ne pouvez pas enfermer une personne contre son gré !

· Ses voeux nous permettent de la garder au couvent. Elle les a fait en toute liberté. Elle ne fait
que les respecter.

· Nous sommes au vingtième siècle, les règles ont changés !

· Pas autant que vous le croyez. Au revoir. »

Elle partit sans attendre de réponse. Décidément ces nonnes faisaient toutes pareil. Il s'assit sur un
banc de pierre. Il n'avait plus envie de rien, il avait perdu son espoir de rentrer dans la société. Il ne
la reverrait plus ? Cela restait à prouver...


On était lundi après-midi et elle était dans sa cellule. La vie suivait son cours au couvent entre
l'office et la cellule. Depuis sa conversation avec la supérieure sa réclusion lui semblait chaque jour
plus insoutenable. Elle n'aspirait plus qu'à de longues heures dans le jardin des plantes, sous le
soleil, sous les arbres, les yeux tournés vers le ciel. Les murs de sa cellule lui semblaient se refermer
sur elle, devenir plus gris, plus sales. Les soeurs même paraissaient plus vieilles, plus fatiguées, plus
aigries qu'elles ne devaient l'être en réalité. Les tâches étaient plus ennuyeuses, les offices plus
longs, la nourriture plus sèche, l'eau plus croupie. Tout était devenu insipide, horrible, détestable
depuis ce jour là. Cela lui donnait une drôle d'impression. C'était une impression qu'elle n'avait
jamais ressentie jusqu'alors. Une impression d'enfermement. Aujourd'hui, particulièrement, elle
voyait clairement les barreaux aux fenêtres. Et elle se rendait compte de la bêtise de ces barreaux.
Pourquoi en mettre à des fenêtres derrières lesquelles étaient supposées vivre des personnes
enfermées de leur plein gré ? Des personnes que le philosophe décrivait comme des personnes qui,
même une fois les murs rasés, resteraient dans le couvent, resteraient à l'écart. Et, quel était le but
de l'état de religieuse ? Un état dans lequel on se contentait de prier sans répandre la bonne parole.
Un état de servitude totale. Ce lundi particulièrement elle se rendait compte de la bêtise de son état.
Elle n'eut pas le temps d'aller plus loin dans ses pensées. Elle venait d'entendre la supérieure
derrière sa porte qui attendait d'entendre la discipline heurter son corps. Elle ne la fit pas attendre
plus longtemps.

Comment faire pour sortir une religieuse de son couvent ? Il pensa à y mettre le feu.
Mais il s'exposerait à la justice qui, bien que celle d'un état laïque, ne rigolait pas avec les affaires
religieuses. Il pensa à lui envoyer une lettre pour qu'ils échafaudent un plan ensemble. Mais il avait
lu quelque part que les lettres étaient lues par la Mère supérieure et c'était justement cette femme
qu'il voulait éviter. A moins que...
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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Dim 1 Déc - 13:56

Le type ne sera pas resté orgueilleux bien longtemps ! Une bonne gifle et il est un autre homme ! Changement un peu brutal, mais pourquoi pas, je ne sais pas ce que ça fait de se faire gifler par une bonne sœur.

Et j'ai cru que ton côté pyromane caché allait ressortir vers la fin ! (C'est quand même hallucinant que la première idée qu'il ai pu avoir est celle de mettre feu au couvent pour la faire sortir !)

Coco.B a écrit:
Je me suis donc macérée
J'ignorais ce sens religieux, en bon athée, je croyais que c'était un procédé réservé aux sardines à l'huile et aux cornichons ! (C'est peut-être des acharnés à Montpellier, mais je doute que ce genres de châtiments corporels soient encore très courants au sein de l'église catholique...)



J'attends la suite !

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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Dim 1 Déc - 14:14

Je me suis dit la même chose sur son changement de comportement... Mais je sais pas trop comment faire pour le rallonger.
Les Montpelliérains ne sont pas des acharnés ! Dis toi que la nouvelle se passe à une époque où c'était encore pratiqué, ou qu'elle fait parti d'un ordre qui le cautionne plus qu'un autre ^^

La suite est en cours d'écriture. La partie 2 n'est pas terminée, mais peut-être que j'en mettrais un bout bientôt.
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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Dim 1 Déc - 14:47

Coco.B a écrit:
Les Montpelliérains ne sont pas des acharnés !
C'était une simple supposition ! Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Dim 1 Déc - 17:00

Non mais il va arrêter le Toulousain !
On est pas des acharnés ! Mais je connais un albigeois qui s'acharne à dire que son village (ou petite ville, soyons sympas) est classé à l'Unesco ^^
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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Ven 10 Jan - 23:40

A quand la suite ?! A quand la suite ?!

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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Sam 11 Jan - 13:09

Tsss, comme c'est petit. Profiter que j'ai le dos tourné pour m'insulter lâchement... C'est navrant.^^

Sinon j'ai bien aimé la suite, c'est vrai que le type est influençable mais bon... (c'est l'amouuur^^)
à quand la suite ???


Dernière édition par Gudule le Sam 11 Jan - 21:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    Sam 11 Jan - 20:43

On ne t'insulte pas, on ne fait que remarquer un fait de ta personnalité !

Tout de suite tu parles d'amour ^^ Mais d'où ça vient ?!

La suite arrive !
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MessageSujet: Re: Au pied de la croix suite    

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Au pied de la croix suite
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